Internacionalismo (1964-1968)

Présentation

INTERNACIONALISMO

LES ANNEES 60, LA FIN DES TEMPS MAUVAIS ?

Après l’échec de la vague révolutionnaire des années 20, la classe ouvrière s’est trouvée confrontée à la nouvelle guerre mondiale, 1939 à 1945. Les quelques groupes révolutionnaires ayant survécu au cours de cette deuxième guerre mondiale, doivent faire face à la guerre froide" qui débute en 1950-51, malgré une très courte euphorie suite au développement de certains mouvements insurrectionnels en Italie du Nord en 1943 et quelques luttes et grèves en Allemagne. Très vite après ces quelques réactions, c’est la dispersion et l’épuisement qui dominent. En France, les groupes révolutionnaires et ceux que l’on dénomme les "internationalistes du 3ème camp" en France comme l’UCI, l’OCR et les RKD disparaissent les premiers parce qu’ils n’ont pas su ou pas pu se rattacher à une filiation par rapport aux fractions révolutionnaires des Gauches communistes de l’ancien mouvement ouvrier. Ne subsistent que quelques groupes comme Internationalisme de la Gauche Communiste de France (GCF), le Groupe Communistenbond, Spartacus" et le PCInt malgré son éclatement en deux tronçons : le Parti Communiste Internationaliste (Battaglia Comunista) et le Parti Communiste International (Programme Communiste). Ces derniers ont pu tenir le premier choc suite à l’absence de réaction de la classe ouvrière au sortir de la deuxième guerre. Ils ont subi plus durement le deuxième choc au début de la Guerre froide ce qui a entraîné leur dispersion mais pas leur disparition. En France, après 1953, le groupe Socialisme ou Barbarie, avec toutes ses limites, permet le maintien des quelques énergies révolutionnaires qui subsistaient ici ou là.
En revanche, la fin des années 60 avec la contestation des guerres néo coloniales qui croit, voit, à nouveau, le resurgissement d’une période plus favorable à la lutte de classe, l’apparition de nouvelles énergies révolutionnaires, la réappropriation des positions politiques et des idées de la Gauche communiste internationale.

I - La genèse du groupe.

Dès la fin 63 et au début 64 un premier noyau de quelques jeunes amis lycéens se crée. Il s’agissait d’un petit groupe d’élèves du même lycée français de Caracas. Le plus âgé, Eduardo avait 18 ans, le plus jeune 15, c’est autour de ces derniers, les plus imprégnés de culture politique, que se constitue un cercle de discussion. La discussion, au tout début, a pour axe la question de la religion, car seul, le plus jeune "Sergio" est un athée, un matérialiste convaincu, tandis que certains autres sont des croyants, les uns de l’église de Jésus, les autres de celle de Jéhovah.
Quelques semaines d’intenses discussions ont suffi pour liquider la question religieuse et passer à la politique. A ce petit cercle se sont joints 2 vénézuéliens également lycéens et dont le plus âgé, 18 ans vient des jeunesses communistes. A ce cercle, appartient très rapidement un militant plus ancien : "Juan" [1] ex membre de la GCF.
Ce cercle se transforme maintenant en groupe politique : "la Fraccion de Izquierda Comunista" - "FIC", elle commence une intervention vers l’extérieur avec des prises de positions politiques. Dés le départ, le groupe se fonde sur deux positions politiques centrales :

- La Russie est un état capitaliste, conception classique du capitalisme d’État,

- La dénonciation des luttes de libération nationale.

- Le groupe comprend 9 membres au départ, mais rapidement il commence à avoir des contacts et d’autres sympathisants.

A l’intérieur du groupe un travail de formation théorique intense et rapide s’accélère sur : l’histoire du mouvement ouvrier, ses courants politiques, les fondements de la théorie marxiste, la théorie de Rosa Luxemburg sur la crise historique du capitalisme, les leçons de la révolution russe, la question du Parti, les questions du parlementarisme, du syndicalisme etc. Les questions d’actualité : le guévarisme, la guérilla et la "libération nationale" occupent en général la première place des préoccupations.

