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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Léon Trotski à la rescousse (à propos de sa critique des GOC)
{L’Ouvrier Communiste}, n°6, Janvier 1930
Article mis en ligne le 22 décembre 2013
dernière modification le 21 décembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Les trotskistes ont jusqu’à présent tenté d’étouffer notre critique par la conspiration du silence et la résistance passive. En s’abstenant de toute allusion à notre existence et à notre position politique, la Vérité et tous les autres organes oppositionnels de langue française ont cru pouvoir retarder indéfiniment l’échéance d’une explication.
Mais si faibles que soient nos forces matérielles, notre pouvoir de diffusion, et les échos éveillés dans les masses par notre propagande, nous ne nous lasserons pas de dire la vérité avec une entière brutalité. Ceux qu’elle choque le plus violemment aujourd’hui la retrouveront en eux-mêmes demain ; sous la pression des événements, elle s’imposera à eux comme un instrument de lutte.
Déjà, nous constatons que l’organe italien de la Fraction de Gauche dans le Comintern Prometeo, commence à se trouver mal de la polémique dans laquelle il s’était engagé avec nous, et pour faire cesser une certaine fermentation idéologique peu agréable au Groupe dirigeant la Fraction, force lui est de faire appel au principe d’autorité.
En l’absence de Bordiga, c’est Léon Davidovitch Trotsky qui est appelé à régler la question, à prononcer la condamnation sans appel des communistes ouvriers en France. Ainsi sollicité, le "prophète des prophètes" se devait de sortir de son silence prudent et d’esquisser une réfutation de nos critiques. Qu’à cela ne tienne, il s’est mis aussitôt, comme le dernier des plumitifs stalinistes à falsifier les arguments des Ouvriers-Communistes.
"Pour répondre à la question du caractère de classe d’un régime social, il se limite à considérer sa structure politique". Pour nous, la question du caractère de classe de l’Etat russe est justement résolu sur la base économique introduite par la Nep . La bureaucratisation ou mieux l’embourgeoisement de la bureaucratie s’explique par la nature du capitalisme d’Etat dans le milieu libre-échangiste créé par la Nep.
"Pour eux, - dit encore l’oracle – la question de la propriété des moyens de production n’existe pas". Cette question est au contraire pour nous la question principale et c’est pourquoi nous voulons que la propriété des moyens de production revienne aux ouvriers et soit arrachée à la bourgeoisie bureaucratique. Trotsky empoigne comme argument-massue le fait qu’en Russie on fusille les ingénieurs qui conspirent pour rendre les usines aux anciens propriétaires, tandis qu’en Europe et en Amérique on condamne à mort ceux qui voudraient préparer l’expropriation des usines. Mais il oublie de dire qu’en Russie on en fait autant de ceux qui voudraient exproprier les nouveaux propriétaires. Les nouveaux propriétaires, bureaucrates, nepmen et koulaks, font feu aussi bien sur les ouvriers communistes que sur les partisans des anciens propriétaires, impérialistes ou féodaux.
Comme conclusion, le "prophète des prophètes" décerne un brevet de marxisme à la Fraction prométéiste, et invite les "bons jeunes gens" bordiguistes à prendre place à main droite du Seigneur dans le temple et le paradis du marxisme (lénino-bordiguo-trotskiste ). Nous nous permettrons, avec Marx lui-même, de tourner en dérision ce paradis dont l’auteur de La misère de la philosophie s’était exclu lui-même, ce temple où les philistins assemblés font d’une théorie vivante une vile marchandise politique. Il nous plaît fort que Trotsky reconnaisse en nous, antisyndicalistes, - les fautes du syndicalisme déchu, qu’il cherche en nous une base de classe bourgeoise s’exprimant dans notre "désinvolture d’étudiants", alors qu’il serait si facile de retourner le compliment au groupe rédacteur de la Vérité, exclusivement composé d’intellectuels et de vieux bureaucrates syndicaux, et dirigé par des fils de famille.
Ce n’est pas pour nous un principe d’organisation ni un vain titre de gloire, mais il se trouve que les Groupes Ouvriers-Communistes ne comptent jusqu’à ce jour que des manuels appartenant aux couches les plus exploitées du prolétariat. Nous sommes donc bien à l’aise pour demander à Trotsky où sont les étudiants, où est la désinvolture et, en fin de compte, où sont les agents objectifs de la bourgeoisie. Et bien certains qu’il évitera de pousser plus loin la controverse sur ce terrain glissant, nous le défions une fois de plus d’apporter une critique sérieuse à l’ensemble de notre ligne politique.




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