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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La Marseillaise (1869-1870)

Présentation

La publication de La Marseillaise est un projet commun des deux sites archivesautonomie.org et macommunedeparis.com. Ayant lu le microfilm de La Marseillaise dans les lecteurs de la Bibliothèque nationale de France, nous avons été captivés par la variété et la qualité du journal, par l’actualité dont il témoigne, qui est une part de cet "Avant la Commune" que nous souhaitons comprendre.

Il semble malheureusement que le journal "papier" ne soit pas dans un état excellent (et c’est sans doute un euphémisme), de sorte que, à notre demande de reproduction, la BnF a répondu qu’elle ne pouvait que numériser le microfilm. Celui-ci a été réalisé il y a bien longtemps... La qualité et le confort de lecture sont très bas... Bref, nous mettons les numéros complets en ligne sur notre site, les lecteurs verront d’eux-mêmes ce qu’il en est.

La présentation qui suit est appelée à évoluer au fur et à mesure que le journal la Marseillaise sera mis en ligne. Nous ne présentons ici que quelques repères et pistes. Sur le blog macommunedeparis.org on peut désormais lire les articles suivants qui donnent quelques indications :

Les lecteurs pourront lire chaque jour un ou deux articles pour suivre pas à pas la vie du journal sur le blog macommunedeparis.org.

* * * * *

Le 18 décembre 1869 paraît le premier numéro du journal la Marseillaise fondé par Henri Rochefort dont il est le rédacteur en chef et Jean-Baptiste Millière son directeur-gérant. C’est un quotidien de 4 pages, vendu 15 centimes (puis 20 centimes avec le numéro 24) et comme souvent à l’époque c’est un journal du matin, daté du lendemain, ce qui explique que le premier numéro est du 19 décembre. Il paraît jusqu’au 9 février, connaît une brève interruption de 3 jours et revoit le jour le 12 février jusqu’au 18 mai. A cette date, "la 6ème chambre du tribunal de police correctionnelle (…) prononce la suspension de la Marseillaise pendant deux mois", pour reparaître brièvement du 21 juillet au 25 juillet 1870 avec le numéro 156 peu de temps après le déclenchement de la guerre entre la France et la Prusse (à la tête d’une coalition d’Etats allemands).
Henri Rochefort, républicain bourgeois et féroce ennemi du second empire, élu lors des élections de juin 1869 fait son entrée au Corps législatif et de ce fait bénéficie d’une sorte d’impunité qui ne peut que le servir lors de la fondation de la Marseillaise. Dès son lancement, le journal est diffusé à 50.000 exemplaires en moyenne et devient rapidement le lieu où va s’exprimer une opposition aux multiples visages dont nous énonçons ici quelques facettes, tout en sachant que rien n’est figé, surtout dans cette période d’agitation sociale intense :

  • des radicaux bourgeois, comme Rochefort.
  • des socialistes, comme Jean-Baptiste Millière.
  • des blanquistes, comme Germain Casse, Raoul Rigault, Alfred Breuillé, Alphonse Humbert...
  • des membres de l’Association internationale des Travailleurs (AIT), comme Eugène Varlin, Adolphe Collot, Simon Dereure...
  • des journalistes engagés comme Gustave Maroteau, Gustave Puissant, Jules Vallès,...

Nous nous attacherons plus particulièrement aux Internationaux – par sympathie politique - et leurs efforts pour se faire entendre par le plus grand nombre. Avant la parution de la Marseillaise, ils ont essayé d’éditer leur propre journal, comme la Tribune Ouvrière (juin 1869, 4 numéros), puis la Presse Ouvrière (1 seul numéro saisi à sa sortie) et enfin la Fourmi dont un seul numéro pénétra en France [1]. Par ailleurs Eugène Varlin, comme d’autres socialistes parisiens, collaboraient en 1869 à l’hebdomadaire Le Travail. Avec la création de la Marseillaise, l’AIT va y trouver l’espace nécessaire pour se faire entendre... à condition que ses membres y mettent du leur ! C’est la démarche d’Eugène Varlin, qui s’active pour qu’elle rencontre le succès. La lettre [2] qu’il écrit le 25 décembre 1869 à Emile Aubry, membre de l’AIT à Rouen, va dans ce sens :