Comme dans l’ensemble de l’Amérique Latine, le régime politique du Venezuela n’est pas tendre pour les ouvriers et les luttes ouvrières. Il était opportun de s’organiser et d’intervenir de façon clandestine. Toutefois le groupe possédait une bibliothèque et du matériel pour l’intervention : local, machine à écrire, machine à polycopier. Il tente de déployer une activité vers les lycées, l’université et enfin les quartiers ouvriers. Sa première brochure Paz democratica, lucha armada y marxismo en 1964 ( qui deviendra le N°1) traite de la question des luttes de "libération nationale" et dénonce la guérilla, notamment en Amérique du sud. Ce sujet est aussi le thème d’une controverse organisée, par des sympathisants à l’université, entre le secrétaire général des étudiants communistes et un jeune camarade de la FIC de 18 ans.

La FIC publie aussi un tract à la suite de grèves dans les lycées et à l’occasion de la manifestation du 10 avril 1965 dont le titre est : Oposición, conciliación. A cette manifestation toute l’opposition était réunie dont un groupe fasciste le "Movimiento de Acción Nacional". Le tract est affiché à l’université de nuit en raison de la clandestinité et de la répression. Au cours de cette diffusion 3 camarades sont kidnappés et séquestrés par un commando de staliniens ; ils sont interrogés durant de longues heures et sauvés par "William".
Dans cette période cet ancien membre connu de la jeunesse communiste adhère au groupe ce qui permettra à la FIC d’accéder dans les parties les plus sordides des "ranchos" (bidonvilles de Caracas). Ultérieurement, en 1968, "William", semble t-il, jouera un rôle très néfaste pour les camarades. C’est à l’arrivée de la police dans la maison où s’imprimait la revue Internacionalismo que certains camarades comprendront son attitude trouble. Il sera condamné par Internacionalismo dans une déclaration pour "gangstérisme" [2].

Une des préoccupations majeures de la FIC est l’établissement de contacts internationaux et l’échange de la presse avec les groupes prolétariens comme on peut le lire dans les bulletins internes. Un article de discussion d’Internacionalismo : Une critique de la politique du PC Vénézuélien est publié dans le numéro 4, volume 9 d’avril 1964 de News and letters. C’est dans ces conditions que le groupe est invité, en août-septembre 1964, à Détroit pour participer au congrès de News and letters [3]. Trois camarades y sont délégués : Sergio, Raoul, Eduardo (ce dernier deviendra situationniste en 1968), ils présentent un texte connu sous le nom de Thèses de Détroit - "La cuestion colonial y América Latina" [4]. Ce texte et leurs interventions dans les débats, au cours desquels ils dénoncent vigoureusement toute tendance au nationalisme, au tiers-mondisme, à l’antifascisme, à l’électoralisme et au syndicalisme, va intéresser bien des participants et laisser des traces ? De la section de New York de News and letters sortira 4 années plus tard les membres constituant Internationalism future section du Courant Communiste Internationall (CCI) aux USA.

Au cours de l’été de 1964, 4 camarades du Venezuela partent pour la France et la Suisse (dont Sergio, Véronique et Saul ou "Jorgue") pour poursuivre leurs études. Cela va, dans un premier temps, affaiblir considérablement le groupe. Mais la "FIC" continue, le premier numéro de la revue Internacionalismo parait en décembre 1965, auparavant il s’agissait de brochures sur une question plus particulière [5]. Puis paraît le numéro 2 avec le texte connu et publié plusieurs fois déjà notamment par Révolution Internationale : En défense du caractère prolétarien de la révolution d’octobre.

Ce départ pour l’étranger va permettre à la FIC :

- de nouer des contacts avec le milieu politique prolétarien à Paris, avec d’anciens camarades d’Internationalisme, Munis, ICO et les conseillistes et enfin les bordiguistes de Programme Communiste.

