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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La Lutte
{Camarades}, n°3, Décembre 1976, p. 10-11.
Article mis en ligne le 22 janvier 2014

par ArchivesAutonomies
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La lutte a démarré pendant l’hiver 1975 par la grève des loyers des résidents dans deux puis trois foyers de St-Denis. Elle s’est étendue sur­tout à partir de septembre 1975 par la mise en grève de 27 foyers, puis de 50.

En septembre 1975, une coor­dination s’est mise en place ; son or­ganisation a été difficile au départ, la lutte regroupant de nombreuses nationalités différentes (par exemple au foyer Romain Rolland cohabi­tent onze nationalités différentes). Nous, résidents en grève, avons tou­jours tenu à être autonomes pour pouvoir contrôler notre propre lutte. Par ailleurs, nous avons mis sur pied une structure très démocratique avec les délégués élus dans chaque foyer et une assemblée générale de tous les résidents, par foyer, tous les quinze jours.

Dans un premier temps, les gérants ont essayé de faire cesser la grève par eux-mêmes, par des tentatives de division systématique des résidents entre différentes nationalités et entre différentes ethnies d’une même nationalité. C’est le cas du Foyer Romain Rolland où le gérant a dit aux cinq seuls Fran­çais résidents "qu’ils n’avaient pas le droit de faire la grève avec les immigrés" et ce sont tous les résidents qui ont imposé leur lutte solidaire.

Au bout de trois mois, les gé­rants se sont rendus compte de l’é­chec de leurs tentatives et de notre exceptionnelle cohésion de travail­leurs ; ils se sont alors tournés vers la direction de la Sonacotra pour qu’elle négocie directement.

Une première négociation a eu lieu à la Mairie de St Denis entre la Sonacotra et le Comité de coordination, en présence du maire, lequel a reconnu publiquement que la Sona­cotra ne voulait pas négocier sérieuse­ment.

Le 12 décembre 1975, une deu­xième négociation eut lieu au Siège de la Sonacotra (42, rue Cambronne, Paris 15ème) avec 70 délégués des foyers. Cette négociation ne donne rien et l’on remarque la présence de trois cars de police stationnés à proximité. La Sonacotra assura ne pas les avoir appelés.

Les trois négociations suivantes (14 janvier 1976, 31 janvier 1976, 14 février 1976) ne donnant toujours aucun résultat, le COMITÉ de COOR­DINATION A APPELÉ A UN GRAND MEETING POPULAIRE LE 21 FÉ­VRIER 1976 A LA MUTUALITÉ.

Le 21 février, un meeting des 47 foyers en grève regroupant 3.500 grévistes a fait preuve de la force et de la cohésion du mouvement autour du comité de coordination, déjouant ainsi les illusions de la Sonacotra sur la fragilité de la grève.

La Sonacotra et le Secrétariat aux Immigrés ont alors demandé à l’Amicale des Algériens de négocier foyer par foyer avec les résidents en grève, espérant ainsi grignoter et diviser le mouvement. Mais les négo­ciations ne portant pas sur l’ensemble des revendications et des besoins des résidents, un très petit nombre des foyers signent la reprise, les résidents en Assemblée Générale de foyer remet­tant en cause les délégués qui ont signé.

La grève a continué et s’est étendue à d’autres foyers.

Parallèlement, après menaces, la répres­sion se met en place.

  • intervention des Préfectures de la région parisienne auprès des Consu­lats d’Algérie, de Tunisie, du Maroc., pour les aviser des expulsions des délégués.
  • non renouvellement des cartes de séjour parmi les résidents-grévistes.
  • intervention policière dans plu­sieurs foyers.
  • expulsion de France, le 10 avril, de deux délégués, BEN AMAR, Algérien, et FERREIRA, Portu­gais, en 24 heures, en dehors de toute procédure légale.
  • expulsion de France, le 16 avril, de 16 délégués des foyers.
  • expulsion menaçant 55 délégués obligés de se cacher et de quitter leur travail.
  • mise en demeure de devoir quit­ter le foyer sous huit jours, noti­fiée par huissier et envoyée à cent quarante huit délégués de douze foyers de la banlieue parisienne et de province (Lyon,Dijon, Mar­seille et Strasbourg).

    Dans cette lutte, non seulement la Sonacotra refuse de négocier, mais elle durcit sa position : déclenchement d’une campagne de presse pour dire que "si les immi­grés ne paient pas leur loyer, ce sont les Français qui devront les payer !" et que "c’est la faute des immigrés si des travailleurs sont licenciés !" pour dire aussi que les expulsés l’ont été pour "trouble de l’ordre public" et "délit de droit commun".

