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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Extrait du GIK - Une étude d’ensemble sur la question agraire
{L’Ouvrier Communiste}, n°6, Janvier 1930
Article mis en ligne le 22 décembre 2013
dernière modification le 21 décembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Nos camarades du Groupe des Communistes Internationaux de Hollande nous ont envoyé une longue étude sur la question agraire intitulée "Lignes de développement dans l’économie agricole". Nous regrettons ne pas pouvoir, faute de place, publier en entier ce document qui est le produit d’un effort collectif et original de nos camarades Hollandais. Nous publierons toutefois un résumé de cette étude aussi bien que le texte entier des deux derniers chapitres.
Nos camarades commencent par constater que le capitalisme d’Etat, tel qu’il est préconisé par les social-démocrates et les communistes bolchéviks, comme instrument de la construction socialiste, conduit, par la concentration de l’administration économique entre les "uniques" mains de l’Etat, à la domination d’une caste, les fonctionnaires se substituant en quelque sorte aux magnats de l’industrie capitaliste. D’après les bolchéviks et les social-démocrates, l’édification du socialisme ne serait, économiquement, que le complètement du processus de concentration capitaliste.
Or, ce processus, qui est effectivement très puissant dans l’industrie, n’est pas un aspect général de l’économie agricole, en dépit de toutes les prophéties de marxistes éminents, on constate, à la campagne, plutôt une augmentation de la petite et moyenne entreprise que de la grande. Ce simple fait désoriente fort les communistes : l’économie rurale n’est pas encore mûre pour une gestion étatique et n’évolue pas vers sa maturité. Pour nos camarades hollandais ce critère de la concentration est radicalement faux. Ils affirment qu’au contraire, le capitalisme européen a déjà créé dans l’économie agricole toutes les prémisses objectives pour le développement du communisme à la campagne. Ces prémisses ne résident pas dans la concentration, mais dans l’industrialisation de la production agricole.
En premier lieu l’entreprise agricole a été entraînée dans le cercle de la production marchande. Les anciennes formes d’entreprise agricole produisaient surtout pour le cercle limité de la famille, et ne destinaient au marché que le surplus. Aujourd’hui le paysan européen est, au contraire, surtout un producteur de marchandises. Forcé à produire à meilleur marché, il doit adopter tous les moyens que le développement capitaliste lui offre.
C’est ainsi que les engrais chimiques, qui rendent la production de la terre indépendante de sa composition géologique, s’introduisent à la campagne. Les engrais artificiels permettent une augmentation de la productivité par hectare. Un grand rôle dans l’industrialisation de la production agricole est joué aussi par la spécialisation de la production et par le développement des coopératives, qui permet l’utilisation collective des machines modernes.
Les communistes de l’école bolchévique ont fermé les yeux sur ces faits même lorsqu’ils éclataient par leur évidence. L’ingénieur communiste hollandais, Rütgers, affirme ainsi, dans son livre La question agraire en Russie, en Europe, en Amérique, aux Indes et en Chine, que, comme l’entreprise agricole n’a pas encore dépassé aujourd’hui le niveau de production qu’elle avait il y a dix ans, il faut prévoir une nette décadence de l’agriculture en Europe occidentale et perdre tout espoir d’une reprise réelle.
Il affirme que l’accroissement des petites entreprises représente une entrave pour l’introduction des moyens techniques et, par conséquent, empêche l’augmentation de la productivité de la terre. Or les chiffres prouvent que, s’il y a une augmentation du nombre des entreprises il n’y a point une diminution de la productivité de la terre. Nos camarades hollandais donnent ici une minutieuse documentation statistique (Institut International d’agriculture) qui prouve l’augmentation du rendement de la terre dans les pays de l’Europe occidentale dans la période 1900-1914. La période d’après-guerre nous offre un tableau, où l’augmentation et la diminution du rendement de la terre s’alternent. Par ailleurs l’introduction des engrais chimiques et la spécialisation ont un grand essor. La pression fiscale et l’augmentation du fermage pousse le paysan à cette spécialisation et introduction des engrais artificiels pour augmenter le rendement de la terre. Mais l’augmentation de ce rendement n’est en aucun cas un moyen pour améliorer les conditions d’existence des paysans, au contraire, c’est là plutôt une preuve des difficultés où ils se trouvent.
D’autre part la spécialisation est poussée si loin qu’il y a aujourd’hui des usines qui ne produisent que le nécessaire pour la semence et la plantation. A côté de la spécialisation s’introduit la normalisation des méthodes de travail, c’est-à-dire, la rationalisation à la campagne. Les produits sont standardisés et les paysans doivent s’efforcer de produire selon les règles de la standardisation. Dans ce but, dans maints pays, on a institué un règlement juridique.
La normalisation des produits est une des bases essentielles du développement de la coopération à la campagne. L’acquisition des engrais chimiques et l’emploi des tracteurs et des batteuses obligent les paysans à adhérer aux coopératives non pas seulement en Hollande, mais dans tous les pays. Aux Etats-Unis particulièrement les coopératives organisées pour la vente des produits étaient 3 095 en 1914, 5 424 en 1915, 10 803 en 1926. Le paysan, partout, est obligé, pour vivre, d’adhérer aux coopératives.
Nos camarades hollandais étendent leur analyse aux pays orientaux Russie, Pologne, etc., et ils constatent, sur la base du rendement, que, même là, (Grèce exceptée), le parcellement de la terre n’a pas mené à une diminution de la production agricole. Il en ressort que la conception scolastique de Rütgers est complètement réfutée par la réalité elle-même.
Les deux derniers chapitres de conclusion sur les coopératives agricoles en Russie et la socialisation en général méritent qu’on en fasse une traduction complète. On lira le premier d’entre eux page 6 du présent numéro.




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