- d’obliger le groupe à publier un bulletin interne de discussion et de correspondance pour maintenir sa cohésion alors qu’il est dispersé dans 3 pays et plusieurs villes. Le premier bulletin interne [6] est publié le 18 mars 1966 avec "Des notes explicatives sur la déclaration de principes" et des "notes critiques aux ’bases d’adhésions au PCI’ (Programme)"

La question de la nature de classe de la révolution d’octobre. Durant cette période le groupe reçoit, en effet, une lettre de Saul ou "Jorge" d’Europe qui saisit le groupe d’une discussion sur la nature de la révolution d’Octobre. Cela entraîne une longue discussion dans le groupe qui se termine par la décision de charger "Juan" de rédiger un texte de réponse. Ce texte [7] est déjà cité ci-dessus a été également reproduit par Battaglia Comunista et Lotta Comunista en Italie. Cette question a été relancée et posée suite à la lecture des théories conseillistes rencontrées en Europe et en vogue à l’époque.

II - La première conférence d’Internacionalismo

La première conférence de la "FIC" a lieu durant l’été 1966. Cette première conférence préparée par 7 bulletins internes portant sur la question du parti en lien avec la discussion Groupe d’étude ou groupe politique (cf. ci-après) et aussi sur les questions théoriques fondamentales du mouvement ouvrier, est à remarquer car c’est elle qui solidifie le groupe, le soude et va lui permettre de devenir un véritable groupe politique.

Le groupe initie plusieurs discussions au cours de cette période :

- Groupe politique ou groupe d’étude et de travail.

Sous l’influence de discussions et lecture de documents en Europe, le camarade "Sergio" fait un exposé mettant en question la validité et l’existence d’une organisation politique dans la classe à laquelle il oppose la vision d’un groupe d’étude et de travail. Cette discussion se déroule dans les 6 bulletins internes qui vont se succéder jusqu’à l’été 1966. [8]. C’est donc à l’occasion d’un retour de "Sergio" à Caracas (les 3 autres membres restent en Europe) que se tient la conférence. Dans cette conférence est réaffirmée l’indispensable nécessité d’une organisation des révolutionnaires dans la classe en même temps que le constat de la rupture organique qui s’est produite avec les anciens partis et organisations de la classe ouvrière d’où l’inadéquation de la notion et de la forme fraction (dans le sens donné par la Gauche communiste italienne et le groupe Bilan). La signification du surgissement de nouveaux groupes révolutionnaires est précisé comme n’ayant plus de liens organiques avec le passé. Ils deviendront par conséquent des éléments constituant du futur parti politique du prolétariat. Cette décision de ne plus porter le nom de fraction a pour conséquence de constater que la rupture organique est maintenant consommée avec les anciens partis du prolétariat. La FIC devient donc "groupe Internacionalismo". Cela clôt le débat commencé en 1935 dans la Conférence de la "Fraction italienne de la Gauche Communiste" [9] qui se demandait si la période des fractions étaient terminée avec la trahison des PC. A cette époque, la minorité du congrès de la Fraction italienne de la Gauche communiste s’était prononcée pour la fondation d’un nouveau parti.
D’après Internacionalismo, il s’agit d’une nouvelle période pour le mouvement ouvrier.

Parallèlement à cela le groupe continue son travail de façon fructueuse, il publie Internacionalismo et se développe avec l’adhésion de 4 nouveaux membres (3 étudiants et un jeune lycéen de 15 ans remplaçant les 3 membres restés en Europe dont 2 suivent leurs parents en Espagne et le 3ème en Suisse "Pierre" qui après le conseillisme adhére au bordiguisme et au PCI Programme Communiste).

- Retour du la discussion sur le bordiguisme.

"Sergio", à Paris, avait pris contact avec les bordiguistes de Programme Communiste. Il a ramené avec lui beaucoup de leur littérature. Deux mois après la conférence d’Internacionalismo il soulève la question de la "légitimité" du groupe en soutenant que seul peut être "légitime" un groupe qui représente une continuité organique, et le seul qui corresponde à cela est le parti de Bordiga. En conséquence de quoi il propose de dissoudre le groupe pour adhérer individuellement au PCI.
Cette longue discussion dura des mois et se déroule sur 7 bulletins internes paraissant de fin août à début septembre 66. "Juan" rédige une longue étude sur le bordiguisme qui paraîtra sur ces 7 premiers bulletins internes, cette étude prend une centaine de pages. L’exposé de ce texte occupera à lui seul 6 réunions du groupe. Le premier bulletin porte comme sous titre La concepcion esquemática il s’agit d’une critique au fond de la conception théorico-politique de Bordiga, le deuxième sur Entre el ’programma historico’ y la formulacion programatica en la lucha proletaria, le troisième Entre el ’partido historico’ y la organizacion politica en la historia del movimiento obrero, le quatrième El partido en la révolution, le septième La dictadura del proletariado. Cette discussion se termine début 1967 avec le départ de 3 camarades dont "Sergio" et "William" qui constituent un groupe pro-bordiguiste et publient Revolución (n° 1 en février 1967). Une vive polémique publique s’engage alors entre les 2 groupes.

