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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Ce qui s’est passé ce jour-là
Supplément à {Front Libertaire des Lutte de classe}, n°107, 24 Mars 1979, p. 2-3.
Article mis en ligne le 18 décembre 2013

par ArchivesAutonomies
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La fête du matin a commencé par un beau soleil, côté de Pantin. Lassé de poireauter les sidérurgistes de Longwy ont démarré la marche sans attendre le discours minable du secrétaire national métallo CGT éberlué. Quelques milliers de "Longwy" prennent la tête du défilé derrière la Sono CFDT SOS Emploi. De toute évidence, cette manière de faire ne plaît pas du tout au S.O. (service d’ordre) cégétiste. Déjà éméchés par la vinasse, le pif aussi rose que le brassard, les "S.O." essaient de rétablir l’ordre prévu et la frite commence. Jusqu’à la porte de Pantin, les sidérurgistes déterminés et regroupés autour de la voiture sono-radio, reçoivent le renfort de banlieusards travailleurs, lycéens, chômeurs etc... autonomes.
À la porte de Pantin, nouveaux heurts. Coups de poings dans la gueule, coups de pieds dans les couilles, il y en a pour tout le monde. Les CFDT, mais bien d’autres Longwy aussi, sont visiblement éceourés de voir les méthodes fascistes des gros bras parisiens CGT, surtout quand ces derniers essayent de les pousser vers quelques centaines de CRS pour se faire massacrer. L’atmosphère est à l’orage. Le problème est réglé provisoirement par la scission en deux cortège : CFDT, sidérurgistes en colère, inorganisés et autonomes se dirigent vers la gare de l’Est, les gros bataillons CGT pépères vers le siège national de la CGT et la gare du Nord. Regroupement avant la République, le pôle offensif est toujours en te mais le comité d’accueil CGT est en place à République pour recevoir à sa manière ces troublions provinciaux et banlieusards. Les trois cordons de S.O. sont quand même franchis... non sans bagarre : démocratie stalinienne oblige. Les cogneurs CGT se retrouvent tout cons face aux sidérurgistes et autres incontrôlés.
15 h : pas mal de monde à la Répu et tout autour. Les gars de Lorraine et du Nord surtout, qui sont en masse et assez échauffés. Chez les provinciaux les sentiments sont assez mélangés, ils sont en pétard, ça c’est clair et beaucoup n’ont pas l’air de vouloir se contenter de la promenade prévue jusqu’à l’Opéra. Ils vont montrer aux parigots et au pouvoir qu’ils en veulent vraiment. En même temps c’est la fête, le nombre et le beau-temps y sont pour beaucoup mais dans les bataillons cégétistes il y en a pas mal qui confondent les grands boulevards et es Folies Bergères et qui sont plutôt bourrés. Les parisiens eux sont pas très nombreux 30 000 peut-être sur les 80 000 manifestants, c’est vrai que dans la capitale les manifs syndicales ne font plus tellement recette, voir le 1er Mai où il n’y avait que 15 000 personnes dont seulement la moitié dans le cortège syndical, mais y’a peut-être une autre raison, c’est pas par hasard si la manif se fait vendredi, les gars qui bossent ne sont pas là à part les communaux et les purs et durs du P.C., un samedi après-midi il est probable que pas mal de gars seraient venus pour soutenir ces sidérurgistes qui n’hésitent pas à attaquer les commissariats et à tirer sur les flics, mais cette solidarité là la C.G.T. n’en veut pas car c’est sa manif et elle veut tout contrôler, pour ça elle a mobilisé un S.O. record de 3 500 types.
Mais il y a un os, c’est ce pôle offensif qui s’est formé depuis Pantin, il occupe le début du boulevard St Martin à peine 100 mètres derrière Séguy, derrière les sidérurgistes de Longwy banderoles autonomes et communistes libertaires et drapeaux noir et rouge rassemblent un petit millier de personnes.
Les S.O. n’arrivant pas à vider ces indésirables ils appellent les flics à la rescousse, vers 15 h 10 une compagnie de gardes mobiles longe la manif sous les huées et les sifflets et charge au pas de course et à la matraque sur l’os en question histoire de prendre la température. Vers 15 h 30, les flics rescapés sont évacués en catastrophe par leurs collègues du S.O. CGT sous une pluie d’objets volants non identifiés (pierres, boulons, bouteilles, cocktails molotov et ras-le-bol, ces derniers étant de petits objets très utiles à ceux qui en ont précisément ras le bol car ils font autant d’effet que les offensives des flics). Pendant ce temps la CGT fait passer ces troupes devant par une rue latérale pour noyer les sidérugistes en colère dans la masse et ils profitent de l’éclatement du cortège autonome et communiste libertaire pour rétablir l’ordre.
Le cortège s’ébranle, soigneusement encadré par les chiens de garde du PC-CGT. Puisque les flics n’y suffisent pas le S.O. syndical y pourvoira efficacement ; rien n’y manque : injures racistes et sexistes, chasse au chevelus, tabassages d’éléments "incontrôlés" et livraison de ces mêmes éléments aux flics légaux. Certains gauchistes en particulier UTCL jouent aux indicateurs (Antoine de Nancy pour ne pas le nommer).
