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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Il est certain….
{Le Soviet}, n°8, 25 Juillet 1920
Article mis en ligne le 4 janvier 2014
dernière modification le 12 janvier 2014

par ArchivesAutonomies
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...que nous gênons pas mal de gens. On n’ose pas encore nous dire ouvertement que nous sommes des trouble-fête et des importuns ; mais voici que la campagne de dénigration et de calomnie bat son plein.
Nous avons un tort : celui de ne pas appartenir au parti socialiste unifié ; et on nous le fait bien voir. Ces messieurs, seuls détenteurs de la vérité et de la lumière, cherchant à qui mieux-mieux et nos points faibles et les défauts de notre cuirasse. L’autre jour, le journal du blackboulé Brizon insinuait que les membres de la Fédération Communiste ne pouvaient être que des mouchards et des provocateurs ; dernièrement, R. Lefebvre, dans le Journal du Peuple, écrivait qu’il avait pu dissuader à temps des camarades du Nord de former une Fédération Communiste ; enfin, le Comité de la 3° Internationale, en publiant le texte de la convocation officielle du 2° Congrès de l’Internationale Communiste, nous fait savoir que lui seul et le groupe ouvrier (??) sont convoqués.
La prose de Mossieu Brizon n’a pu, en aucune façon, nous décevoir. Le brave homme fait de ce qu’il peut et ce, encore mal. Il est nécessaire que quelqu’un supporte l’amertume de son échec aux élections législatives ; autant nous que d’autres. A La Vague, le mot d’ordre est fidèlement observé ; je n’en veux pour preuve que le passage des Mémoires d’Andrieux, ex-préfet de Police que la feuille en question s’honore d’avoir comme collaborateur, passage publié il y a quelque temps par l’ex-député de l’Allier. Dis-moi qui tu hantes... Allons ! il se pourrait que, d’ici peu, les propos malodorants du sieur de Brizon soient sanctionnés d’un "pas plus haut que les fesses" que G. Pioch célèbre dans ses articles ; et nous leur ferions trop d’honneur.
De R. Lefebvre qu’écrire, sinon stupéfaction, à la lecture de l’article consacré à sa tournée de propagande dans le Nord. Comment ? lui aussi aboie à nos chausses, lui, l’anti-parlementaire candidat aux dernières élections ? Est-ce parce que nous sommes, nous, résolument anti-parlementaires, aussi bien aujourd’hui que demain ? Ou bien obéirait-il, de son côté, à la consigne générale qui paraît être donnée ? Nous sommes renseignés à Wattrelos : hélas ! R. Lefebvre s’est permis de mentir gratis pro propaganda. Et voici la note rectificative envoyée au Journal du Peuple par Wastiaux mis principalement en cause par Lefebvre et qui, comme par hasard, est l’un de nos premiers adhérents dans le Nord), note qui, naturellement, ne fut pas insérée :
"Personne n’a pu me dissuader, ainsi que mes camarades, de former une Fédération Communiste, vu que celle-ci existe depuis longtemps : son secrétariat général est d’ailleurs emprisonné sous l’inculpation de complot. Je ne me suis jamais engagé à militer pour l’A.R.A.C. Je milite pour tout ce qui me semble juste, et non pour un parti ou pour une ligue..."
C’est clair net et de bon goût. Cela illustre la façon harmonieuse dont le P.S.U. entend faire sa propagande et cela nous console quelque peu des qualificatifs de mouchards que récoltent les vendeurs du Soviet à la sortie des meetings du Comité de la 3° Internationale.
Mais il y a mieux : la convocation officielle du Congrès de Moscou. Déjà, il y a quelque temps, nous sûmes que le Bureau Communiste de Berlin s’étonnait du "Section de langue française de l’Internationale Communiste de Moscou", que nous mettons en sous-titre de la Fédération, et qu’il l’avait fait savoir, par écrit, aux secrétaires du Comité de la 3° Internationale. Le Bureau d’Amsterdam ne nous fit jamais d’objections sur ce point ; il est vrai qu’il était en relations avec nous. Or, ce n’est pas le cas de celui de Berlin. D’ailleurs la fraction "Parti Ouvrier Communiste d’Allemagne" n’est pas, elle non plus, invitée au Congrès ; et ceci semblerait prouver que, seuls, les partis officiels, communistes ou non, ont le droit d’appartenir à l’Internationale Communiste et de parler en son nom.
Partis officiels ? Oh ! combien ! En France, les socialistes adhérents à la 3° Internationale n’ont rien fait pour quitter leur groupement, mariant agréablement la carpe et le lapin, coudoyant chaque jour des gens comme Renaudel, Varenne, A. Thomas, etc. Mieux, ils subissent sans souffler le camouflet que représente l’autorisation donnée à Cachin et à Frossard d’assister, à titre consultatif, au Congrès Communiste de Moscou. Cela dépasse tout ; et ceci fait comprendre la façon dont Radek solutionne la question du parlementarisme au détriment du soviétisme. J’ai pourtant lu, de Rappoport, la phrase suivante : "Ami passionné des situations nettes et franches, Lénine considérait l’unité des éléments hétéroclites - bolchevik et menchevik - comme un joug insupportable". Mais cela ne veut rien dire, n’est-ce pas, et nous aurions tort de chercher à comprendre.
Nous fûmes énormément desservis auprès de Moscou, et nous le savons. Mais peu nous chaut. Nous sommes combattus à l’intérieur, et c’est bien. Nous le sommes à l’extérieur, et quoi de mieux. Cela prouve, en tout cas, qu’on nous craint et que notre propagande suscite quelques colères. Nous sommes habitués à considérer les bourgeois comme des ennemis et nous avons toujours préconisé la lutte des classes ; qui nous empêcherait de classer parmi nos adversaires les camarades d’hier qui, aujourd’hui, sont sournoisement nos ennemis et le seront encore plus demain, mais cette fois avec éclat et grand tam-tam ?
Nous pouvons facilement nous passer des uns et des autres. Un quelconque numéro d’Internationale ne nous arrête pas : ce que nous voulons, c’est l’Internationale Communiste. Un point, c’est tout. Nous connaissons pertinemment ce qui, dans notre propagande, choque nos bons socialistes et, peut-être aussi, les Russes. Les premiers répudient le soviétisme, parce qu’alors, adieu vache, cochon, couvée... ; quant au Parti communiste russe, fait-il toujours du soviétisme ?
Il se pourrait que cette hypothèse soit négative pour la Russie : elle ne le sera jamais pour nous. Tant pis pour tous deux si on nous juge trop révolutionnaires pour entrer dans la 3° Internationale : il nous restera, ainsi qu’à tant d’autres, l’Internationale Communiste. Ce sera préférable et cela nous donnera l’explication nette des aboiements et des grognements qui orchestrent notre action fédéraliste, communiste et soviétiste.

Monsieur MISERE.

P.S. :

Ce texte a été publié dans la revue (Dis)continuité, animée par François Bochet. Vous pouvez lui écrire à l’adresse suivante : Le Moulin des Chapelles 87800 Janailhac




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