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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Basta (1976-2015)

Présentation

Création (en 1976) et parcours du journal "Basta", à Toulouse

Après avoir, pendant quelques années, créé des affiches en sérigraphie, dans la continuité des ateliers populaires des Beaux-Arts en mai 68, et notamment "Le Contre-journal, seul journal avec lequel on ne peut pas se torcher le cul", journal mural grand format, collé sur les murs de Toulouse, le groupe informel des copains de l’AAEL [1] et de l’Imprimerie 34, décida de s’essayer à la réalisation d’un "vrai ?" journal... Tout en cherchant des formes différentes, tant dans la présentation, le contenu, que la diffusion et la gestion.

En réalité, la création de l’imprimerie donnait d’autres possibilités techniques que nous n’avions pas jusque là, limités à la sérigraphie et n’ayant que des offsets de bureau petit format.

C’est alors, avec une offset 4 poses (A4X4), que nous nous sentions pousser des ailes et rêvions de nous exprimer sans contrainte d’aucune sorte. Libres, maîtres de notre propre expression, de la diffusion etc.

Un but clair à cette publication : accompagner nos actions, exprimer nos indignations et nos points de vue sur les évènements politiques et sociaux qui nous révoltaient... La diffusion serait également autonome, par relations avec d’autres groupes, et se développerait petit à petit...

Dès le premier numéro, en janvier 76, le ton est donné : pas de prétentions journalistique ni lucrative, simplement un moyen d’expression sans retenue, sans censure – ni auto-censure. Des thèmes tels que les accidents du travail, le franquisme, les bavures policières... Des points de vue tout personnels, la volonté et les moyens de cette indépendance vis-à-vis de tout groupe ou parti établi, aussi révolutionnaire fut-il.

Basta n’était pas, à proprement parler, un journal anarchiste. Même si, par bien des thèmes et des prises de positions, il a pu être identifié comme tel. Mais jamais la question ne se posait de savoir si nous étions bien dans l’esprit libertaire, ou si nous étions fidèles à une pensée de référence... Situ ? pas vraiment non plus, beaucoup moins intello...

La première année fut extrêmement difficile, jalonnée d’évènements tels qu’arrestations, attentats (et destruction) contre l’atelier de l’imprimerie, prison etc.

Basta s’avéra bien utile, et un moyen pour nous de rester debout, sans jamais modérer notre expression par peur des représailles. C’était notre fierté de continuer quoiqu’il arrive.

Cette année-la pour les premiers "Basta", nous étions soutenus et aidés par des amis dessinateurs de "Charlie hebdo" et "La Gueule ouverte", qui nous donnaient des illustrations, et participaient à nos discussions (Soulas, Nicoulaud, Petit Roulet...)

La parution, très irrégulière, presque mensuelle les premières années, s’espaça dans les années 80, ne retrouvant énergie qu’au gré d’évènements nous touchant de près (à noter qu’entre 1976 et 1983 nous avons subi 4 attentats...). Elle rebondit en 91, à l’occasion de la guerre du golfe.

Puis, dans la deuxième moitié des années 90, et les années 2000, une autre génération nous rejoignit et redonna vie à notre journal... Les thèmes étaient toujours les luttes sociales, la solidarité, la critique des politiques, des religions...

Ainsi 44 numéros ont paru à ce jour. Le 44ème en février 2015, après les attentats de Paris, traite de Charlie, de Sivens, des intermittents et du MEDEF etc.

Sera-il le dernier numéro de Basta ? Peut-être, tout a une fin... à moins que...

Aujourd’hui, l’imprimerie 34 a fermé ses portes, Plusieurs de ses membres nous ont malheureusement quittés, d’autres sont à la retraite, et même si certains, plus jeunes, ont repris cette activité, et conservent des moyens d’impression, il faut bien constater que les journaux militants, ou différents, ont de plus en plus de mal à exister face à internet.

D’ailleurs, notre titre, BASTA, choisi en 76 dans l’enthousiasme, pour son sens compréhensible dans toutes les langues, a été également pris par un media sur internet "Bastamag", qui n’a rien à voir avec notre journal, mais qui commence à être bien connu... Pourquoi pas ? Plus il y aura de gens qui diront "Basta !" et feront ce qu’il faut pour ça, et plus le monde aura quelques chances de changer... enfin, espérons-le !


Notes :

[1Voir le site AAEL (Association pour l’art et l’expression libres).