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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Renforcer une position offensive !
{Camarades}, n°1, Avril-Mai 1976, p. 52-53.
Article mis en ligne le 10 janvier 2014

par ArchivesAutonomies
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Par l’intermédiaire de ce texte, un grou­pe d’étudiants de sciences-éco. de Nanterre, qui ont mis en minorité les organisations gauchistes et l’UNEF avec une majorité des 2/3, voudrait prendre contact avec ceux qui en ont assez de se placer sur des terrains défensifs et qui sentent la nécessité et la possibilité d’être offensifs. Nous sommes venus à la coordination nationale pour ça et sommes mandatés à exposer les réserves que nous inspirent la façon dont est mené ce mouve­ment.
Il faut d’abord souligner les raisons pour lesquelles une telle initiative est apparue dans l’UER de sciences-éco.
Celle-ci a connu, en 1975, trois mois et demi de blocage total de la fac et ce pour lutter contre les exams et le travail scolaire. Ce mouvement a été totalement autonome et ce sont les mêmes gens qui ont géré celui- ci qui s’expriment ici. Dans ce mouvement, la fonction sociale de l’appareil scolaire, qUi veut nous former pour le marché du travail, a été violemment critiquée. En s’opposant à la tentative de nous briser, de nous obliger à apprendre n’importe quoi, de nous faire ré­viser n’importe quel exam, nous nous refu­sions à nous soumettre à la logique du sys­tème social. Nous opposions à la logique du travail, la nôtre. Vu le relatif isolement dans lequel nous étions, nous n’avons pu officiali­ser nos acquis. Nous n’avons également pris contact ni avec les étudiants de Caen, ni ceux de Clermont Ferrand qui luttaient sur des objectifs identiques, et dont la presse a parlé, ni avec ceux dont, comme pour nous- mêmes, la presse n’a pas parlé.
C’est pour tenter de briser cet isolement et pour dégager des objectifs à ce refus étu­diant que nous sommes là.
Mais quel rapport entre cela et la réfor­me du deuxième cycle ?
Nous nous opposons à l’analyse simpliste de cette réforme que l’on nous expose, aux objectifs et paroles contradictoires qui en dérivent :
En nous présentant celle-ci comme un pas supplémentaire dans une normalisation qui passe, on pose d’emblée le mouvement étudiant sur la défensive. En niant, ou plu­tôt en ne se rendant pas compte que celui-ci existe, bien que difficilement perceptible et compréhensible, que l’on doit le structurer, et en expliquant que seul l’État a l’initiative, on nous propose de lutter, sans grand espoir, contre la réforme.
Nous pensons pour notre part que la fac ne fonctionne pas, que les étudiants l’en empêche, qu’elle n’arrive pas à nous sou­mettre au travail, à nous faire entrer dans la vie active et reconnaître la rationalité bourgeoise. Ici et là, l’administration locale mène des luttes inégales avec des étudiants qui re­tournent contre elle la structure actuelle de l’organisation des études. Cette réforme tente de substituer à cette structure, une nouvelle que nous tenterons d’analyser.
Notre analyse a l’intérêt de corres­pondre à la réalité étudiante, de nous permettre de dire qu’il faut définir des objectifs liés à celle-ci et que loin d’être sur la défensive, nous sommes dans une position de force. Cette réalité, ce ne sont pas des gens qui font de la « politique » au rez de chaussée, quand les étudiants sont dans les étages, qui peuvent la comprendre. Ces gens, tout ce qu’ils sont capables de nous proposer, c’est de descendre dans la rue au cul de l’UNEF, quinze jours avant les vacances de Pâques, et de crier "Non à la réforme réactionnaire".
En tout état de cause, ce qu’espère le pouvoir et que chacun d’entre nous craint, c’est que les étudiants perdent leur poten­tiel de révolte et de refus dans ces luttes défensives, sans issue et programmées par le pouvoir. C’est devenu classique, lui connaît ce potentiel, et plutôt que de le nier, l’uti­lise en tentant de le canaliser et pour ce sort son décret toujours au bon moment : un peu avant les vacances. Sans objectifs offensifs, le mouvement s’essouffle puis ne repart pas.
