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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La Sociale (1895-1896)

Présentation

Le premier numéro voit le jour le 12 mai 1895. C’est un journal hebdomadaire qui paraît dans les premiers temps sur 4 pages, puis – à partir du numéro 27, 10 novembre – sur 8 pages. Jusqu’au numéro 32 (ou 33 ?), la première page est illustrée puis ce sera la dernière (avec des exceptions). Les illustrateurs sont  [1] : Bordier (dénonciation du bagne de Biribi et de l’armée, de la misère du prolétariat, des bourgeois), de Maximilien Luce (dessins de mineurs, de briquetiers). Le dernier numéro est le 76, octobre 1896. [2]

1895 est aussi l’année où paraissent 2 autres journaux anarchistes : Les Temps Nouveaux, le 4 mai et Le Libertaire le 16 novembre.

Si Jean Grave est la figure centrale des Temps Nouveaux, comme Sébastien Faure l’est pour Le Libertaire, c’est Emile Pouget qui est à l’initiative de La Sociale, ayant publié auparavant Le Père Peinard [3] et l’Almanach du Père Peinard.

Voici un extrait de la biographie de Pouget qui aborde la période de parution de La Sociale :

...En 1895, à la faveur de l’amnistie, Pouget revint en France. Il fut arrêté par la police le 5 février lors de son débarquement à Boulogne-sur-Mer, fit opposition à sa condamnation, repassa en jugement et fut acquitté le 18 février. Il s’installa au 15, rue Lavieuville, à Paris 18e. Un rapport de police du 16 avril 1895 signale que "l’anarchie se reconstitue à Montmartre, où M. Pouget vient de planter son drapeau". Reprenant son action journalistique, il publia, de mai 1895 à octobre 1896, l’hebdomadaire La Sociale, installé au 23, rue des Trois-Frères, à Paris 18e. C’est là qu’au 4ème étage d’une "maison meublée d’aspect bourgeois" que Pouget accompagné d’un épagneul noir baptisé Casimir, officiait : "Ce n’est pas luxueux chez le compagnon Pouget, mais nous sommes loin du grenier de Jean Grave. Des affiches de Steinlen, de Willette, décorent les murs. Ameublement modeste, une bibliothèque très garnie et une table de travail chargée de brochures, de journaux et de livres". (cf. L’Eclair, 27 avril 1895). Il reprit également la publication de l’Almanach du père Peinard, qui sortit chaque fin d’année de 1895 à 1898.

Les années de La Sociale correspondent à une intense activité d’Émile Pouget, en pleine communion avec Fernand Pelloutier et Bernard Lazare pour mettre en œuvre une stratégie de rapprochement des anarchistes et des socialistes antiparlementaires à l’échelle européenne pour combattre l’influence croissante de la social-démocratie dans le mouvement ouvrier. Ce rapprochement devait se faire sur la base de l’antiparlementarisme, du syndicalisme et du grève-généralisme. Au printemps 1896, tous trois essayèrent — sans succès — de lancer un quotidien, La Clameur, auquel ils souhaitaient associer Jean Allemane.

Fin janvier ou début février 1896 Pouget avait été arrêté pour purger une peine de 4 mois de contrainte par corps pour diffamation. Sébastien Faure et quelques compagnons avaient alors proposer de payer l’amende de 600 francs afin qu’il puisse sortir de prison.

Durant l’année 1896 , Pouget fut, avec Augustin Hamon, Bernard Lazare, Fernand Pelloutier et Errico Malatesta, le maître d’œuvre de l’opération antiparlementaire au congrès socialiste international de Londres, qui se tint en juillet. Il s’y rendit muni de mandats émis par le syndicat des métallurgistes de Beauvais, par celui des maçons et tailleurs de pierre de Cognac et par celui des ardoisiers d’Angers-Trélazé. Au congrès, il apparut comme un des porte-parole de la coalition allemano-libertaire qui domina la délégation française (Le Temps du 30 juillet 1896) [4]. Il en profita pour distribuer sur les bancs des délégués une petite brochure sardonique, Variations guesdistes, constituée d’une sélection sur vingt ans de citations de Jules Guesde, soulignant ses contradictions et son jésuitisme. Émile Pouget participa également aux conférences qui se tinrent au Saint Martin’s Hall en marge du congrès, et qui rassemblèrent les plus éminents représentants européens de l’anarchisme et du socialisme antiparlementaire...

Par ailleurs voici comment E. Pouget présenta savoureusement son journal dans son premier numéro :

La Sociale ne sera pas une couveuse électorale, réchauffant et dorlotant les ambitieux, en vue des Hôtels de Ville ou du Palais Bourbon. S’il lui arrive de broussailler dans la forêt de Bondy de la Politique, ce sera simplement pour crier "casse-cou" au populo et crosser un tantinet nos illustres policards.

Comme son tire l’indique, La Sociale s’occupera principalement des questions économiques.

Puis, en attendant que vienne la riche saison où nous vivrons sans patrons ni maîtres, quel plus doux passe-temps que de débiner les crapuleries et les salopises des exploiteurs ?

Ce turbin : imprimer tout vifs ces animaux malfaisants, – pareils aux chants-huant que les paysans épinglent aux portes des fermes, – La Sociale l’accomplira.

Avis à ceux qui vivent en vermine aux crochets des travailleurs : prêtres abrutisseurs, proprios rapaces, patrons féroces, accapareurs, banquiers... Avis à tous ceux-là, et aux autres ! Toute cette chameaucratie qui nous pille et nous affame, peut bien – comme maigre compensation, – endurer un léger charriage, sans brailler au sacrilège.

Et voilà !... Que Et voilà l..... Que La Sociale soit assez chançarde pour fiche la puce à l’oreille à quelques gnan-gnans, leur remonter le moral et allumer dans leur ciboulot décrassé, un lumignon de jugeote, - elle ne rêve pas plus !
..... Le restant viendra par surcroit !

Nous soulignons les différentes rubriques suivantes :

  • "Les oubliés de l’amnistie", comme Antoine Cyvoct (voir n°1),
  • "Les grèves" (grèves des allumettières, des ouvriers de Trélazé, de Carmaux, etc.),
  • "Les bagnes flottants" : sur les conditions de vie des marins,
  • "Voix de Bagnes !" ; dénonciation des bagnes militaires, comme Biribi,
  • "Pour la patrie", dénonciation de la condition des soldats (ce qui est aussi une dénonciation de l’armée coloniale - et du colonialisme : au Tonkin, à Madagascar.). Dans le même registre, il y a une autre rubrique : "Dans les casernes",
  • "Babillarde d’un campluchard" [5],
  • "A l’aquarium"...

Pour finir nous signalons que plusieurs numéros sont consacrés au congrès de Londres de 1896 où la séparation entre anarchistes et socialistes partisans de la participation électorale est un fait accompli.


Biographies [6]

  • Emile Pouget et présentation d’Emile Pouget dans les Hommes du jour, paru en 1908

Quelques brochures signées par Emile Pouget :

Voir aussi l’Almanach du Père Peinard


Notes :

[1Du moins dans les numéros que nous sommes en mesure de mettre en ligne, puisque la collection est loin d’être complète.

[2Pour plus d’informations sur l’aspect technique voir Bianco : 100 ans de presse anarchiste.

[3Titre qui reprendra son cours en 1897.

[4Voir les numéros 65 et 66 de La Sociale.

[5Écrite par Henri Beaujardin, dit "Père Barbassou".

[6Toutes ces biographies sont extraites du dictionnaire international des militants anarchistes.