Entre temps 2 nouveaux camarades adhérent à Internacionalismo dont "Guillo". Revolución prend contact avec 4 ouvriers militants du syndicat de la chaussure dont un est un vieux militant du PC de Colombie. Ces 2 derniers groupes (Revolución et les syndicalistes) fusionnent, donnent naissance à un groupe syndicaliste de base déployant une activité d’opposition dans le syndicat de la chaussure et publient une nouvelle revue Alerta (n°1 en octobre 1967- le n°7 en mai 1968). Internacionalismo [10] publie une violente polémique stigmatisant l’évolution politique des ex-camarades bordiguistes devenus maintenant des fervents syndicalistes de base. Ces derniers, d’ailleurs, ont une certaine audience parmi les ouvriers de la chaussure pour "un véritable syndicat de classe" et contre la "direction corrompue". Mais leur succès est éphémère. Après une première assemblée générale annuelle où ils sont sur le point d’obtenir la majorité avec leur motion, 15 jours après, le secrétaire général de la confédération CTV (La Confederación de Trabajadores de Venezuela, Confédération des travailleurs du Venezuela), membre de cette corporation et aussi membre du parti au gouvernement (AD : Acción Democrática parti social-démocrate conservateur créé en septembre 1941), arrive avec une escorte armée qui prend place dans la salle. L’assemblée vote à 95% pour le rapport d’activité et l’ancienne direction est reconduite en bloc. La conquête du syndicat qu’Alerta croyait à sa portée lui échappe et met fin à ses illusions. Rencontrant les membres d’Alerta constamment puisque les réunions se font au même endroit que celles d’Internacionalismo, l’influence de ce dernier se fait de plus en plus sentir. Très déçus et démoralisés par leur récent échec, les membres d’Alerta demandent une réunion de discussion commune sur la question syndicale. Après 2-3 réunions Alerta reconnaît son erreur de fond et fait sienne la position d’Internacionalismo sur la question syndicale.

Dans la même période un groupe d’une vingtaine de membres qui publie El obrero [11] en majorité ouvrière et du syndicat de la chaussure rompt avec le MIR [12]. Ces éléments dénoncent le MIR comme étant un groupe semblable au PC, par contre, ils avaient édité une brochure pour défendre la Chine et parlent de "bombe prolétarienne" (cf. : Article d’Internacionalismo n°5 dénonçant "tout ce verbiage" dans l’article Los navegantes del MMLV, Les navigateurs du MMLV). Après une polémique violente d’Internacionalismo contre ce nouveau groupe et à leur demande des réunions de discussions communes aux 2 groupes s’organisent.
Début 68 est créé un genre d’organisation lâche entre les anciens Alerta et El obrero , il s’agit d’un organisme de liaison ouvrière, type AAUD E [13] (l’Union générale des travailleurs d’Allemagne - Organisation unitaire), où chaque groupe garde son identité politique, sa propre presse. Une revue de discussion et d’agitation (Proletario) sur la base de critères avancés par Internacionalismo : contre les soi-disant pays socialistes, contre la guérilla sous toutes ses formes et contre le syndicalisme.
Ce "regroupement", toujours dans la clandestinité, auquel Internacionalismo ne participe pas, compte dès le début une cinquantaine de membres à majorité ouvrière. Sa revue "Proletario" est tirée à 500 exemplaires, elle paraît tous les 15 jours et elle est diffusée dans certaines usines. Son comité clandestin est composé des délégués des deux groupes.

III - L’année 1968.

