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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Turin déchire le contrôle politico-syndical. L’usine ? Un territoire ouvrier !
{Camarades}, n°2, Été 1976, p. 29-31.
Article mis en ligne le 16 décembre 2013

par ArchivesAutonomies
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C’est avec beaucoup de souci que les Politiques (avec un P majuscule) voient la classe ouvrière de Fiat fuir le ciel de la politique, parce que cette classe ou­vrière Fiat ne participe pas à la poli­tique des conseils de quartier et/ou ne descend pas sur la place. A ce pro­pos, il est significatif qu’à la dernière grève générale à MIRAFIORI, bien que le pourcentage d’abstentions au travail ait frisé les 100 %, au cortège de MIRAFIORI jusqu’à la Place San Carlo, les masses aient été inférieures à un millier de personnes et que les autres soient restés à l’usine à jouer aux cartes et/ou à empêcher les jaunes de travailler.
En fait, la classe ouvrière de Fiat a "roqué” et s’est déplacée sur des posi­tions de pouvoir à l’usine et de là, elle contre-attaque. La reprise des luttes sur les qualifications n’est qu’un prétexte pour une attaque ouvrière au-delà de toute logique contractuelle. C’est à partir d’elle qu’ont commencé les luttes plus significatives, et que, dans ces der­niers mois, le sabotage semble être devenu l’arme favorite de la classe ou­vrière Fiat. A RIVALTA, les voitures multicolores, sont la résultante de bien­tôt trois mois de luttes sur les qualifi­cations, concomitantes mais étrangères et externes à l’échéance contractuelle. Dans l’usine, les cortèges s’automatisent (on le sait, l’automatisation et la mécanisation deviennent endogènes à la classe ouvrière). Pourquoi s’écorcher les mains à défoncer les grilles avec des palanquins quand les chariots éléva­teurs peuvent les faire sauter d’un seul coup avec tant de fatigue en moins ! Pourquoi poursuivre à pied les chefs, les petits chefs et les jaunes, quand on peut tellement plus facilement les pour­suivre avec les chariots et, toujours avec les chariots et beaucoup de fa­tigue en moins, renverser les caissons le tout à une vitesse bien supérieure à celle de l’exécution manuelle. Les cha­riots élévateurs comme arme automa­tique de destruction ont été la décou­verte de la science ouvrière dans ces derniers mois.
Ensuite, pour certains, il y a le problème que les ouvriers de TURIN n’aiment pas la rue. C’est une carac­téristique que nous connaissons, mais nous connaissons aussi les caractéris­tiques des rares fois où ils décident d’y aller. Mais aller dans la Rue pendant la dernière grève générale voulait dire aller faire le pitre devant la préfecture en suivant les conseils de LC [1]. Disons tout de suite que les ouvriers ont tenu vendredi une rue à leur façon dans l’u­sine plutôt que le jeudi place Castello.
RIVALTA-vernissage : après les voi­tures multicolores au vernissage, les grèves pour le passage des qualifica­tions, et non pour le contrat, prennent la suite et vendredi BENUSSI juge bon de libérer les secteurs en aval ; en un instant RIVALTA est bloquée, des tor­rents ouvriers commencent à se former, rejoignent les portes et les défendent, expulsent de l’usine les chefs, les chronos, les opérateurs, pour que personne n’entre de la seconde équipe. On suit les bonnes manières ouvrières avec tout ceux qui insistent pour entrer. RIVAL­TA est aux mains des ouvriers dans des termes assez différents de ceux dans lesquels le syndicat avait voulu que, les journées précédentes, MIRAFIORI fut entre les mains des ouvriers. Ensuite, samedi, et dimanche, c’est le congé et la Rue se déplace de l’usine aux champs du Val Pellice. La prochaine fois, il serait bon que la direction choisisse un lundi pour libérer un dépt.
MIRAFIORI dépt. sellerie, toujours vendredi, après le jeudi qui aurait dû voir les ouvriers dans la Rue. Il est 22 h 45, au feu, au feu ! Les pompiers (les vrais) vêtus de rouge, accompagnés des sirènes, éteignent l’incendie sans pour autant empêcher des centaines de millions de dommages.
L’attaque ouvrière continue comme lutte pour le pouvoir en dehors de la logique contractuelle. Avec les mo­ments cités plus haut a commencé un processus d’extension et de générali­sation accélérée et, dirait-on, quasi convulsif, de niveaux plus élevés dans les formes de lutte. Les luttes sur les qualifications au-delà de toute logique contractuelle ; s’étendent ; de nouveaux secteurs qui, jusque là, étaient restés les plus dures (par exemple les labos de recherche rejoignent même le blocage des grilles).
Le PCI et les syndicats réussissent toujours à médier la poussée de lutte ouvrière, et de plus en plus souvent les fonctionnaires de la Mairie "rouge" se rendent à l’usine pour faire des ser­mons. Personne ne les écoute, ou plu­tôt les ouvriers les écoutent à leur façon. Ils sont sur de telles positions de force que le PCI et le syndicat, qui doivent quand même réagir, baissent de ton par rapport au passé. Il suffit d’écouter leur indignation, tout compte fait assez faible, après le sabotage du 81 (pour qui aurait des doutes, qu’il se rappelle les communiqués et les fu­reurs de l’époque des "foulards rouges" du contrat d’usine) [2].
C’est sur l’accroissement et la géné­ralisation des moments de lutte ou­vrière à des niveaux plus élevés de lutte pour le pouvoir, que se greffe le sabotage de samedi à MIRAFIORI. Quel que soit celui qui l’ait fait, il a démontré qu’il était au cœur des luttes ouvrières de cette phase.

Notes :

[1LC : Lotta Continua

[2Foulards rouges : pendant les luttes du contrat 73, des groupes ouvriers militarisés à l’intérieur de l’usine étaient masqués par des foulards rouges. Contrat d’usine : signé tous les 3 ans en alternance avec le contrat national négocié également tous les 3 ans. Le syndicat cherche à imposer l’existence du seul contrat national, pour mettre fin au "désordre" permanent provo­qué par les échéances alternées des deux contrats.




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