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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Parti communiste grec et "Archives du Marxisme"
{L’Ouvrier Communiste}, n°9/10, Mai 1930
Article mis en ligne le 22 décembre 2013
dernière modification le 21 décembre 2013

par ArchivesAutonomies
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La revue trotskiste La Lutte de Classes a donné l’hospitalité dans son numéro de mars à une longue déclaration de M.M. Maximos et Pouliopoulos. Ces déclarations calomnieuses présentaient l’organisation Archives du Marxisme comme une bande de fascistes, assassins d’ouvriers, briseurs de grève, etc.
Notre camarade M.K. a déjà remis à leur place les "oppositionnels" Maxime et Cie en donnant d’eux et de leurs compères du P.C.G. un portrait qui a pu surprendre par la crudité des couleurs tout militant ... non initié aux tristes réalités d’un léninisme en pleine pourriture ! Nous n’ignorons pas ce que cet aperçu a d’incomplet et comptons bien publier, un jour, sur des documents précis, un aperçu historique complet du mouvement communiste en Grèce et des problèmes particuliers qu’il soulève. Mais il était impossible de tarder plus longtemps à relever certaines accusations mensongères des trotskistes ou pseudo-trotskistes grecs — en particulier au sujet du rôle fasciste de l’Archivo-marxisme, et des crimes dont on lui impute la responsabilité. Loin d’ailleurs de partager toutes les idées de cette organisation, nous ne prenons ici d’autre défense que celle de la vérité objective.

OÙ SONT LES ASSASSINS ?

Les accusations des crapules politiciennes déjà nommées se caractérisent par le vague. Faire la preuve du contraire est donc très difficile. Mais ce qui est moins difficile c’est de demander à ces messieurs des noms et des faits précis. De notre côté nous serons très affirmatifs : il existe des noms et des faits précis qui prouvent comment agissent les gardes du corps attachés à la personne de MM. Maximos et Cie. En attendant des précisions complémentaires voici quelques faits de notoriété publique : M. Maximos, au cours d’une réunion donnée dans le théâtre d’Athènes "l’Alhambra" pérorait à la tribune. Un ouvrier boulanger archivo-marxiste lance une chaise dans sa direction en lui criant : "trompeur des ouvriers !..." Il n’eut pas le temps de dire davantage, car il venait d’être poignardé dans le dos par les soins de la garde personnelle de M. Maximos, alors leader du P.C.G.
À quelque temps de là, un ouvrier typographe était suriné à son tour devant la Bourse du Travail. Enfin le dernier crime sur lequel nous ayons des éléments d’information date de septembre-octobre 1927. Aux environs de la gare un ouvrier cordonnier fut alors assassiné en pleine rue, toujours par cette escouade du crime payée par les chefs du P.C.G. pour supprimer les archivo-marxistes.