(...)
Il est utile que je vous donne quelques explications sur la Marseillaise, afin que vous ne croyiez pas qu’il n’y a là qu’une machine de guerre contre l’empire. Depuis longtemps, le parti socialiste ressentait le besoin d’avoir un organe pour aider à la propagation de ses doctrines et pour les défendre contre toutes les attaques des journaux bourgeois de tous les partis, les seuls que nous ayons eus jusqu’alors. Déjà des démarches étaient faites pour arriver à créer un journal, lorsque les dernières élections sont venues faciliter l’œuvre en groupant tous les citoyens actifs du parti socialiste autour de Rochefort et en portant celui-ci au Corps législatif, malgré toutes les attaques, toutes les critiques, toutes les calomnies répandues sur lui par tous les journaux. Après cette élection, le besoin du journal se faisait sentir encore bien plus ; avec Rochefort à la Chambre, il fallait un journal dans le pays pour affermir et soutenir le socialisme révolutionnaire. C’est alors qu’a été conçue la Marseillaise.
Pour faire un journal en France, surtout un journal quotidien qui puisse tenir tête chaque jour aux autres journaux, il faut beaucoup d’argent, et le parti socialiste, parmi tous les partis, se distingue par sa pauvreté. Avec ses propres ressources, il est évident qu’il n’aurait pas pu se créer un organe, mais avec Rochefort la difficulté se trouvait levée, non par sa fortune, il n’en a pas, mais par son nom.
Un journal fait par Rochefort est assuré du succès. En France la masse s’attache avant tout à ce qui brille, et comme l’assurance d’un succès donne confiance aux capitaux, Rochefort a pu trouver des prêteurs. La question financière se trouvant levée, le reste devenait plus facile.
Les socialistes les plus dévoués, et surtout les membres des sociétés ouvrières, se sont réunis en réunion privée et ont discuté les conditions dans lesquelles se faisait le journal. Millière, nommé directeur, est en même temps et surtout chargé de la ligne socialiste du journal.
Cette ligne est celle affirmée par la presque unanimité des délégués de l’Internationale au congrès de Bâle, c’est-à-dire le socialisme collectiviste, ou communisme non autoritaire.
Les fondateurs se proposent, non seulement de faire de la propagande, mais encore de rallier tout le parti socialiste européen, d’établir, par la voie du journal, des relations permanentes entre tous les groupes ; de préparer, en un mot, la révolution sociale européenne. Pour vous faire connaître plus complètement encore l’esprit des fondateurs, je dois vous dire que, dans nos réunions, nous avons été presque unanimes à reconnaître que nous n’étions pas prêts pour la révolution ; qu’il nous fallait encore un an, deux ans peut-être de propagande active par le journal, les réunions publiques et privées, et l’organisation de sociétés ouvrières, pour arriver à être maîtres de la situation et être assurés que la révolution ne nous échappera pas au profit des républicains non socialistes.
La partie politique n’est que l’accessoire, un journal devant être varié pour être lu ; la partie sociale est la seule importante pour nous. Il faut nous appliquer à la rendre intéressante et sérieuse, afin qu’elle prenne chaque jour plus d’extension dans le journal. Pour cela nous avons besoin du concours de tous nos amis, me disait Millière dans notre entrevue de ce matin.
(...)

Quelques jours plus tard, le 29 décembre, Varlin écrira dans les mêmes termes à Albert Richard, membre de l’AIT à Lyon.