Ce que les gauchistes et l’UNEF nous proposent est purement négatif et cela se traduit dans le discours qu’ils tiennent.
Ainsi dénonce-t-on l’entrée du patronat à l’université, comme si Soisson, Chirac et l’État ça ne l’était pas !
Ainsi dénonce-t-on la tentative de sou­mettre l’université aux intérêts de l’écono­mie et réclame-t-on, dans le même temps, un diplôme qui sanctionne une véritable qualification et ouvre les portes à l’activité productive.
Ainsi condamne-t-on la dévalorisation du diplôme et la sélection à la fois, sans remettre en cause le diplôme individuel. Ceci se traduit par le refus de ces organisations de mener fes luttes contre le travail scolaire, contre les exams et la dénonciation de celles-ci comme corporatistes.
Il faut être clair, soit on admet la ratio­nalité bourgeoise qui lie valeur du diplôme à sélection, qualification individuelle et salaire à productivité ; soit on oppose à celle-ci une conception politique de la qualifica­tion et du salaire.
Nous ne voulons pas de cette rationalité "économique", nous ne voulons pas du diplôme individuel ayant une valeur et prou­vant notre soumission au travail et à la dis­cipline. Les étudiants refusent de rentrer dans la vie active, ils traînent à la fac et es­saient de tirer le maximum d’avantages (S.S., CROUS) de leur statut. C’est à ça que s’est attaqué le DEUG en limitant le redoublement ; et faire sauter cette clause avec celle ayant trait aux 3 blocs différents aurait retiré à celui-ci tout son contenu. Pour quelles raisons les filles cumulent-elles les diplômes ? Pour... se retrouver secré­taires !
Il y a un contenu de refus du système so­cial et de sa rationalité dans le comportement et les luttes des étudiants. Nier ce point et proposer l’unité avec les organisa­tions syndicales qui veulent une école qui prépare à la vie active, c’est soumettre l’exigence de dégager un terrain et des objectifs offensif à celle d’unité avec n’importe qui et sur n’importe quoi.
Notre rôle est de recomposer le mouve­ment étudiant, de construire l’autonomie d’abord, de chercher l’unité ensuite. Celle- ci se fera alors sur une base sûre, avec d’au­tres luttes qui ont également dû passer par l’isolement pour construire l’autonomie et dont les objectifs sont les mêmes. Ainsi en est-il des O.S., des immigrés, de femmes, des chômeurs, de ceux qui refusent de payer les augmentations, des mouvements d’autoréduction...
Sur ces différents terrains, le refus du travail et l’objectif du salaire politique se dégagent. Il faut poser le problème du salai­re étudiant comme mot d’ordre et comme débouché politique au refus étudiant de la rationalité capitaliste. Pas F allocation d’étu­des liée au travail qui permet de contrôles ; mais comme les O.S. le salaire non lié à la productivité, comme les chômeurs le salaire non lié au travail. Ce terrain existe déjà avec les grèves de loyer ou le refus de payer le Resto U qui sont autant de luttes sur le sa­laire indirect. Investissons-le.
La réforme du deuxième cycle demande à être étudiée dans sa complémentarité avec celles du DEA-DESS et du DEUG. Elle doit l’être aussi dans le rapport entre appareil productif actuellement en crise et appareil scolaire. C’est ce travail que nous allons en­treprendre à Nanterre car nous pensons que seul un débat clair et de fond permettrait de dégager les objectifs offensifs qui per­mettront au mouvement de reprendre après Pâques.
D’ores et déjà nous soulignons les ar­ticles 2, 3, 7, 8, 17 et 18, qui illustrait la volonté de nous diviser en nous comparti­mentant en filières et de nous soumettre à la discipline du travail.
L’appareil scolaire ne remplit pas "fonctions sociales", cette réforme tente d’ôter aux étudiants leur force. Évitons les terrains défensifs, structurons cette force et gardons l’initiative !




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