    Ce projet de la Sonacotra a pour but évident de discréditer les tra­vailleurs immigrés aux yeux des travailleurs français pour continuer à opérer plus facilement les expul­sions dans leur pays des délégués et faire intervenir la police dans les foyers.

    Le 24 avril, le Comité de coor­dination organise une manifestation de Barbés a Ménilmontant, qui ras­semble 15.000 travailleurs français et immigrés. Cette manifestation était appelée également par toutes les orga­nisations immigrées et l’URP-CFDT.

    Le 1er Mai, le Comité de Coor­dination participe officiellement à la manifestation organisée par les syndi­cats.

    Le 11 juin, la Sonacotra annule par communiqué de presse le rendez-vous pris avec le Comité de Coordi­nation pour des négociations.

    Le 19 juin, nouveau rendez-vous, par voie d’avocat ; la Sonacotra ne se présente pas.

    24 juillet : négociation Comité de Coordination - Sonacotra au foyer de Colombes. Aucun compromis, la Sonacotra refusant toutes concessions, se contente de renouveler les termes de ses précédents projets de proto­cole d’accord, déjà rejetés par les résidents.

    Août 1976 :

    Profitant des départs massifs des vacances, la Sonacotra attaque cer­tains foyers, avec l’appui de muni­cipalités communistes telles que Bagnolet. Colombes... et obtient des négociations foyer par foyer avec ceux-ci.

    Retour en France de Moussa Konaté du Foyer de Pierrefitte grâce à la forte pression des résidents en lutte soutenus par les camarades travail­leurs français.

    20 Septembre 1976 : la Sonacotra envoie de nouvelles lettres d’intimi­dation (avec préavis de huit jours) et réclame l’équivalent de cinq à six mois d’arriéré, sous peine d’intenter des poursuites judiciaires contre les résidents.

    5 octobre 1976 : tous les résidents des foyers s’associent à la plainte déjà déposée en juin 1976, sur rendez-vous avec Me Bourgueté le juge Colonna et les délégués des foyers.

    Entrée en grève de sept nouveaux fo­yers dans le 91 et 94.

    10 Octobre 1976 : voyage de Me Bourguet à Alger pour rencontrer les cama­rades expulsés se trouvant en Algérie.

    23 Octobre : grand meeting de solida­rité Français - Immigrés, organisé par le Comité de Coordination à la Mutualité.

    LA LUTTE CONTINUE....

    Comité de Coordination des Foyers Sonacotra en grève.
    56, rue de la Fontaine du Roi 75011 - PARIS.


ÉTAT DES PROCÉDURES JUDICIAI­RES au 23 octobre 1976 et PROBLÈ­MES JURIDIQUES POSÉS

La lutte des travailleurs immigrés logés dans les "foyers-hôtels" apparte­nant à la Sonacotra, ou gérés par elle, n’est pas nouvelle.
Ce qui est nouveau par contre c’est leur détermination :

  • à s’organiser en Comités de Foyers et Comité de Coordination de ces comités
  • à voir reconnaître l’organisation qu’ils ont eux-mêmes mise en place
  • à n’avoir d’organisation que globale, prouvant par la que leurs revendica­tions essentielles se placent au niveau des principes, plus qu’à celui des détails, malgré l’importance de ces derniers dans tel ou tel foyer.

    LA PARTICULARITÉ DES "FOYERS SONACOTRA" :

    Elle se place à un double niveau :
    a) celui de l’ORGANISME lui-même :
    La SONACOTRA, société d’éco­nomie mixte, est constituée sous forme COMMERCIALE (société ano­nyme) dont les statuts prévoient la réalisation et le partage des bénéfices entre les actionnaires, dont l’État pour 55% (pages 1 et 2 - annexe II)
    Elle prétend cependant avoir un but non lucratif et poursuivre une mission d’assistance sociale.

    b) celui des CONDITIONS de LOGE­MENT :
    Affirmation du principe des cham­bres INDIVIDUELLES (alors que dans pratiquement tous les foyers gérés par d’autres organismes les chambres sont COLLECTIVES).
    En fait les soi-disant chambres individuelles, ont été dans la plupart des foyers obtenues :

  • soit par division en deux de chambres initialement prévues pour deux, la cloi­son séparative, par sa nature (contre- plaqué) et sa minceur (5 cm) posant de nombreux problèmes, soit techniques (pas de résistance au feu, pas d’insono­risation), soit juridiques (la cloison, dite "mobile" donc provisoire, peut s’analyser comme laissant au logement son caractère collectif)
  • soit par division en 10 appartements de type "F 6" avec les mêmes problè­mes.



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