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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le Libertaire (1968-1972)

Présentation

Le Libertaire (1968-1972) est l’organe de l’Union fédérale anarchiste (du n°2 au n°9). Le premier – comme journal des anarchistes - est daté de janvier 1968, le dernier de février/mars 1972. L’Union fédérale anarchiste est fondée à Paris le 4 février 1968 et il est décidé de créer un journal qui en sera son organe. [1]

Le texte intitulé "origine de la parution du Libertaire", paru dans le n°1 donne des précisions quant aux principes généraux mis en avant :

Accords passés entre les anarchistes réunis le 1er octobre 1967 à Lamotte-Beuvron (Loir-et-Cher), puis à Blois (Loir-et-Cher) le 12 novembre 1967.

"Les camarades présent se mettent d’accord sur les points essentiels suivants, d’autres devant être débattus ultérieurement.
"Au stade actuel de la fausse évolution de l’Etat et de l’économie capitaliste, compte tenu de l’ambiance sociale mensongère découlant de ce qu’il est convenu d’appeler l’expansion économique, les conceptions anarchistes trouvent plus que jamais leur justification et la conjoncture leur a rarement été aussi favorable".
Dans leur grande ligne ces conceptions peuvent être définies comme suit : le souci de la préservation et de l’élargissement de la liberté individuelle doit présider à toute organisation sociétaire ; or, l’Etat et le patronat, par les contraintes qu’ils font peser sur les hommes, rendent cette liberté inexistante. Leur contrainte s’exerce ou se répercute indistinctement dans les domaines tant politique, économique que moral. La "Liberté" politique elle-même, la plus spectaculaire (suffrage universel et tout ce qui s’y rapporte) qui est octroyée aux "Citoyens" n’est qu’un moyen de leur donner l’illusion, et aux travailleurs à bas salaires plus qu’aux autres, qu’ils sont maîtres de leur destinée, qu’ils sont égaux en droits avec ceux qui les exploitent, alors que l’inégalité économique et sociale est à la base de l’édifice actuel, entraînant avec elle l’application implacable du principe d’autorité.
"L’Etat et le patronat doivent donc disparaître pour faire place à une structure sociale reposant sur la libre entente (associationnisme de base conduisant au Fédéralisme). La transformation de la Société doit tendre à la disparition des contraintes individuelles de toutes sortes engendrées par une structure non conforme aux plus profondes aspirations humaines.
"Il importe que les moyens mis en œuvre pour le nécessaire développement de la production industrielle et agricole basée aujourd’hui sur la centralisation s’inspire d’une judicieuse utilisation des compétences techniques, professionnelles et des valeurs humaines, et soient orientées de telle manière que la liberté individuelle ne soit pas anéantie ou mutilée par l’intervention d’organismes autoritaires qui, au nom d’une efficacité discutable, conduisent à l’écrasement de la personnalité !
"Les anarchistes réunis ce jour affirment qu’il est indispensable que disparaisse toute possibilité de domination et d’exploitation des uns par les autres. Ils rejettent la notion de commandement qu’ils ne confondent pas avec celle de responsabilité et entendent bien ne pas ignorer les nécessités de l’organisation.
"En conséquence, la disparition de l’appareil politique, de l’Etat et du patronat (qui implique la fin du Parlementarisme et la mort du Militarisme) ne saurait être suivie de l’intronisation de nouvelles castes qui, au nom de la technique, de l’ordre, de la religion ou d’une quelconque "libération humaine" croirait pouvoir prétendre à diriger les hommes.
"Pour la destruction de la Société actuelle les méthodes révolutionnaires classiques (y compris la violence révolutionnaire) ne peuvent être rejetées, mais il serait vain de vouloir définir à l’avance et par le détail les modalités de la lutte en période de Révolution, celles-ci étant fonction des circonstances.
"Toutefois il doit être précisé que les anarchistes se doivent d’avoir toujours des méthodes propres à maintenir leur originalité, et de lutter toujours sans compromissions d’aucune sorte avec toute organisation politique, philosophique ou religieuse quelle qu’elle soit."

* * * * *

"Pour faciliter la diffusion des principes ci-dessus énoncés les militants réunis ce jour décident de se constituer en groupe d’action anarchiste interrégionale. Un bureau de correspondance composé de 3 membres est constitué provisoirement.
"Les buts poursuivis en multipliant les contacts avec de nouveaux camarades sont les suivants :

"1°) Réunir des militants suffisamment nombreux pour que soit amorcée la création d’un MOUVEMENT ANARCHISTE lequel s’organisera selon les méthodes qu’il jugera les meilleures.
"2°) Préparer les conditions de lancement et de parution régulière d’un journal anarchiste de langue française destiné au public autant qu’aux militants, journal qui sera la chose du mouvement alors existant et ne se confondra pas avec tout bulletin intérieur pouvant être édité entre temps et par la suite. A cet effet, une souscription est lancée sans plus attendre avec la précision suivante : "Si pour des raisons étrangères à notre volonté les sommes réunies s’avéraient insuffisantes pour assurer le financement de la sortie d’un journal, les souscripteurs seraient intégralement remboursés."

"C’est en considérant qu’actuellement, il n’existe en France aucun groupement ou journal répondant aux nécessités actuelles dans un sens authentiquement anarchiste que les décisions ci-dessous ont été prises."