UN PEU D’HISTOIRE

Cela n’a pas empêché d’ailleurs ces derniers de poursuivre leur travail éducatif et révolutionnaire, tandis que le parti du bolchevisme pourri s’acheminait vers la liquidation. D’après l’Internationale Communiste du 20 avril 1930, il ne compte plus que 1 500 membres (dont 170 à Athènes et 70 seulement au Pirée), et des grèves de masses ont lieu entraînant des dizaines de milliers d’ouvriers sans que le parti ait même connaissance du mouvement !
Mais pour comprendre le sens de cette évolution et du travail archivo-marxiste, il faut remonter un peu plus haut, jusqu’à l’époque de la formation du P.C.G.
En Grèce, comme ailleurs, le parti socialiste changea d’étiquette et prit le nom de communiste. Mais le contenu restait le même, mêmes aventuriers politiques en tête, mêmes formes d’organisation, mêmes mépris de l’éducation révolutionnaire chaque jour proclamée par ceux d’en haut au profit d’une agitation instantanée, incapable de former des communistes. C’est ce que devait reconnaître une poignée de militants honnêtes, sérieux et combatifs. Les réfugiés d’Asie Mineure affluaient alors en Grèce ; les soldats quittaient leurs postes au cri de Vive Lénine ! ; la monarchie succombait, remplacée par la république bourgeoise. Que faisait le P.C.G. ? Il se traînait à la remorque du Vénizelisme. Les militants en question voyant le parti flotter comme une planche pourrie donnèrent leur démission. Celle-ci fut refusée par les dirigeants, qui disaient : "Vous prétendez que le Parti est infecté d’opportunistes, restez-y donc et dénoncez-les, une épuration ne tardera pas à venir". Mais les réclamations restaient sans écho et l’épuration qui venait ne modifiait en rien le cours opportuniste du Parti. Cette fois les meilleurs militants s’en allèrent pour tout de bon, dénonçant le P.C.G. comme un parti bourgeois à phraséologie révolutionnaire.
L’évolution sociale de la Grèce battait alors son plein. L’affluence des réfugiés apportait une main-d’œuvre abondante à l’industrie nationale. La prolétarisation des couches intermédiaires se faisait avec une rapidité inouïe. Les capitaux anglo-américains affluaient, accaparant la vie économique du pays, liquidant l’ancien appareil de production, de distribution et d’échange. Le moment paraissait favorable à la création d’une nouvelle organisation révolutionnaire. Sans perdre de temps les camarades démissionnaires du parti décidèrent qu’en face du parti "de masse" il fallait commencer à éduquer les ouvriers individuellement, et préparer en même temps l’organisation sous une forme capable de survivre et de se développer, même en cas d’illégalité complète.
Avant tout, ce qui faisait défaut, c’était la littérature marxiste en langue grecque. Une revue fut donc créée, sous le nom Les archives du marxisme, où l’on publia presque tous les textes principaux de la théorie révolutionnaire. Grâce aux sacrifices des fondateurs de cette revue et à l’énergie des nouveaux adhérents, le travail d’éducation, d’organisation et de lutte prit un essor décisif. De jour en jour le mouvement archivo-marxiste se dressait plus efficacement en face du P.C.G. donnant l’exemple d’une organisation sans subsides extérieurs, sans chefs, sans parlementarisme ni bureaucratie. Dédaignant les injures des léninistes patentés, comme des sollicitations du Comintern, ils prirent dans la question du syndicalisme une attitude explicable par le manque d’expérience et en général par l’état primitif des organisations en Grèce : travaillant dans les syndicats ils s’efforçaient toutefois d’y expliquer aux ouvriers comment chaque amélioration obtenue du patronat ne signifie qu’une plus longue marche vers la révolution prolétarienne.

VERS UNE ÉTAPE DÉCISIVE

La traduction de la littérature révolutionnaire la plus variée, de Marx à Gorter en passant par Lénine et Bogdanov, a naturellement donné naissance dans l’Archivo-marxisme à plusieurs courants, unis cependant sur le terrain du programme national.
Les conceptions idéalistes de Bogdanov ont obtenu, parmi les étudiants et étudiantes, un certain retentissement. Il s’agit d’une minorité, mais cette déviation existe. D’autre part nous nous sommes assurés que la clarté apparaîtra entre les différentes tendances dès que l’A.M. voudra se prononcer au sujet de l’U.R.S.S. Nous remarquons que déjà un grand nombre d’ouvriers archivo-marxistes dénient catégoriquement à la Russie le titre de république prolétarienne. Ceci prouve que l’élite du mouvement ouvrier grec assimile peu à peu les leçons de la révolution internationale.
Pour en revenir aux syndicats, les Archéo-marxistes en ont pas mal derrière eux. Mais en dominant ces organismes comment pourront-ils mettre à exécution les formules qu’ils défendaient devant les syndiqués à l’état de minorité ? Auront-ils le courage de se rendre compte que le triomphe de leurs conceptions théoriques exigent la destruction des syndicats, et est en contradiction avec le noyautage syndical ? Ou bien modifieront-ils leur ligne politique pour les besoins d’une agitation à courte vue, et tenteront-ils de se substituer au parti défaillant dans le rôle de dirigeants sans principes ?
Une scission nous paraît non seulement probable, mais éminemment désirable.




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