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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Pourquoi nous sommes anti-parlementaristes
{L’Ouvrier Communiste}, n°1, Août 1929
Article mis en ligne le 22 décembre 2013
dernière modification le 21 décembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Les thèses que nous publions ci-dessous reproduisent parfaitement notre pensée actuelle sur la question parlementaire, c’est-à-dire sur l’attitude que les élites révolutionnaires devraient garder vis-à-vis du Parlement. Elles ont été présentées au Comintern en 1920, mais elles étaient déjà contenues dans le programme de la fraction abstentionniste au sein du Parti socialiste italien, laquelle fut approuvée au Congrès de Bologne (1919) de ce même parti par 4 000 inscrits. Cette fraction comptait ses adhérents dans toutes les régions d’Italie. Le parti communiste italien qui fut fondé à Livourne en janvier 1921 surtout par l’activité de la fraction abstentionniste n’adopta pas dans son programme le boycottage du parlement, qui est préconisé dans les thèses en question. C’est-à-dire que cette fraction et son leader, Bordiga, renoncèrent à leur position sur le parlementarisme pour ne pas porter atteinte aux 21 points de l’Internationale Communiste, points qui réglaient, a priori, la formation des partis Communistes. Ces points n’admettaient pas, entre autres, la présence dans le Comintern d’éléments préconisant le boycottage des parlements bourgeois.
La présentation des thèses en question fut accompagnée, au 2° Congrès du Comintern, d’un discours de Bordiga qui a paru dernièrement sur Prometeo en langue italienne. Le contenu de ce discours du camarade Bordiga reproduit les mêmes idées dont Herman Gorter a donné un exposé d’une grande simplicité dans sa Lettre ouverte au camarade Lénine également écrite dans l’automne 1920, du moins pour ce qui se rapporte à la question parlementaire.
Il faut remarquer que déjà dans son discours de 1920, Bordiga atténue beaucoup l’importance du boycottage des parlements bourgeois. "Les thèses du rapporteur - dit-il – déclarent d’autre part que la question parlementaire est secondaire pour le mouvement communiste, il n’en est pas de même pour la question syndicale (où Bordiga était de l’avis des Léninistes ). Je crois que de cette opposition on ne saurait tirer un jugement décisif sur les camarades et les partis communistes". Cette patente atténuation du différend sur la question parlementaire est en contradiction avec le contenu des thèses ci-dessous rédigées par Bordiga lui-même, où justement il a donné une grande importance à la question parlementaire, ainsi que le lecteur pourra le constater lui-même.
Du reste l’abandon de cette position a contribué énormément à affaiblir la base des Partis de l’Internationale. En Italie elle a effacé du mouvement communiste la tendance abstentionniste pendant de longue années. Dans les thèses on met justement en relief la dispersion des forces révolutionnaires dans l’activité électoraliste et parlementaire (que les gens de Prometeo se rappellent bien ! ils ont ridiculisé en nous cet argument, que nous apportions en 1927 en défendant le boycottage des parlements bourgeois !), forces qu’on pourrait appliquer autrement sur le terrain de l’action révolutionnaire. En outre on envisage la nécessité de donner toutes les lumières au prolétariat sur ce terrain.
Ce n’est que par le boycottage du parlement qu’on peut donner à la classe ouvrière la pleine conscience que cet organe de domination de la bourgeoisie doit être brisé et remplacé par les conseils. Et si l’on a présent à l’esprit le rôle séculaire joué dans quelques pays capitalistes par les institutions parlementaires, on apercevra l’énorme importance de cette question pour les élites prolétariennes. On se rendra compte de l’énorme dommage que l’abandon de cette position a apporté à la cause prolétarienne en Italie.
Il ne faut pas cacher non plus qu’en 1924, à la veille des élections parlementaires en Italie, Bordiga eut à écrire un article, paru sur la presse officielle du Parti Italien. Cet article est en parfaite contradiction avec le contenu des thèses que nous avons pu retrouver aujourd’hui seulement sur le Phare, organe communiste genevois, auquel, en 1921, collaboraient tous les théoriciens de la philosophie de l’offensive, Boukharine compris (aujourd’hui tous sont des droitiers avérés).
