Le Prolétaire (1963-)

Présentation [1]

Après plusieurs années de publication de la revue théorique Programme Communiste, le groupe de militants de langue française s’était assez solidifié et développé pour affirmer son intégration formelle au Partito Comunista Internazionale ; en même temps apparaissait le besoin de la parution d’une feuille traitant des questions plus directement liées à la vie et aux luttes prolétariennes. Le projet initial était celui d’un bulletin intitulé "Spartacus", sur le modèle de Spartaco publié en Italie comme supplément à Il Programma Comunista ; mais le centre intervint pour que la nouvelle publication prenne le caractère d’un organe de lutte politique et non celui d’un supplément de type "syndical" comme l’était le Spartaco italien. Le titre Le Prolétaire ayant finalement été choisi (il avait existé un journal du même nom sous la Commune), le nouveau bulletin mensuel dont la section de Marseille assumait la direction, parut en juillet 1963, d’abord sous forme ronéotée avant de passer au format imprimé à partir du n°13 (septembre 1964). La décision de publier Le Prolétaire avait rencontré l’opposition d’un groupe de militants autour de Camatte et Dangeville qui y voyaient un tournant activiste (ils quittèrent le parti quelques temps plus tard, alors que d’autres militants parisiens avaient jugé cette parution prématurée).

A partir de 1969 commença à paraître un "supplément syndical" au journal, intitulé Pour un syndicat de classe, puis Syndicat de classe, à l’exemple d’Il Sindicato Rosso publié en Italie depuis juillet 1968. Distribué de façon indépendante sur les lieux de diffusion, il fut aussi encarté dans Le Prolétaire. Suivant comme Il Sindicato Rosso la ligne du "Bureau Syndical Central", Syndicat de classe commit les mêmes erreurs (considérer la CGT comme un syndicat encore de classe qu’il était donc théoriquement possible d’envisager de transformer en "CGT rouge", à la différence de FO ou de la CFDT, syndicats "jaunes" à dénoncer et combattre). Ces orientations fausses sur la question syndicale débouchèrent sur une grave crise (dite "florentine" car les responsables du BSC appartenaient à la section de Florence) qui vit le départ de nombreux militants ; en France la plupart des scissionnistes partirent sur des positions "antisyndicales de principe", "Kapédistes" (du nom du KAPD, Parti Communiste Ouvrier Allemand, scission "ultragauche" du Parti Communiste en 1920).

Lors de cette crise, profitant de l’absence de la responsable de rédaction et avant de quitter le parti, des collaborateurs habituels du journal publièrent dans le n° 114 du Prolétaire (1-14 novembre 1971) des articles exprimant leurs orientations. L’article de tête, "Régler les comptes avec le syndicat" appelait les travailleurs à s’organiser "contre eux" ; on trouve trace de ces orientations dans un autre article sur "Le mouvement noir aux Etats-Unis », mais c’est dans l’article "Utopie contre réalisme" qu’elles revêtent le caractère d’une grave déviation théorique : l’article dit en effet qu’en raison du stade où est arrivé le capitalisme dans les grands pays développés, la dictature du prolétariat y permettra de supprimer "presque" immédiatement la division du travail, d’abolir "immédiatement" la monnaie "sans passer par le stade intermédiaire des bons de travail que Marx prévoyait" et donc de "directement appliquer la formule de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins" ; l’article affirmait ainsi implicitement qu’il était possible d’atteindre "immédiatement" le stade supérieur du communisme ! Cet "immédiatisme" (typique de l’exaltation "gauchiste" de l’époque) revenait à nier en fait le "stade intermédiaire" de la dictature du prolétariat, précisément nécessaire parce que sur le plan économique, il est impossible de supprimer d’un coup le capitalisme et les relations mercantiles, de même que sur le plan social il est impossible de supprimer d’un coup les classes sociales.

La mise au point sur la question syndicale prit la forme de Thèses publiées sur PC n°53-54, "Le Parti devant la question syndicale", et de la publication de "Marxisme et question syndicale. Rapport à la réunion générale du parti" sur les Prolétaire de l’année 1972 : n°126, 127 et 128 : les syndicats existants sont des organisations collaborationnistes ; il est impossible d’envisager de transformer ces appareils complètement intégrés au système bourgeois de maintien de la paix sociale, en organisations de lutte de classe ; dans la mesure où ils regroupent des prolétaires combatifs, il ne faut pas les déserter, mais il n’est possible de n’y militer qu’à la base, en contact direct avec les travailleurs du rang ; la consigne est de militer, dans comme hors des syndicats, en défendant les principes de l’associationnisme ouvrier (nécessité de l’organisation, des méthodes et des moyens de classe) contre les orientations et les pratiques de collaboration de classe des hiérarchies syndicales.

A la suite de cette crise qui avait particulièrement frappé la section de Marseille et sa région, la rédaction du Prolétaire fut transférée à Paris et la publication de Syndicat de classe arrêtée.

Au début des années 80, à propos de la question palestinienne, plusieurs articles équivoques furent publiés. C’est tout particulièrement le cas de l’article "Le prolétariat et l’Etat “pied-noir” d’Israël" (Le Prolétaire n°309, 21/3-3/4/1980) : il se termine en évoquant la perspective d’une "République ouvrière et paysanne du Moyen-Orient" qui en finirait avec les privilèges de toutes les classes dominantes de la région (alors même qu’un autre article du journal ironise sur la perspective trotskyste d’un "Etat ouvrier et paysan" pour l’Afghanistan !). Devant les réactions de nombreux militants se rappelant la lutte de la Gauche contre les mots d’ordre de "gouvernement ouvrier" ou, pire encore, de "gouvernement ouvrier et paysan", les responsables réaffirmèrent que : "La nature de l’Etat qui doit naître sur les ruines d’Israël sera donc, à moins d’un cataclysme impérialiste qui donne une autre solution, prolétarienne. Mais (...) la lutte contre Israël se heurte nécessairement au front commun de toutes les classes dominantes de la région, qui ont stabilisé leur domination en s’alignant sur l’ordre impérialiste. La lutte sociale dont donc faire sauter tous les Etats en place, et le prolétariat, qui est la seule force désormais historiquement progressive, érigera son Etat dans les limites que permettra le rapport des forces local et international, et dont les frontières ne seront pas “nationales” (ou alors ce ne serait que dans la "forme"), mais de classe. Ce pouvoir sera la dictature du prolétariat et non une dictature démocratique des ouvriers et des paysans, car la révolution bourgeoise est déjà réalisée dans la région "pour l’essentiel" (sur cette question, voir : "Le marxisme et la question palestinienne", brochure le Prolétaire n°30).

Après l’éclatement de la crise du parti à l’automne 1982, dont le détonateur fut précisément la question palestinienne, la restriction drastique des forces militantes contraignit le journal à passer à une périodicité mensuelle et à une mise en page "artisanale" (voir Le Prolétaire n° 367, 12/11-10/12/1982). Les contrecoups de cette crise obligèrent le transfert de la rédaction à Strasbourg à la suite du refus des militants parisiens de continuer la publication du journal (à partir du n°378, juillet 1984), puis à Lyon (à partir du n°390, mars-avril 1987 : voir dans ce n° l’article : "L’expédientisme contre le parti") avec une périodicité dorénavant bimestrielle.



[1Proposée par les militants du PCI(PC).


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