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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Congrès Internationaux - Réunions Internationales

Présentation [1]

"Prolétaires de tous les pays, unissez-vous donc ! Sans lien, sans union, vos efforts se briseront contre les capitalistes unis, eux, pour vous écraser. Sans la solidarité, vous serez toujours une marchandise achetable et vendable, vous resterez sous le joug de vos maîtres, vous abandonnerez le présent et vous compromettrez l’avenir !

Serrez les rangs ; au-delà des frontières, tendez-vous les mains ; ne vous laissez pas aveugler par des haines folles, que, sous prétexte de patriotisme, on veut nourrir dans votre esprit pour vous faire oublier votre situation d’esclaves.

Qu’un violent effort international brise vos chaînes, et que, en écrasant sous votre pied vengeur la bourgeoisie capitaliste,vous prépariez l’avènement de cette Révolution communiste qui donnera au mineur la mine, au cultivateur la terre, à l’ouvrier la machine, et à tous les les hommes, qui n’auront plus alors de patrie, la vraie liberté !"

ESRI (Etudiants socialistes révolutionnaires internationalistes) (1891-1903), Pourquoi nous sommes internationalistes

Cette citation est on ne peut plus claire quant à la nature de l’internationalisme qui est nôtre. Dans cette rubrique nous allons proposer des documents pour donner corps aux manifestations d’internationalisme prolétarien qui ont laissé des traces écrites au fil des ans et sont nombreuses.

Mais pour éviter de crouler sous la matière, il convient d’attaquer la question avec une certaine méthodologie. Déjà refuser une sorte de réflexe pavlovien lorsqu’est évoqué cet internationalisme consistant à penser spontanément à la trinité suivante : 1ère Internationale (AIT - 1864-1871)), 2ème Internationale (l’Internationale ouvrière et socialiste -1889-1914) puis la 3ème Internationale (Internationale Communiste - 1919-1943). Ce qui laisse de côté des pans entiers des manifestations d’internationalisme qui ont eu tout autant d’importance, pourtant moins visibles d’autant plus que les 3 Internationales furent mises en lumière systématiquement.

Ce qui explique l’intitulé de notre rubrique :

Organisations internationales en pensant à toutes celles qui ont eu la capacité d’exister plusieurs années, comme les 3 citées ci-dessus, mais pas seulement : nous pensons à la Ligue des Communistes de 1847 qui fut précédé par son ancêtre le Bund der Gerechten (1836), l’Association Internationale de 1855, l’AIT dite anti-autoritaire (1872)...

Réunions internationales ou encore rencontres internationales : L’internationalisme c’est l’existence d’un réseau international, bien souvent informel dont les membres éprouvent le besoin de se rencontrer, d’échanger des expériences et d’en tirer les leçons sans pour autant donner permanence à une organisation avec ses bureaux, ses statuts, son siège. Nous pensons en particulier aux réunions de Londres et de Zürich (1881), de Londres encore en 1896 où lors de l’organisation du 3è congrès de l’Internationale ouvrière et socialiste les anarchistes sont définitivement expulsés. Ce qu’il y a de remarquable et n’apparaît pas dans l’histoire officielle, c’est qu’il y a parallèlement des réunions, des meetings réunissant par milliers des militants ouvriers, des syndicalistes, des anarchistes qui ne se reconnaissent pas dans l’orientation parlementariste des socialistes et dans leur conquête des pouvoirs publics. Voici encore quelques autres dates en vrac :

- En 1900 devait se tenir un congrès réunissant des anarchistes de toute l’Europe à Paris, mais il fut interdit à la dernière minute. Pourtant il a laissé des traces, de nombreux textes venant de contributeurs de différents pays sont accessibles.
- En 1904 fut fondée l’Association internationale antimilitariste qui eut une activité antimilitariste et antipatriote
- En 1907 se tint le congrès anarchiste d’Amsterdam.

Nous en oublions...

Certains de ces documents sont connus, d’autres ont dormi pendant des dizaines d’années, d’autres sont difficiles d’accès. Nous nous efforçons de les dénicher, les extirper des oubliettes, les présenter, leur donner un sens. Surtout nous nous efforçons de centraliser le maximum de matériaux.

* * * * *

Pour l’instant (Février 2019) notre plan d’avancement concerne l’Internationale Communiste et les oppositionnels au Parti communiste (SFIC - Section française de l’Internationale Communiste) :

Une rubrique "Internationale Communiste" dans laquelle se trouve déjà et se trouveront des documents :

  • pour la période avant sa création en 1919 et après le déclenchement de la guerre, on assiste à l’effondrement de la IIe Internationale. Cela a engendré une réaction de militants restés fidèles à l’internationalisme qui ont su se retrouver lors de réunions internationales (comme à Zimmerwald, Kienthal),
  • pour les 5 premiers congrès et les exécutifs élargis,

Mais pourquoi ressortir toutes ces vieilleries ?