L’article de 1924 essaie de justifier l’abandon de la position de boycottage, remplaçant le contenu des thèses par une conception très élastique de la tactique parlementaire. Il appuyait aussi la tendance qui, dans le Parti communiste italien, préconisait la participation aux élections contre la tendance qui était partisane de l’abstention. Cette dernière tendance était pour l’abstention pour des raisons qui n’ont d’ailleurs rien à faire avec la position du boycottage des parlements bourgeois. Mais ce n’est pas là pour Bordiga et ses partisans une justification. Pas plus que le prétexte du changement de situation.
Dans les thèses ci-dessous on affirme que la tactique du boycottage des parlements est à appliquer pendant toute la période historique actuelle et même, quelque part, on déclare que cette tactique est indispensable dans n’importe quelle situation. D’ailleurs s’il est vrai qu’en 1924 les éléments les plus opportunistes (même les réformistes) étaient récalcitrants vis-à-vis de l’action électorale, qui était devenue un danger depuis l’avènement du fascisme, il n’est pas moins vrai qu’une position très nette du boycottage n’était pas moins dangereuse. En outre, la proposition de l’article de 1924 valorisait d’une certaine manière aux yeux du prolétariat le rôle du parlement.
C’était, au contraire, le moment de montrer aux ouvriers par une action de boycottage que le parlementarisme a toujours la même substance, soit sous la dictature démocratique que sous celle du fascisme. Et il est important de remarquer que c’était justement la gauche bordighiste qui s’efforçait de montrer (et elle avait raison) l’identité de substance entre la démocratie et le fascisme. Cette prémisse théorique qui a ses racines dans la réalité historique de la lutte des classes en Italie, n’était pas un apport à la thèse du changement de méthode dans la question parlementaire de 1924.
Cette dernière position du boycottage ou de la participation à l’activité électorale conditionnée à la situation politique est contenue dans une note de la Lettre ouverte au camarade Lénine de Herman Gorter. Chez Gorter, que l’analyse très simple et très claire de la situation objective dans les pays capitalistes avancés, mène à une conclusion fondamentale favorable à la nécessité du boycottage des parlements bourgeois, la réserve tout à fait personnelle contenue dans la note susdite représente une incohérence qui n’est pas justifiée par toute l’analyse précédente.
Le contenu des thèses que nous extrayons du Phare de 1921, est tout à fait satisfaisant et complet. L’analyse contenue dans le chapitre "la question parlementaire" de la Lettre ouverte de Gorter peut servir comme illustration au contenu très bref du document, non plus bordighiste, de Bordiga.
Avant de terminer cette présentation indispensable du document sur le parlementarisme de la gauche italienne de 1920, nous devons remarquer, que les gens de Prometeo, dans le chapeau qui précède le discours de Bordiga au 2° Congrès du Comintern, déclarent que l’antiparlementarisme de Bordiga (qui n’était pas une exclusivité de Bordiga) n’était pas d’origine syndicaliste, et à vrai dire il n’y a que les anarcho-syndicalistes qui, dans l’action par leur idéologie anarchiste, soient pour le boycottage des parlements bourgeois. Le syndicalisme pur de Sorel n’a eu aucune application pratique dans sa tendance nettement antiparlementaire. Du reste, Sorel lui-même favorisa sans réserve l’activité de ses disciples italiens (Labriola, Leone) les mena, à travers l’ornière parlementaire jusque sur le terrain de la démocratie bourgeoise. Ni les actuels syndicalistes de la Révolution Prolétarienne ont jamais préconisé jusqu’à présent le boycottage des parlements bourgeois. Le syndicalisme n’a rien à faire avec les tendances radicales de l’antiparlementarisme communiste et marxiste qui en 1919 se manifestèrent avec tant de précision sur le terrain international. Prometeo n’est pas tout à fait "marxiste" quand dans son chapeau (vide d’ailleurs) il ignore ou fait mine d’ignorer une quantité de faits qui pourraient mettre en relief le côté marxiste de la thèse du boycottage au Parlement.




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