Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
La formation professionnelle
{Handicapés Méchants}, n°13/14, deuxième trismestre 1979, p. 12.
Article mis en ligne le 18 décembre 2013

par ArchivesAutonomies

La bourgeoisie et nos dirigeants capitalistes se font un plaisir de valoriser la réinsertion des handicapés dans le milieu du travail ; leur centre a bien souvent le nom de RÉADAPTATION FONCTIONNELLE et PROFESSIONNELLE. Oui ! la CLASSE DIRIGEANTE va avec ses spécialistes de la chirurgie et autres essayer de vous redonner une caricature de valides, mais ne vous en faites pas, c’est pas pour votre intérêt, c’est dans le leur. Effectivement, les éducateurs et ergothérapeutes vont se faire un plaisir de récupérer le peu de vos membres qui peuvent encore fonctionner, en donner les détails sur un dossier qui ira droit à une commission qui s’appelle la COTOREP, là on vous fera subir tout un tas de papiers administratifs à remplir, ensuite, bon pour le test psychotechnique, après vous aurez droit à un entretien avec une psychologue. Eh oui ! il va falloir te faire comprendre que tes aspirations on s’en fout, que tu devras te plier au métier qu’on va t’avoir choisi, car c’est là que tu seras le plus rentable. Alors, pour te convaincre, on te rappellera que tu es un infirme et que tu ne dois pas être un rêveur ni un prétentieux qui ose émettre une opinion ; si tu es manchot, tu as deux métiers à choisir : comptable ou employé de bureau si tes capacités intellectuelles sont jugées bonnes, sinon, on te trouvera un travail très répétitif dans un CAT ou Atelier Protégé ; avec le temps et une bonne surveillance tu deviendras rentable, t’en fais pas ! On s’occupe de toi. Ainsi, suivant ton handicap, la bourgeoisie va décider de ton avenir, de ta vie en quelque sorte. Tu vas donc te retrouver dans un centre de soi-disant formation professionnelle qui est agrée par le ministère du Travail. Dès ton arrivée, on te remettra le règlement de la maison, il faudra savoir t’y plier sinon gare à toi, la porte : ensuite la visite à ton directeur, un ancien sous-off de l’armée bien gras à même de te dresser. Bien souvent ils ont un surveillant général, un camelot qui est lui aussi un ancien sous off du système (flic, armée). Ces gardiens n’ont ni culture ni formation technique, leur culot et le bla-bla-bla compensent leur crasse. Ils ont le toupet efficace et le mot qui fait choix, on les paie grassement. Puis le troupeau des handicapé(e)s étant au complet, les gardiens vigilants vont avoir pour mission de pratiquer un conditionnement qui devra avoir comme effet sur les handicapés de tuer complètement leur sens critique et une certaine nostalgie de la "liberté" perdue. Pourtant, au sein du troupeau, il y en a qui pensent et qui contestent, de deux choses l’une. Ils se révoltent. Ou ils désespèrent. Puis ensuite tu iras avec tes nouveaux moniteurs, eux ont pour mission de te faire travailler le plus possible et le plus vite possible. D’ailleurs ton stage sera sous la formation professionnelle des adultes, ce qui veut dire un an de stage, au lieu de trois ans dans les lycées et autres. De plus, tu auras à compenser ton handicap, tu te retrouveras à des centaines de kilomètres de ta famille, autant d’obstacles que tu devras surmonter et qui te voueront à l’échec. Mais tes moniteurs seront là pour te rappeler que seuls comptent par les temps modernes l’expansion, la productivité et le rendement. Pour eux, tu es un pauvre type qui leur sert à gagner leur vie ; ils te traiteront en tant que tel en t’obligeant à te plier à leur règlement, à être docile.
Ils te forceront à accepter l’humiliation, un contrat de sous-être. Leur rôle est simple : il est de te remettre dans le système. Que veut ce système ? Il veut une masse docile et vorace, qu’on bourre, gave, engraisse et à laquelle on fait "le coup de l’oie". Il faut un immense troupeau, avec des gardiens vigilants qui le mènent aux mangeoires d’abondance sans discussion. Tu ne feras pas quarante heures par semaine comme les autres, mais plus, car on te donnera des devoirs et leçons, mais tu seras payé sur la base de quarante heures de travail. Il est vrai que tu touchera le salaire de la formation continue, mais en revanche tu devras donner les deux tiers à l’Aide sociale ; ils appellent ça la participation à l’hébergement. À la fin de ton stage, que tu ais échoué ou réussi, ce sera pareil, tu te retrouvera au chômage. Les patrons prendront le prétexte que ta formation professionnelle est insuffisante ; en vérité ils ne veulent point entendre parler des bancales, bigleux, etc. Il te faudra donc accepter la loi des emplois réservés qui est égale à une surexploitation, salaire diminué 90% du SMIC), etc. (voir brochure). Dans certains secteurs d’activités, les postes crées par les entreprises suffisent à peine à accorder le bénéfice d’un emploi protégé aux travailleurs de ces entreprises victimes d’accidents du travail par ailleurs, les entreprises peuvent refuser de créer des postes de travail pour les handicapé(e)s, le gouvernement ne possède aucun moyen de les y contraindre, il les encourage à appliquer la loi d’orientation 1975, voilà le gâteau empoisonné que l’on t’offre, on te mettra les fers du servage économique. Toi qui avait peut-être des espérances, un idéal de vivre dans un monde où il ferait bon vivre, tu as oublié les salauds de la médiocrité des lâches qui ne pensent qu’à t’exploiter jusqu’à ton dernier souffle.
Mais revenons à ton stage, les centres se trouvent isolés des villes, cachés derrière de vieilles pierres, ceci est pour mieux te cacher. Les conditions de vie sont très dures ; extinction des feux à 22 heures, ouverture des colis, usage des véhicules personnels interdit en semaine. Permissions de sortie pour le week-end délivrées par le directeur après avis du docteur, de l’éducateur chef et du directeur des études, etc. Tout ceci est dirigé d’une main de fer par des généraux et autres. Si les pensionnaires se révoltent, les dirigeants n’hésitent pas à faire appel à la répression policière qui, on le sait, s’est traduite à l’Abbaye de Pontigny par sept stagiaires et une éducatrice hospitalisés. Si tes contestations se font trop bruyantes, alors on t’abrutira sous une masse de tranquillisants. Ensuite un conglomérat de pauvres dingues abrutis sous la masse des tranquillisants envahissent les réfectoires comme un troupeau de somnambules. Qui est coupable au juste ? Personne ! C’est précisément ce qui est dit, puis écrit péremptoirement. Ils vous diront que pour la bonne marche de l’établissement ils sont obligés d’employer ces méthodes.
Devant ces méthodes brutales, nous nous devons de réagir, amplifier nos luttes jusqu’à la destruction de ces associations gestionnaires.

Jean