Il peut sembler désuet, ringard, ne serait-ce qu’évoquer (!) la notion d’internationalisme prolétarien, tant cette réalité apparaît de prime abord misérable, sinon inexistante. Par contre la réalité de l’internationalisme bourgeois est écrasante : le parti de l’ordre du capital est mondial, il agit comme corps répressif au-delà de ses propres contradictions et rivalités inter-étatiques. Dès que sur un point du globe, son ordre est menacé alors ce parti s’anime et chacune de ses parties remplit son rôle et sa fonction pour étouffer, dénigrer, manipuler, désinformer, réprimer, écraser des mouvements sociaux dont la nature subversive, prolétarienne ne lui échappe pas.

Ce qui n’est pas le cas souvent des propres protagonistes de la lutte ! La compréhension des mouvements qui s’attaquent, dans leur pratique réelle, à la propriété privée et à l’Etat, reste bien souvent dominée par l’idéologie bourgeoise. Des mouvements d’importance comme ceux désignés comme "printemps arabe" sont vus comme "mouvement pour plus de démocratie" pour prendre un exemple significatif. Cela ne peut qu’obscurcir la nature réelle de tout mouvement social. Ainsi comment les prolétaires d’une zone géographique peuvent-ils se reconnaître dans le combat d’autres prolétaires d’une autre partie du monde : ce sera toujours une lutte différente, avec un langage différent, donc incompréhensible.

Pourtant il n’y a jamais eu autant de prolétaires dans le monde qui ont en commun d’être exploités et dépossédés de tout ET qui ne se soumettent pas pour autant à cette situation terrible. C’est pourquoi nous pensons qu’il existe un internationalisme prolétarien DE FAIT, indépendamment d’une organisation, d’un parti quelconque. Pensons un instant à ces quelques exemples :

  • l’organisation depuis 1999 de contre-sommets contre les sommets de la bourgeoisie mondiale,
  • les mouvements d’occupation des places,
  • les dits printemps arabes,

Outre ces mouvements, on peut penser qu’à l’échelle de la planète, les exploités et autres dépossédés ressentent en commun ceci :

  • l’exploitation accrue à travers le monde,
  • de ne s’être jamais autant senti comme marchandise, ballottée au gré des besoins du capital, pouvant être rejetée du jour au lendemain,
  • les nuisances du capital contre le vivant.

L’utilisation massive des moyens de communication modernes que sont Facebook, Twitter... est une donnée fondamentale. S’il est évident que les intentions de leurs créateurs sont de mettre en relation les gens pour le plus grand bien du monde de l’argent, ils ne sont pas pour autant devenus le deus ex machina qui régente tout, contrôle tout, surveille tout. Ce n’est pas seulement une énorme machine à crétiniser : les êtres humains sont tout à fait capables d’analyser, de comprendre, de se révolter contre l’ordre bourgeois qui veut nous faire croire qu’il a gagné la guerre de classe, alors qu’il n’a jamais été autant si attentif à écraser ce qui menace sa domination. La belle intelligence qui se dégage du mouvement des "gilets jaunes" en est la énième preuve.

Bien entendu on ne peut se satisfaire d’une telle "internationale de fait". On peut même dire que les prolétaires du monde entier ne sont pas - nous ne sommes pas - à la hauteur des enjeux en cours ! On est encore dans l’illusion que les choses peuvent s’arranger, que l’on peut continuer à vivre dans le cadre d’un système qui semblable au vampire "ne s’anime qu’en suçant le travail vivant, et sa vie est d’autant plus allègre qu’il en pompe davantage" (Marx). Ce qui importe est de rendre effectif cet "internationalisme de fait", d’être guidé par le besoin d’en jeter les bases.

Il serait présomptueux, ne serait-ce que d’esquisser, les structures que peut se donner un mouvement d’ampleur dépassant des limites nationales, contre l’ordre établi. S’agira-t-il d’une organisation centralisée, fédéraliste, une vaste coordination d’un réseau déjà existant et qui dans son développement se transforme en autre chose ?? Il nous impose une double démarche :

  • être toujours attentif à des initiatives organisationnelles, structurelles... qui vont dans le sens de l’internationalisme prolétarien (cela peut être l’existence d’une coordination internationale fluide, d’un réseau informel...)
  • nous pencher sur des expériences passées d’organisations internationales (comme les dites 3 Internationales, les différentes rencontres internationales non structurées de façon permanente) et au sein desquelles les débats ont essentiellement tournées autour de la question suivante : centralisme ou fédéralisme ? Nous ne pouvons pas faire l’économie de ce travail, car c’est sur la base de ces documents que nous pouvons discuter avec raison et forger les armes de la critique.

Février 2019

Notes :

[1Cette présentation est provisoire. Cette rubrique est en construction. Pierre après pierre, l’édifice prendra forme et comme toutes les cathédrales, restera inachevé.