A la fin 1967 Internacionalismo analyse la situation comme la fin de la période de reconstruction, la réouverture de la crise générale et la reprise de la lutte de classe à l’échelle mondiale.
Le numéro 8 de janvier 1968 d’Internacionalismo commence par un éditorial qui a pour titre El año 1968 comienza con un nuevo estertor del capitalismo mundial, "L’année 1968 commence par un nouveau râle du capitalisme mondial".
Il est dit :

"Dans cette situation, lentement et par saccades, la classe ouvrière s’ouvre la voie, en un mouvement souterrain, qui par moment semble inexistant, explose ici, avec par moments une lumière incendiaire, pour s’éteindre subitement, et s’allumer à nouveau ailleurs ; c’est le réveil de la classe ouvrière, du combat ouvert".

Et plus loin ;

"Aujourd’hui, nous rencontrons ce processus de décomposition des "partis communistes" qui correspond également à la naissance d’un nouveau cours révolutionnaire."

Le numéro 10 de février-mars 1968 revient sur la question à la fin d’un article sur la situation internationale : Panorama de la situación Internacional. Il est dit :

"Le monde capitaliste vient d’entrer définitivement dans la crise. Il ne s’agit pas d’une récession passagère, ni d’une crise conjoncturelle, mais d’une crise du régime qui ira en s’approfondissant, jusqu’à saper les bases de l’économie mondiale."
"Inévitablement, cette crise avec toute la misère qu’il va amener aux masses ouvrières, le chômage et le développement des massacres dans le monde entier, développera la résistance et la combativité de la classe ouvrière. Déjà se font sentir les indices de ce réveil. La lutte contre le capitalisme se développe. Avec cette espérance et avec la conviction que ce sera la lutte finale, nous saluons la crise qui commence à secouer la capitalisme pour l’entraîner à la banqueroute."

C’est dans cette attente et avec l’élargissement de son activité, assez exaltante, que se produit "Mai 68" en France avant le "Mai rampant" en Italie 1969 et les événements en Pologne en 1970. Dès le premier jour, le 3 mai, Proletario sort un tract pour saluer cet événement et expliquer toute sa signification. Internacionalismo délègue "Juan" pour se rendre à Paris afin d’obtenir de plus amples informations et prendre des contacts avec les groupes révolutionnaires existants, ce qui fut fait.

Recevant de France toute la littérature de mai 68, le comité directeur de Proletario très emballé par la littérature à dominante, celle du 22 mars et des Situationnistes décide, contre l’avis et les protestations d’Internacionalismo d’établir des statuts dont l’axe consistait en l’obligation d’auto-dissolution de tout groupe politique en son sein, et rédige un Appel à la constitution immédiate d’une Internationale des conseils ouvriers [14]

Proletario avant de disparaître publie encore un numéro spécial sur "Mai 68" et son dernier numéro 6 en juillet 68.
Le nouvel Internacionalismo, sous une nouvelle forme, continuera son activité de nombreuses années, rejoindra d’abord Révolution Internationale puis le CCI en 1975.
Mais le nouvel Internacionalismo est, dans un premier temps, isolé et aussi affaibli par l’absence de 2 camarades qui se trouvent en France : "Raoul" et "Juan". Toutefois, ces 2 camarades quand ils apprennent l’“Appel de Proletario à dissoudre tous les groupes politiques, écrivent une lettre à Internacionalismo pour le soutenir et pour qu’il continue son activité politique.

Internacionalismo va encore subir une rude épreuve avec l’irruption de la police dans la maison de "Juan". "Sergio" et une vingtaine de personnes furent arrêtés, la maison perquisitionnée, les machines à écrire et à dupliquer emportées par la police. C’était un coup très dur pour la continuation de l’activité d’Internacionalismo. Mais, l’essentiel : les archives internes, procès verbaux, correspondance, etc., bien cachés, ont échappé à la police ce qui a fait qu’aucun membre d’Internacionalismo n’a été ni repéré ni inquiété. Pendant plusieurs mois les membres d’Internacionalismo ont été sur leurs gardes et quelques uns démoralisés se sont éloignés de l’activité politique. Internacionalismo a continué d’exister et est resté en relation avec les camarades en France. Un numéro d’Internacionalismo est encore sorti au cours de l’année 1968 (le numéro 12 de novembre-décembre) et ensuite la traduction d’un numéro spécial (le numéro 15) qui est la traduction du numéro 1 de "Révolution Internationale" sur Le pouvoir des conseils ouvriers. Ces numéros ont été publiés avec des moyens de fortune : en les recopiant sur une plaque de cire fabriquée de façon artisanale.
C’est dans ces conditions que le petit groupe Internacionalismo s’est efforcé de se doter à nouveau et de façon prioritaire du matériel nécessaire (machines à écrire, ronéo, papiers, etc.) pour pouvoir continuer la publication, poursuivre son activité et gagner de nouveaux militants. Mais c’est une autre histoire et une nouvelle vie.

