Maíra (1988-2005)

Présentation de la revue Maíra

Toutes nos vies sont fondées sur la fiction. Ou devraient l’être. “Maíra”, et l’association de capoeira éponyme, a pour lointaine origine ma lecture des “Pâtres de la nuit” (“Os pastores da noite”) de Jorge Amado, écrit en 1964. Le héros est un ex-caporal de Bahia, o cabo Martim. Coureur de jupons, ce métis pratique la capoeira comme pour mieux protéger son peuple…
Quelques années plus tard, étudiant en portugais, j’en vins à pratiquer moi aussi la capoeira, notamment à Salvador (da Bahia), dans l’academia de mestre Bimba, rival de maître Pastinha, dont l’un des rares soutiens dans sa pauvre et douloureuse vieillesse fut… Jorge Amado.
Le Brésil sortait de la dictature militaire. Je rentrai en France et me mis à répandre la bonne parole capoeiristique. Naïvement, je pensais que les pratiquants ne pouvaient que s’intéresser au pays d’où venait le jeu de combat qu’ils affectionnaient.
Avec quelques amis (Eugène, Franck, Alain Borboleta, Gilles, Antoinette, Pierre, Bruno R., Florence, Anne-Françoise, Michel, Alex Zéma, Edilse…), nous fondâmes une association loi 1901.
Maíra fut le nom que je proposai. C’était un roman de l’ethnologue Darcy Ribeiro, roman alors étudié dans le département de portugais de Paris-VIII, que j’avais la joie de fréquenter.
Mot tupi-guarani, Maíra, le soleil, renvoie aussi au français maïr, du nom de ces truchements laissés sur les côtes brésiliennes au début du XVIe par les marchands normands pour leur servir d’interprètes. Le bois de teinture, le pau-brasil, valait de l’or ou presque.

Bref, nous étions jeunes et larges d’épaules…

Au début, notre fanzine discourut de la capoeira puis doucement s’ouvrit à d’autres champs.
Nous eûmes notre période vaguement tiers-mondiste, voire pro-Lula.
Nous fûmes ensuite indigénistes et écolo-compatibles avant d’amorcer, sous ma terrible férule, un virage tendance gauche communiste de conseils. Ce qui nous valut quelques inimités…

Alors parlons de nos amitiés. “Maíra” trouva force sources à la bibliothèque Pierre-Monbeig, rue Saint-Dominique. Étudiant tardif, je bénéficiais d’une manière de statut de chercheur.
Nous eûmes des relais fidèles : Radio latina, “Décalage horaire” de Paul et Yvon sur Radio Aligre puis FPP.
Je ne saurais oublier mes amis d’ “Infos Brésil”, notamment Michel Riaudel. Et bien sûr, l’universitaire Pierre Rivas, récemment honoré à São Paulo par le prix Blaise-Cendrars. Saravá !
Dès le départ, Maíra accorda une grande attention aux dessins. Nous voulions être un métis de Charlie Hebdo et du Monde diplomatique.
Nous étions en 1988, les scanners étaient rares, nous squattions des MacIntosh à droite à gauche avant d’en acquérir. Notre premier dessinateur, lusophone par sa vie, fut Alex Zéma. Vint par la suite Pierre Larribe, qui nous resta longtemps fidèle.
Côté exécution, nous pûmes compter sur Michel Lourd (architecte précaire de son état), Eugène Tomaselli (brillant diplômé de l’École Estienne) et trois principaux rédacteurs : votre serviteur, responsable, mais pas coupable, de 90% du bimestriel (car nous devînmes un fanzine qui sort tous les deux mois), Janine Vidal, militante franco-hispano-brésilienne de la cause indigéniste, et Eva Louzon, très attachée et affectée par le tropicalisme… Mais aussi l’économiste Wagner Cardoso, qui se sépara de nous comme un professionnel rentré dans le rang bifurque d’amateurs gauchisants.
N’écartons pas Maxime Braquet, historien de Belleville, qui nous écrivit quelques papiers hors Brésil, notamment des lignes coruscantes concernant les esséniens.
Last but not least, l’universitaire bahianais João Rocha, qui nous gratifia de son savoir sur le pédagogue Anísio Teixeira.
Notre littérature subversive fut diffusée grâce à Bruno Richer dans quelques librairies avisées mais néanmoins parisiennes (Publico, Lusophone, L’Harmattan, L’Herbe rouge…). Nous eûmes quelques liens à Strasbourg, Toulouse mais guère au-delà.

Il va sans dire que nous étions “imprimés” clandestinement via une agence gouvernementale bien qu’à vocation écologiste.

Puisque nous faisions dans le social, évoquons l’économie.
“Maíra” n’a vécu financièrement que parce qu’il y avait des cours de capoeira. Lesquels au milieu des années 1990 attiraient un public pléthorique (sans doute à cause du navet hollywoodien “Only the strong”).
Je n’enseignais plus et je m’aperçus que la capoeira désertait l’écrit. Les jeunes pratiquants ne s’intéressaient que de loin au Brésil. Pis, lorsque je fis reproduire une gravure de Jean-Baptiste Debret figurant un esclave brésilien “muselé” par son maître, certains djeun’s s’en émurent. “C’est choquant !”
Quoi ? Le dessin ou la réalité ?
Par ailleurs, les professeurs qui officiaient étaient parfois demandeurs d’emploi. Donc demandeurs de piécettes à la fin des cours. Que demeurait-il de l’esprit loi 1901 ?
Par surcroît, un de mes successeurs se mit à tenir durant les cours des propos antisémites, graveleux, à pratiquer une manière d’exhibitionnisme (mimer la fellation pour enseigner un coup de pied retournée).
Étant président de l’association, je n’avais pas envie de “tâter de la paille humide du cachot” (emprunt à tonton Georges).
Tout cela, plus un heureux événement, fit en sorte que je misse fin d’un commun accord avec mes hétéronymes à l’aventure du “brasseur de mots depuis 1988”. C’était en 2005.
Dix-sept ans…
Dix-sept ans à apprendre et à transmettre.
Dix-sept ans de joie, de déception, mais aussi de rigolade.
On peut devenir sérieux quand on a dix-sept ans.

Bruno Bachmann, 22 mars 2017


Sommaires de la revue Maíra (1988-2005)


Brèves

26 mars - Maíra (1988-2005)

Nous invitons les lecteurs à découvrir une nouvelle revue quelque peu oubliée : Maíra, "bulletin (…)

7 mars - Oiseau-tempête (1997-2006)

Au moment où la colère et la rage monte dans les quartiers populaires, où le refus de se faire (…)

12 septembre 2016 - Oiseau-tempête (1997-2006)

Nous poursuivons la mise en ligne de plusieurs articles de la revue Oiseau-tempête.

31 juillet 2016 - L’Anti-mythes (1974-1978)

Nous mettons en ligne 3 nouveaux numéros de l’Anti-mythes que nous avons dénichés au CIRA de (…)

28 février 2016 - Oiseau-tempête (1997-2006)

Nous poursuivons la mise en ligne de plusieurs articles de la revue Oiseau-tempête ! D’autres (…)