Dans le prolongement de cette participation, qui prendra de l’ampleur au fil du temps, la propagande de l’AIT va se développer dans le cadre de réunions publiques et en particulier avec l’ouverture de la salle de la Marseillaise fin décembre 1869. Voici ce que nous pouvons lire dans le livre Aux origines de la Commune [3] :

"La répression consécutive aux émeutes de février, en éliminant la première équipe directrice de la rédaction, le transforme en chose de l’AIT. En mars-avril-mai 1870, les liens entre La Marseillaise et l’Internationale ne cessent de se resserrer et la salle tombe tout naturellement dans la dépendance de l’AIT. : pendant tout le mois d’avril 1870, les réunions de la salle de la Marseillaise portent l’empreinte profonde de l’Internationale."(Page 121)

et à la page suivante :

"(...) cette salle de la Marseillaise est bien ce creuset où viennent se fondre internationaux, blanquistes, jacobins révolutionnaires, ouvriers en grève. Dans les tout derniers moments de l’Empire, c’est ici que tous les courants du socialisme révolutionnaire se rencontrent pour porter les ultimes coups de bélier à un Empire de plus en plus chancelant." (page 122).

Contenu du journal : Outre la collaboration avec les Internationaux, le journal ouvre une rubrique où les sociétés ouvrières peuvent annoncer leurs réunions, communications diverses, listes de souscription de soutien aux grèves. Ce type de rubrique va prendre de l’importance avec les développement des grèves au courant de l’année 1870, en particulier les grèves des ouvriers métallurgistes et/ou mineurs du Creuzot, de Torteron, de Fourchambault, des menuisiers à Bordeaux pour ne citer que les plus connues.

Il y a d’autres rubriques comme :

  • Chronique de Paris (Rochefort)
  • Question sociale (JB Millière puis Jacques Maillet qui, d’après Jacques Rougerie ; est le pseudo de JB Millière)
  • Tribune militaire (Flourens, Bazire, Ulric de Fonvielle)
  • Réunions publiques (Dereure)
  • Chronique politique sous le nom de courrier politique (Arthur Arnould),
  • Communications ouvrières (Dereure, Namel, Dardenne, Collot, Boudet) : adresses de l’AIT, textes des chambres syndicales et autres sociétés de solidarité et de crédit mutuel des ouvriers, nouvelles des grèves en France, Allemagne, Suisse, Angleterre...
  • La vie des travailleurs (Romme, Jacques Vignaud,)
  • ...

* * * * *

Choix de transcriptions d’articles.

Vu l’état des numérisations du journal La Marseillaise, sa lecture est difficile et pénible. C’est pourquoi nous avons fait l’effort de transcrire un certain nombre d’articles que l’on retrouvera pour une bonne part sur le blog macommunedeparis.org qui mettra en ligne, chaque jour de parution du journal La Marseillaise, un ou deux articles. Par ailleurs les lecteurs découvrirons d’autres articles transcrits sur notre site.

Dans un premier temps nous avons choisi deux types d’articles. D’abord ceux de la Tribune militaire tenue par Gustave Flourens, puis Ulric de Fonvielle. La Marseillaise avait le souci de dénoncer que la caserne est une école d’abrutissement des soldats, de briseuse de grèves et en toute logique elle mène, en parallèle avec les réunions publiques, une campagne d’informations en direction des casernes. Ce qui provoqua l’ire de la racaille galonnée, il va sans dire [4].

Puis ceux issus de la rubrique "Question sociale" tenue par Jean-Baptiste Millière. Il y expose sa conception du socialisme et comme l’écrit J. Rougerie : "L’idée d‘une organisation communale politique et sociale de la République".

Nous invitons les lecteurs à se reporter aux différents sommaires de la Marseillaise pour prendre connaissance de ces articles.

Tout au long de l’année suivante, nous poursuivrons cet effort, en espérant que d’autres lecteurs vont se mettre à faire de même.


Sommaires du journal La Marseillaise (1869-1870)


Annexes :

Notes :

[1Le journal était imprimé en Belgique

[2Nous reproduisons cette lettre en entier : voir la partie "Annexes".

[3Aux origines de la Commune – le mouvement des réunions publiques à Paris, 1868-1870, Alain Dalotel, Alain Faure, Jean-Claude Freiemuth, Editions Maspero, 1980.

[4Pour en savoir un peu plus nous invitons les lecteurs à se reporter à l’extrait du livre Aux origines de la Commune.

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