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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Appel du Comité de Coordination des Foyers Sonacotra
{Camarades}, n°1, Avril-Mai 1976, p. 37-38.
Article mis en ligne le 10 janvier 2014
dernière modification le 9 janvier 2014

par ArchivesAutonomies
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Ce texte (lu lors d’un meeting orga­nisé par les grévistes du Foyer Sonaco- tra, avenue R. Rolland à St-Denis, à l’intention des habitants des HLM voi­sins donne une idée du sens de la lutte menée par les travailleurs des foyers Sonacotra.


1. QUI SOMMES-NOUS ?</p<

Nous sommes des ouvriers de 11 nationalités : Maliens, Sénégalais, Mau­ritaniens, Marocains, Tunisiens, Algé­riens, Portugais, Espagnols, Yougosla­ves, Polonais, Français.
Nous sommes tous exploités à l’usine ou au chantier. Nous sommes des ouvriers comme tous les ouvriers qui sont en France. Avec les autres ouvriers, nous produisons toutes les richesses qui sont en France. Comme tous les autres ouvriers, les patrons nous payent une partie seulement de notre travail. Et c’est avec le travail qu’ils ne nous payent pas que les pa­trons font leur profit. Nous pensons que la question principale en France, c’est la lutte entre les ouvriers et la bourgeoisie.
Nous sommes aussi volés dans les foyers : on veut nous faire payer 270 F pour une toute petite chambre de 6m2.
Nous sommes aussi opprimés dans notre vie : nous n’avons aucune liberté dans le foyer, nous sommes obligés de vivre loin de nos familles, comme des célibataires. Nous sommes aussi isolés de nos autres frères, les travailleurs français* parce que nous vivons dans des logements spéciaux, des foyers en­tourés par un grillage.

2. AUJOURD’HUI QUE DEMANDONS-NOUS ?

Nous sommes en grève depuis 11 mois. Maintenant il y a 35 foyers en grève dans la région parisienne et plusieurs autres dans l’ensemble de la France.
Nous voulons être moins volés : aujourd’hui nous demandons une dimi­nution de 50 % du loyer. Nous de­mandons aussi des améliorations dans le foyer.
Nous demandons aussi plus de li­berté : nous voulons le statut de loca­taire et la liberté dans le foyer.

3. OU ALLONS-NOUS ?

Nous savons bien que si nous ga­gnons d’être moins volés et d’avoir plus de liberté, c’est une bonne chose, mais nous continuerons à être exploités dans notre travail.
Par exemple, si nous gagnons la li­berté de faire des réunions dans le foyer, nous continuerons à rentrer épuisés du travail et nous n’aurons pas beaucoup de force ni beaucoup de temps pour faire des réunions. En plus, la bourgeoisie fera tout pour nous reprendre les droits que nous avons gagnés. Dans ces conditions, nous continuons à faire cadeau de notre vie aux patrons, nous reste­rons les esclaves de la bourgeoisie.
En réalité, ce que nous voulons c’est la libération complète des ou­vriers.
Mais aujourd’hui, nous ne sommes pas assez préparés pour gagner. Les ouvriers n’ont pas beaucoup de force parce qu’ils ne sont pas organisés et parce que la bourgeoisie a divisé les ouvriers, en répendant partout des idées racistes, en faisant des logements séparés pour les ouvriers des différentes nationalités, en faisant des conditions de vie et de travail un peu meilleures pour les uns, un peu plus dures pour les autres, en faisant des lois différentes pour chaque natio­nalité.