Dans cette période qui était une période de transition vers la fin de la Guerre froide et un changement des conditions historiques où des organisations révolutionnaires et les idées de la Gauche communiste ont ressurgi après la longue glaciation stalinienne. Internacionalismo a uniquement et modestement commencé à essayer de frayer un chemin à travers la réflexion et la polémique politique entre les différentes tendances de la Gauche communiste comme l’indique clairement les sommaires d’Internacionalismo et de ses bulletins internes . Internacionalismo a tenté de montrer la voie pour un réexamen de la théorie communiste. La tâche revenait, à sa suite, aux nouvelles organisations. Ont-elles été à la hauteur des années d’après 68 ? Ont-elles accompli cette tâche ?

Ol. janvier 2016



[1Marc Chirik (1907-1990) a émigré au Venezuela et quitté la France en 1952. (Cf. : L’enfer continue, Paris, 2013).

[2Cette affirmation de MC n’est pas corroborée par deux autres anciens membres d’Internacionalismo . Les archives consultées sont muettes sur ce point.

[3Fondé en 1955 par Raya Dunayevskaya (1910-1987. Auparavant, en 1940 elle met en doute la position de Trotsky sur l’Union Soviétique. Elle quitte le SWP avec Max Shachtman qui forme le Workers’ Party (WP). Dans le WP, avec Cyril Lionel Robert James elle forme la Johnson-Forest Tendency (le pseudonyme de James était Johnson et celui de Raya Dunayevskaya était Forest).

[4Il comporte 5 chapitres : 1 - Le moment historique, 2 – La situation actuelle, 3 – Les pays sous-développés, 4 – L’Amérique Latine, 5 - Le mouvement ouvrier en Amérique Latine. Il est encore signé FIC.

[5Cf. : Sommaire d’Internacionalismo.

[6Cf. : Les sommaires du bulletin interne.

[7"La nature prolétarienne de la Révolution d’Octobre" (Internacionalismo n°2 - 1965).

[8Cf. : Réponse de "Juan" à "Sergio" dans le bulletin interne n° 5 "Las contradicciones irresolubles del camarada "Sergio".

[9Cf. : Bilan, n° 23 - septembre-octobre 1935.

[10Cf. : N° 6 décembre 1967 : Alerta y las ilusiones del neosindicalismo".

[11Organo del MMLV-Mouvement Marxiste-Léniniste Venezuelien.

[12El Movimiento de Izquierda Revolucionaria - MIR, créé le 8 avril 1960 : Parti de la Gauche socialiste à influence castriste.

[13Comme en Allemagne dans les années 20.

[14Cf. : N° 12 d’Internacionalismo - novembre-décembre 1968 : "Los consejos obreros" .


Brèves

26 février - Il Programma Comunista (1952-1984)

Dopo aver inserito nel Web il giornale Il Programma Comunista, organo del Partito comunista (…)

24 février - Nous mettons de nouveau en ligne quelques…

Nous mettons de nouveau en ligne quelques numéros de la revue Bilan, le bulletin théorique (…)

1er février - Nous mettons de nouveau en ligne quelques…

Nous mettons de nouveau en ligne quelques numéros de la revue Bilan, le bulletin théorique (…)

22 janvier - El Programa Comunista - Partido Comunista Internacional

Después de haber puesto en linea varias publicaciones del Partido Comunista Internacional (…)

7 janvier - Bilan (1933-1938)

Nous mettons de nouveau en ligne quelques numéros de la revue Bilan, le bulletin théorique (…)