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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Squattez... c’est lutter !
Molotov & Confettis n°1, s.d., p. 3.
Article mis en ligne le 2 décembre 2013
dernière modification le 30 septembre 2018

par ArchivesAutonomies
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La galère. Être jeune et coincé chez ses parents faute de fric pour se louer une chambre. Être chômeur et dormir à la rue parce que les loyers sont trops chers. Bosser au noir ou en intérim et s’inscrusteer chez les copains aprce que les propriétaires exigent des feuilles de paye. être immigré et devoir dégager en lointaine banlieue - quand ce n’est pas sous d’autres cieux - parce que dans le quartier, on restructure. La galère. La galère pour 50.000 parisiens sans maison. La galère pour 15.000 d’entre eux à qui il ne reste que les squares et les quais du métro. La galère pour 300.000 autres qui attendent depuis des mois d’improbables "logements sociaux". Sans compter les millions qui crèvent la dalle pour se payer une piaule ou qui, faute de mieux, pourrissent dans des taudis. La galère, et 300.000 logements vides rien qu’à Paris. Des vieux, des neufs, des grands, des petits, des propres et des crades. Tout ce dont ou pourrait rêver. Sauf que... Sauf que la ville de demain, ils la veulent propre, ordonnée, disciplinée et rentable. Tu passes là où te dit de passer. Tu pointes là où on te dit de pointer. Tu payes là où on te dit de payer. Tu crêches là où on te dit de d’habiter. Chacun dans son coin. TOus bien dispersés, bien isolés, bien surveillés, bien contrôlés. Inoffensifs. Des ghettos immigrés où l’on se fout de la loi et de la "culture française", où on se serre les coudes pour survivre et lutter, où pas un flic ne peut entrer sans risquer sa santé, ils n’en veulent plus. Des tribus de jeunes qui dérivent dans la ville, sans soucis des règles et du bon ordre, fauche, truande, rodéos, fêtes, glandes, musiques sauvages et looks d’enfer, ils n’en veulent plus. Des bataillons de chômeurs un peu despérados, sans plus rien à perdre et prêts à tout, ils n’en veulent plus ! Tu te plies à leurs quatre volontés, tu vis comme ils veulent que tu vives, tu joues le jeu de leur société... ou tu vas mourrir. Et pourtant, 300.000 logements sont vides aujourd’hui à Paris. 300.000 logements vides, 300.000 logements à prendre, à occuper collectivement, à squatter, comme des milliers l’on déjà fait, de "Nationale" aux "Vilins", de "CAscades" à la rue de Flandres, de "Crimée" aux Champs Élysées. Sauf que ça ne marche pas toujours. Ça marche même de moins en moins. Squatts sauvages du 20ème, squats plus sages du 19ème, squatts rebelles du CAO, squatts collabos ou squatts clandos, tous ont été expulsés. Mais quoi d’étonnant ? Si c’est de nous qu’ils veulent se débarasser, si c’est nos regroupements qu’ils veulent interdire, on se demande bien pourquoi ils toléreraient nos squatts ! Tant que ce n’était qu’une question de fric, tant qu’ils ne cherchaient qu’à protéger et à rentabiliser leurs immeubles, on pouvait toujours brandir la loi et prendre l’État et ses propriétaires à leurs propres pièges. Faire durer les choses un an, deux ans ou plus. Mais maintenant, c’est une autre affaire. Quant à longueurs de journaux, on nous traite de dealers ou de tueurs, c’est moins le squattuer qui est attaqué en nous que le jeune, le chômeur, l’immigré ou le prolo. Quand ils se permettent de descendre chaque semaine pour fouiller, pour rafler, c’est pas le squatteur qu’ils visent, c’est le "délinquant", le mec en cavale ou l’immigré clandestin. Quen ils ne te laissent plus aucune répit, quand ils te chassent chaque semaine de la maison que tu occupes, c’est pas seulement le squatt qu’ils veulent détruire : à quelle ANPE tu vas t’inscrire ? quelle adresse légale sur ta carte de séjour, sur ton contrat d’embauche ou pour recevoir la Sécu. Aujourd’hui, on ne peut plus occuper un immeuble en oubliant tout le reste. On ne peut plus prétendre résoudre tranquillement son problème de logement et s’arrêter là. Parce que l’État, lui, n’oublie rien de ce que nous sommes. Parce que son oppression ne s’arrête pas à la maison. Un squatt, aujourd’hui, ça ne peut pas vivre seuk. Ça ne peut pas tenir seul. Parce que loin d’être une simple question de logement, c’est aussi, nécessairement, une histoire de boulot, de chômage, de carte de séjour, de vie de quartier, de bouffe, de fête. Un squatt, aujourd’hui, ça ne peut survivre que si àa s’affronte aussi aux problèmes de taf, de fric, de contrôle, de vie collective. Ça ne peut survivre que s’y d’autres s’y reconnaissent, chômeurs, prolos, immigrés, squatteurs ou pas, s’ils sont là pour l’appuyer, pour le défendre. Un squat aujourd’hui, si c’est un ghetto parmi les ghettos, ça crève. Pour que ça marche, une seule condition : que ça lutte.




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