4. POUR QUELS CHANGEMENTS FAUT-IL LUTTER ?

Nous avons besoin que les ouvriers soient plus unis pour qu’ils soient plus forts.
C’est pourquoi nous devons lutter contre les idées racistes, lancées par la bourgeoisie. C’est ce que nous avons commencé à faire dans notre foyer. Dans les foyers Sonacotra, la politique des gérants c’est diviser pour régner. Les gérants essayent d’opposer les dif­férents groupes nationaux entre eux. Ils appliquent le règlement intérieur, à la lettre pour les uns, avec des aména­gements pour les autres. Ils attribuent les chambres en favorisant tantôt une nationalité, tantôt l’autre, pour créer des rivalités. Le résultat de cette poli­tique, c’est la bagarre du foyer de Villejuif, elle était prévue et préparée depuis des années par le sale travail du gérant. Face à cette politique, dans notre foyer, en luttant ensemble, ou­vriers de 11 nationalités contre la Sonacotra, nous apprenons à respecter les habitudes des autres camarades ; nous échangeons les expériences oe lutte de nos différents pays ; nous met­tons notre expérience en commun pour mieux lutter contre nos ennemis. Et aujourd’hui notre gérant ne trouve plus personne pour écouter sa propa­gande de division.
Il faut lutter contre les idées racis­tes. Il faut refuser la ségrégation ra­ciale dans le logement.
Après les incidents de Villejuif, les journaux bourgeois ont dit : "quand plusieurs nationalités habitent dans le même logement, voilà ce que ça don­ne ; il faut faire des logements sépa­rés".
Souvent les foyers d’immigrés se trouvent loin du centre des villes, parfois même en pleine campagne ou en pleine forêt. Beaucoup de munici­palités, comme celles de St-Denis, fixent un pourcentage maximum d’im­migrés qui ont le droit de vivre à St-Denis.
Pour les immigrés, il y a des foyers spéciaux, des logements séparés, des quartiers réservés, des villes interdites. Nous devons refuser tout cela.
Il faut un même logement pour tous les travailleurs, sans distinction de nationalités.
Nous devons lutter pour de meil­leures conditions de logement pour les travailleurs et pour une plus grande égalité dans le logement.
Foyers Sonacotra, foyers de jeunes travailleurs, HLM, hôtels ou apparte­ments. Par ces différences, la bourgeoi­sie cherche à diviser les travailleurs. Nous devons au contraire nous unir pour lutter contre le manque de loge­ments pour les travailleurs ; contre les loyers chers, pour pouvoir choisir un logement confortable près de notre lieu de travail.
En France, il n’y a pas assez de lo­gements pour les travailleurs. Vous connaissez tous le problème de trou­ver un logement. Et parmi les travail­leurs immigrés qu’on appelle céliba­taires, 70 % ont une famille qu’ils n’ont pas la possibilité de faire venir en France, parce qu’il n’y a pas de logements pour eux. Le logement ce n’est pas un luxe, c’est un besoin.
Si dans un foyer Sonacotra, un ré­sident est au chômage et ne peut pas payer, il est expulsé et dans les HLM c’est la même chose. Certains passent plusieurs heures dans les transports entre le travail et le logement. Dans les logements que la bourgeoisie cons­truit pour les travailleurs, on ne peut pas se reposer à cause du bruit.
Pour toutes ces raisons, nous devons lutter pour gagner des logements confortables, libres et pas chers, pour tous les travailleurs.

5. COMMENT GAGNER ?

Pour renforcer l’unité de la classe ouvrière, pour préparer la victoire, nous devons lutter pour les libertés démocratiques. Nous devons lutter pour que la bourgeoisie change sa loi.
Il nous faut une seule loi, plus libre, pour tous les ouvriers.
Nous voulons tous les droits poli­tiques pour les travailleurs immi­grés : le droit de vote pour les immi­grés, l’interdiction des expulsions, la suppression des cartes de séjour et de travail et le remplacement par une simple carte d’identité, le droit de former des organisations politiques.
Et ça ne suffit pas, parce que tous les ouvriers français ou immigrés man­quent beaucoup de liberté. Les mani­festations ne sont que tolérées*et beau­coup sont interdites et réprimées. Les occupations d’usines sont interdites et souvent la police intervient. Des partis politiques sont interdits, les appelés n’ont pas de libertés politiques dans l’armée. De toutes façons, les libertés démocratiques durement gagnées sont sans cesse remises en cause et elles le seront, tant que la bourgeoisie a le pouvoir.
En définitive, nous ne demandons pas quelque chose de spécial pour les immigrés. Quand nous gagnerons ces revendications, ce sera une victoire pour tous les ouvriers. Mais nous ga­gnerons seulement si nous luttons tous ensemble, vous et nous.
Il faut commencer à se regrouper pour ce combat. Dans ce but, ce mee­ting est pour nous l’occasion d’orga­niser la solidarité avec notre lutte, de discuter des problèmes que nous avons tous, et de mettre en commun nos expériences et notre volonté de lutte.

Adresse du Comité de Coordination des Foyers Sonacotra : 56, rue de la Fontaine-au-Roy 75011 -Paris




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