Vers 16 h 30 les incorruptibles se regroupent à nouveau autour du fourgon radio de Longwy, drapeaux rouge et noir en tête. Les mots d’ordre sont clairs : "Longwy, Denain nous montre le chemin". Même que des cégétistes nombreux ont l’air d’apprécier.
Au passage, on injurie copieusement un groupe de gros sacs ventrus, communistes et socialistes, enrubannés de leurs écharpes tricolores.
À 17 h on arrive à l’Opéra. Apparemment la dispersion se fait mal malgré les hurlements des sonos CGT, autour de drapeaux rouge et noir mille puis deux mille personnes se regroupent et gueulent en coeur avec les gars de Longwy qui sont encore sur le boulevard. Puis on se dirige vers les flics qui sont en nombre au pied de l’Opéra comme d’ailleurs tout autour de la place. Ils sont nombreux alors quelques uns se rattrapent sur les vitrines du café de la Paix, puis c’est la chargé sur les flics à l’aide des même O.V.N.I. qu’au début, pendant ce temps du toit de l’Opéra un groupe de cégétistes de Denain bombardent les flics. Paniqéus les flics dégagent la place à coup de grenades offensives et au chlore. On se replie sur le boulevard vers le gros de la manif. Devant le S.O. CGT et autour de la sono Longwy on est un sacré paquet à vouloir en découdre, mille, deux mille trois mille, dans la fumée des lacrymos c’est difficile à dire. En tout cas, le S.O. est dérbodé, il a bien du mal à empêcher les gars de sortir de la manif pour rejoindre la bagarre. On se dit que les flics vont en prendre pour leur matricule. Les incontrôlés voient leur nombre s’accroître en permanence, aux autonomes, communistes libertaires et sidérurgistes de Longwy viennent s’ajouter des tas de gars de la CGT, et même des gauchistes de l’O.C.T. qui font de la figuration en formant une chaîne. C’est alors que des gars commencent à casser et à piller les vitrines de luxe. Les gars de Longwy gueulent : "PAs les vitrines", ils ont pas l’air d’accord. Bref, charges et contre charges continuent jusqu’à la hauteur du siège de l’Huma. 18 h Bld Montmartre : une quinzaine de CRS dopés à l’héroïsme nationaliste super se sont montrés zélés... et se retrouvent isolés un peu trop près d’un tas d’irréductibles "incontrôlés". C’est la contre attaque. Chacun veut son flic. Mais faut être rapide, un flic qui flippe, ça court vite. Quatre de ces choses ont la gueule défoncée. Un pistolet réglementaire change de main illégalement. À voir les bouilles hilares aux alentours, le spectacle est très apprecié. Un peu plus loin, un chantier RATP offre complaisamment ses madriers, arbres de fers et autres matériaux aux nostalgiques de barricades. Ça dépave sec, des chaînes se forment. Ça y est c’est 68. 500 mètres devant la barricade, un CRS étendu raide au milieu du boulevard, c’est l’émeute. Derrière la barricade le siège de l’Huma est entouré par un bon milliers de manifestants qui sifflent et insultent le PC-CGT qui ferme porte et volets devant les premières bouteilles lancées, devant la barricade mais sur le même trottoirs que l’Huma, un mec se fait tabasser, on croit que c’est les cégétistes qui tapent un copain mais non c’est un flic en civil qui en prend plein la gueule et que les "S.O." sauvent du lynchage.
Derrière, la CGT n’arrive pas à disperser, car beaucoup de manifestants même s’ils ne participent pas à la bagarre sympathisent avec ceux qui la font.
Vers 18 h 15 les flics déboulent des rues transversales au coin de l’Huma et coupent l’élément dur de la bagarre du reste de la manif. Le rapport de force n’étant pas favorable, une magnifique barricade est abandonnée. On respire à l’Huma.
18 h 30. C’est la course sur le Sébasto. Plusieurs milliers de manifestants se sauvent paniqués par 200 CRS. C’est triste à voir. "Déprime". Bld de Strasbourg, des voitures sont retournées et incendiées pour ralentir les flics.
19 h. La gare de l’Est se transforme en bastion révolutionnaire ou presque. Les flics assiègent. Des copains restés dehors assiègent les flics qui assiègent. Les bourrés reçoivent des boulons dans les meules et des pavés sur la gueule, même qu’il y en a un qui flambe. Ils courent de tous les côtés, grenadent au hasard, à coups de lacrymos, des vieux, des femmes et des gosses. L’héroïsme n’a pas de limite chez les idiots. Mais les autonomes restent insaisissables. Dans la gare, y’a de bons prolos qui tuent le temps à leur manière en attendant le train ; c’est fou ce qu’on peut faire avec des barres de fer, des vitrines, des consignes automatiques et des machines à vendre les billets.
20 h. Les flics donnent l’assaut final... Sur les quais vides, c’est fou ce qu’ils ont l’air véxés.
Ça continue jusqu’aux portes de Paris jusque vers 23 h mais avec moins de monde.




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