La Révolte (1887-1894)

Pour plus de renseignements sur le journal La Révolte on peut consulter les notices suivantes :

On peut lire le livre de Jean Grave : le mouvement libertaire sous la 3ème République, disponible sur le site Gallica, ou bien dans sa version intégrale sous le titre de "Mémoires d’un anarchiste" - (1854-1920). Editions du Sextant, 2009.
Toujours sur Gallica, on peut le livre de J. Grave : La société mourante et l’anarchie.
Pour en savoir plus sur J. Grave un petit détour par le site R.A Forum est indispensable


Numéros de La Révolte - (1887-1890) et son supplément littéraire.
Numéros de La Révolte - (1890-1894) et son supplément littéraire.


Le supplément littéraire à La Révolte.

A partir du n°10, 1ère année, du 19-25 novembre 1887, est publié un supplément littéraire, inséré dans le journal. Ce supplément paraît les premières années tous les quinze jours, puis à partir du n°47 de la 3ème année, tous les huit jours.
Voici un extrait de l’article de Justin Moisan : Quand l’édition devient terroriste : solidarité intellectuelle chez Jean Grave et Octave Mirbeau à la fin du XIXe siècle en France qui nous permet de mieux saisir l’importance que prit ce supplément littéraire.

"Grave débute son Supplément Littéraire le 19 novembre 1887, inspiré par la pratique lancée dans la presse anarchiste par un certain Baillet, dans les pages du Glaneur Anarchiste,

qui consiste à prendre dans la littérature tant ancienne que moderne, surtout chez les plus chauds défenseurs du régime capitaliste et autoritaire, tout ce qui pouvait s’y trouver d’aveux en faveur de l’idée anarchiste, et de publier une revue entièrement composée d’extraits de ce genre [1] :

Grave affirme dès lors cette volonté de :

démontrer aux travailleurs que les idées dont nous nous faisons les défenseurs ne sont point nées d’hier et que nous n’avons fait que reprendre modestement l’œuvre commencée par les penseurs dont la bourgeoisie actuelle prétend continuer la tradition [2].

Autrement formulée, il réaffirmera quelques années plus tard sa motivation de publier :

toutes les pages de la production littéraire courante où — accidentellement — tel chroniqueur s’apitoie sur les souffrants où les déshérités, où tel romancier flagelle les puissants et heureux, où d’autres ridiculisent les préjugés, sapent les principes, découvrent quelques plaies [3].

