Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Ce qu’il faut dire (1916-1917)

Présentation [1]]

Le premier numéro de C.Q.F.D. paraît le 2 avril 1916. Son dernier numéro est le 83 du 22 décembre 1917. Son rédacteur principal est Sébastien Faure. Son gérant est Vandamme [2]. Le journal publié en pleine guerre est l’objet de la censure, ce qui explique qu’une partie plus ou moins importante du journal est blanche.

[Extrait du livre de Jean Maitron]

"Mais la manifestation anarchiste la plus marquante de l’époque, qui constituait aussi une réponse au Manifeste des Seize, fut la parution le 2 avril 1916 du premier numéro de C.Q.F.D., journal fondé par S. Faure et Mauricius, ce dernier fournissant les fonds [3].

Dans un tract publié en septembre intitulé Aux lecteurs du "Libertaire", les anciens de ce journal demandaient qu’on se regroupât derrière C.Q.F.D., "journal d’union, d’union sacrée en vue de la libération de tous les asservis et de tous les exploités". Le journal n’était pas spécifiquement anarchiste et quelques socialistes, des syndicalistes révolutionnaires en vue, G. Dumoulin, Ch. Marck, les Bouet et les Mayoux, instituteurs résistants, y collaboraient. C.Q.F.D. fut non seulement un organe anti-union sacrée, il fut aussi une réponse aux "Seize". La discussion amorcée par S. Faure en termes courtois prit très vite un autre ton, Grave apparaissant protégé par "Dame Censure [4]". On en aura une idée lorsqu’on notera que c’est dans une rubrique intitulée "la boîte aux ordures" que seront publiés, à l’occasion, des extraits d’articles de Grave parus dans La Bataille [5].

Quelques chiffres illustrent le succès du journal : celui du tirage qui atteint 12 000 exemplaires au lancement, 20 000 en novembre, celui des abonnements : 1 000 en mai, 3 000 en décembre.

Mais surtout, des groupes d’amis se constituèrent, nombreux et actifs. Dès le 21 mai 1916, le mois donc qui suivit la parution du premier numéro, une sortie réunissait dans les bois de Saint-Cloud une trentaine de lecteurs de C.Q.F.D. auxquels Mauricius fit une causerie [6]. On dénombrait une cinquantaine de groupes en 1917, dont une vingtaine à Paris, concentrés dans les II°, X°, XII°, XIX° arrondissements et dans la banlieue ouest et une trentaine groupés autour des capitales provinciales : Lyon, Marseille, Toulouse, Rochefort-Saintes, Nantes-Angers-Trélazé [7].

De l’été 1917 aux lendemains de la guerre

Le succès de l’offensive pacifiste des années 1916-1917 s’explique sans doute avant tout par la durée de la guerre et les sacrifices qu’elle exigeait se conjuguant avec une certaine faiblesse gouvernementale à l’égard de l’action antimilitariste. Les insuccès militaires, les débuts de la Révolution russe l’amplifièrent. D’où, à l’arrière, des grèves qui se multiplièrent de janvier à juin 1917, d’où, sur le front, la crise d’avril-juillet 1917.

Mais un changement radical s’opéra à l’été de 1917 et, durant une année — été 1917-été 1918 — on assista à une retombée de l’action pacifiste, déclin symbolisé par la disparition des groupes des amis de C.Q.F.D. et par la très importante baisse du tirage du journal (il recommença à paraître en septembre 1917 après une suspension de trois mois) : 4 000 exemplaires en décembre 1917 et il cessa alors sa parution. La Plèbe, qu’animera Fernand Després, lui succédera bien le 17 mars 1918, mais elle disparaîtra à son tour le 4 mai après quatre numéros.

Une explication à deux niveaux permet sans doute de rendre compte du phénomène.