Les visées ainsi énoncées présentent une similitude avec l’objectif fixé par le Glaneur Anarchiste. Toutefois, un regard sur l’ensemble du Supplément Littéraire montre un choix éditorial plus vaste comparé au journal de Baillet. De plus, la qualité des textes choisis fait preuve d’une large érudition chez Grave, comme le mentionne David F. Meyer : “ Il soutenait un certain élitisme intellectuel qui assurait un niveau d’érudition de la littérature qui était reproduite dans La Révolte [4]. ” Par ailleurs, les recherches de Louis Patsouras confirment elles aussi la richesse des textes sélectionnés par Grave et révèlent la présence de quatre catégories d’écrits.
D’une part, Grave publiait des essais d’auteurs français peu connus ayant exprimé des idées proches de l’anarchisme avant l’émergence de l’anarchisme comme courant politique. Autrement, il sélectionnait des textes relatifs à l’utopie ou aux critiques sociales, rédigés par des grands auteurs tels que Thomas More, Rabelais ou Henry David Thoreau. Il publiait également des théoriciens contemporains de l’anarchisme comme Kroptokine ou Élisée Reclus, ainsi que des auteurs littéraires. Finalement, il reprenait, tout comme Baillet, des extraits d’ouvrages rédigés par des auteurs éloignés de l’anarchisme ou du socialisme sur lesquels reposaient les fondements théoriques de la société bourgeoise, où il était néanmoins possible de trouver des idées proches de celles défendues par les anarchistes. À cet effet, Patsouras souligne, dans cette catégorie, la présence d’auteurs comme Drumont ou Herbert Spencer [5]. Ainsi peut-on retracer un large corpus de textes appartenant au champ intellectuel et à travers lequel il est possible de suivre le fil d’Ariane des idées anarchistes.
Dans le contexte plus particulier des périodiques anarchistes, deux éléments de la pratique éditoriale de Grave présentent une nouveauté. D’une part, elle montre une certaine ouverture de la pensée anarchiste telle que promue par Jean Grave et l’équipe de La Révolte. Ils affichent le désir de faire connaître un savoir qui n’est pas à proprement parler anarchiste, ce qui entre en rupture avec l’habitude des journaux anarchistes d’affirmer une propagande ancrée uniquement dans le champ libertaire. D’autre part, sa pratique dénote une volonté de dissidence : la publication de textes canoniques appelle avant tout la réinterprétation de textes d’auteurs issus de la bourgeoisie à la lumière des idées anarchistes, visant à faire entendre une critique sous-jacente des fondements de la société, généralement éclipsée par des interprétations convenues et largement répandues.
Par ailleurs, Grave demande généralement l’accord des auteurs avant de diffuser des extraits de leurs ouvrages. À titre d’exemple, la première lettre recensée par Pierre Michel dans l’édition de la correspondance Grave-Mirbeau présente une demande de publier dans le Supplément Littéraire l’article "La Grève des électeurs" [6]. Grave relate également dans son autobiographie quelques exemples montrant l’importance qu’il accordait à cette pratique de diffusion. Il précise d’ailleurs qu’il offre parfois l’abonnement gratuit à des auteurs qui lui confient leurs textes [7]. Grâce à une correspondance soutenue, Jean Grave jette les bases d’un réseautage entre les milieux littéraires et militants, puisqu’il entre alors en contact avec de nombreux auteurs qui, au cours des années 1890, seront mis à contribution lors du déploiement médiatique de l’anarchisme.
Ce réseau, certes ténu mais bien concret, sera d’ailleurs rapidement convoqué, car malgré sa précaution d’obtenir la permission des auteurs qu’il publie, Grave se retrouve à plusieurs reprises au cœur de situations délicates. L’affaire de la Société des gens de lettres est un bon exemple de ses débats avec la justice relativement à ses pratiques éditoriales. Elle marque également un tournant dans l’évolution de la collaboration entre Mirbeau et Grave, et plus largement dans la connivence solidaire entre gens de lettres et militants anarchistes."

Justin Moisan

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Nous invitons par ailleurs les lecteurs à lire la suite de cet article sur le site Érudit, ainsi que l’article d’Anne-Marie Bouchard : "Mission sainte. Rhétorique de l’invention de l’art social et pratiques artistiques dans la presse anarchiste de la fin du XIXe siècle". Etudes littéraires 403 (2009), 101-114.


[1Jean Grave, Quarante ans de propagande anarchiste, Paris, Flammarion, 1973, p. 231.

[2La Révolte, 19 novembre 1891, cité par David F. Meyer, La Révolte : Le supplément littéraire, Thèse de doctorat, New York, Fordham University, Département de philosophie, 1996, p. 83.

[3René Bianco, "Octave Mirbeau et la presse anarchiste », dans Octave Mirbeau. Actes du colloque international d’Angers du 19 au 22 septembre 1991, sous la dir. de Georges Cesbron et Pierre Michel, Angers, Presse de l’Université d’Angers, 1992, p. 54.

[4David F. Meyer, La Révolte : Le supplément littéraire, Thèse de doctorat, New York, Fordham University, Département de philosophie, 1996, p. 86

[5Louis Patsouras, Jean Grave and the anarchist tradition in France, Middletown (New Jersey), The Caslon Compagny, 1995, p. 27.

[6Octave Mirbeau et Jean Grave, Correspondance, édition annotée et présentée par Pierre Michel, Paris, Éditions du Fourneau, 1994, p. 17.

[7Jean Grave, Quarante ans de propagande anarchiste, Paris, Flammarion, 1973, p. 234.


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