Au plan international, l’échec de la conférence socialiste internationale de Stockholm en septembre 1917 ne favorisa évidemment pas la propagande pacifiste ; par ailleurs, la demande de paix séparée par les Russes suivie de l’armistice de Brest-Litovsk le 15 décembre 1917 furent présentés en France comme une trahison et, s’ils enthousiasmèrent la très réduite minorité internationaliste, ils affaiblirent par contre dans les masses les positions des partisans de la paix. Mais surtout l’arrivée de Clemenceau au pouvoir le 17 novembre 1917 marqua le début d’une répression systématique contre les opposants à la guerre et les anarchistes, particulièrement visés, furent durement frappés. Citons à titre d’exemples :

— procès de ceux qui étaient accusés d’avoir fait paraître le 15 juin un numéro du Libertaire clandestin, procès qui se déroula du 4 au 11 octobre et qui valut à Lepetit deux ans de prison, à Barbé, Content et Ruff, quinze mois de la même peine, à Le Meillour, un an, à Grossin, quatre mois ;

— procès, en novembre 1917, de Jahane : six mois pour transport de tracts ; procès de Cochon : trois ans de travaux publics pour désertion ;

— procès, en décembre 1917, de Lecoin qui, libéré le 12 septembre, n’avait pas rejoint son corps ; arrêté quatre jours plus tard, il était condamné, le 18 décembre, à cinq ans de prison auxquels vinrent s’ajouter dix-huit mois pour propos subversifs à l’audience ;

— procès d’Armand, incarcéré depuis le 14 octobre 1917 et condamné, le 5 janvier 1918, à cinq ans de prison par le conseil de guerre de Grenoble pour complicité de désertion ;

— procès enfin de Sébastien Faure. Condamné par défaut en octobre 1917 à deux ans de prison pour outrages publics à la pudeur, l’animateur de C.Q.F.D., arrêté le 11 janvier 1918, comparaissait le 28 du même mois devant les juges et se voyait alors condamné à six mois de prison. [8]

Ces condamnations réduisaient au silence pour plusieurs années les militants les plus actifs. Aussi la reprise de l’action anarchiste ne se fit-elle qu’après l’armistice, en ce qui concerne du moins les opposants à la guerre. Quant aux "interventionnistes", ils connurent eux aussi des difficultés mais d’autre nature."


Notes :

[1Extrait du livre de Jean Maitron, Histoire de l’anarchisme en France, Tome 2, pages 15 à 18. Voir par ailleurs la fiche technique du Bianco

[2Vandamme Maurice, dit Mauricius.

[3Cf. C.Q.F.D., numéro du 24 novembre 1917.

[4C.Q.F.D., 28 octobre 1916, article de S. Faure.

[5C.Q.F.D., 25 novembre 1916-13 janvier 1917.

[6D’autres sorties champêtres eurent lieu, celle du dimanche 30 juillet 1916 par exemple qui groupa 70 personnes le matin, auxquelles vinrent s’adjoindre une cinquantaine d’autres l’après-midi (cf. A.N. F7/13061, année 1916).

[7Cf. Poulet-Cordier, Le Mouvement anarchiste français et la guerre, 1914-1939. (Cf. Bibliographie, travaux universitaires.)

[8Voir le texte signé par Mauricius "Pour la vérité", daté de mai 1918.

Les articles de cette rubrique

A lire impérativement !

Sommaires des Mauvais jours finiront (1986-1993)

Pour l’instant nous ne disposons pas des numéros suivants : Le supplément au (...)

Le laboratoire de la contre-révolution – Italie 1979-1980

"Que les hommes ne fassent plus de révolution tant qu’ils n’auront pas appris (...)

Oktoberfest

1. La sensation intolérable que chacun d’entre nous a éprouvée à la nouvelle (...)

Contre la Guépéou en Espagne - Terre Libre

La main-mise stalinienne sur l’Espagne antifasciste mène le peuple espagnol à (...)

Révolution et dictature – A. P.

Les forces humaines se composent, s’équilibrent et s’annulent dans le (...)

Le congrès de la FAF a pris position

RÉSOLUTION sur la position de la FAF vis-à-vis de la CNT-FAI et du mouvement (...)

Pour ou contre la critique ?

CONTRE

Mon article daté du 29 Septembre, inséré dans Terre Libre du 4 (...)

A quand la fin des illusions – Terre libre

A-t-on assez vanté les vertus du système parlementaire, de la "démocratie" ! (...)

Inertie honteuse – H.

Nous voici en plein hiver. Les travailleurs français, à l’exception des (...)

En lisant.... Pour comprendre la crise – A. P.

On est surpris de constater que la crise décisive du capitalisme, fait dont (...)



Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53