Le texte suivant, paru dans le Libertaire n°2, nous éclaire quant aux perspectives organisationnelles que se donnent ces camarades :

Les camarades réunis à Paris le 4 février 1968, constatent que compte tenu de leur discussion sur le point 5 de l’Ordre du jour, il est nécessaire de créer le plus rapidement possible une Organisation Anarchiste ayant des bases locales et régionales, le tout coiffé par un organisme de liaison à l’échelon national.
Cette structure se présentera comme suit :
—  LE GROUPE LOCAL ou sein duquel se rencontreront à l’intérieur d’une périphérie déterminée par eux, les militants anarchistes désireux d’œuvrer dans le sens découlant des idées fondamentales développées dans l’étude "A la recherche de la Liberté" et approuvées ce jour. La tâche de ce groupe consistera dans l’organisation de propagande et d’action anarchistes sur des positions définies par celle-ci.
L’action consistera :

—  en conférences publiques,
—  en réunion d’information anarchiste,
—  en diffusion du journal et tous écrits anarchistes,
—  en participation aux luttes sociales, se situant dans le cadre d’une action directe conforme aux principes fondamentaux de l’anarchisme.

Les groupes locaux s’attacheront notamment, dans la mesure du possible, à organiser des réunions d’information anarchiste et ne manqueront pas de s’adresser tout particulièrement aux jeunes.
A l’intérieur du groupe local et dans le cadre des activités de celui-ci, pourront se constituer des groupes d’affinités pour des propagandes spécifiques susceptibles d’être particulièrement possibles ou accessibles à des camarades déterminés.
Ces groupes locaux réunis sur le plan régional s’organiseront en Fédérations (fédérations régionales). Ces régions auront une délimitation géographique, définie plus loin en annexe.
Chaque fédération régionale aura pour objet de maintenir une liaison permanente entre tous les groupes locaux qui la composent, et de faciliter leur travail. Elle pourra à l’occasion servir d’intermédiaire pour que des groupes trop faibles soient mis en rapport avec d’autres suffisamment étoffés pour les aider. Elle pourra également faciliter le financement de manifestations locales d’ordre divers lorsque des groupes locaux qui en feraient la demande se considéreraient trop faibles pour agir entièrement par eux-mêmes d’une manière efficace.
Le Comité de liaison de la Fédération Régionale n’aura aucun pouvoir délibératif ni exécutif, sa fonction n’étant que de liaison et ne devant que faciliter la tâche de tous.
Ces fédérations régionales auront leurs assises périodiques pour faciliter par région l’unité de vue des militants et pour que soit mieux connue la situation de celle-ci par rapport à celle des groupes locaux. Leur trésorerie sera alimentée par les groupes selon un mode à définir ultérieurement.
A l’échelon national, un organisme de liaison, une Commission administrative sera créée dont la tâche consistera :

—  à faciliter le travail des groupes locaux et des fédérations régionales ;
—  à éditer un bulletin intérieur informant chaque militant de la marche de l’Organisation ;
—  à éditer tout tract, brochure et affiche pouvant être nécessaires à la diffusion de l’anarchisme et dont l’édition aura été décidée par les groupes locaux ou les fédérations régionales.

Le nombre des membres de cette Commission administrative reste à déterminer en Congrès. Au même échelon national et sous le contrôle de la Commission administrative, un bureau sera constitué, qui sera désigné comme cette dernière en Congrès. Il se composera de quatre membres :

—  1 secrétaire général,
—  1 secrétaire adjoint,
—  1 trésorier,
—  1 trésorier adjoint.

Les adjoints au poste de secrétaire général et de trésorier, à l’expiration de leur mandat (adjoints) pourront être désignés en Congrès comme titulaires de ce poste pour une année.
Le secrétaire et le trésorier ne pourront être reconduits dans leur fonction. Ils seront renouvelés tous les ans et désignés en Congrès en même temps que les membres de la Commission administrative. En cours d’année, entre deux Congrès ordinaires, les groupes locaux pourront demander la tenue d’un congrès extraordinaire, s’ils estiment que l’organisme national fait preuve d’autoritarisme dans l’exécution de ses tâches ou si des événements d’ordre social sur le plan national ou international nécessitent une prisa de position rapide sur un problème ayant pu se poser subitement.
L’organisation ci-dessus définie a pour titre : U. F. A. "UNION FÉDÉRALE ANARCHISTE".
De suite après la tenue du 1er Congrès de celle-ci, la Commission administrative devra se mettre en rapport avec l’organisme anarchiste international existant, en vue d’une participation régulière aux activités anarchistes internationales.
La trésorerie des groupes et par prolongement celle des Fédérations régionales sera alimentée par des cotisations individuelles (dont le montant reste à déterminer) et par la souscription.

JOURNAL

Le journal de l’Union Fédérale Anarchiste est "LE LIBERTAIRE". Sa parution tendra à devenir d’abord bimensuelle puis hebdomadaire. Son Administration et son Comité de rédaction seront désignés en congrès national. En attendant que la première de ces Assises ait lieu, des militants sont désignés dès aujourd’hui pour s’acquitter de cette tâche. Ce journal aura comme moyens de subsister l’abonnement et la souscription permanente. Son contenu devra s’inspirer des principes adoptés ce jour ou de toutes prises de position décidées en cours d’année (jusqu’au 1° congrès national).
Il est décidé que les articles du "LIBERTAIRE" ne seront pas signés. Cette pratique de l’anonymat a pour objet d’éviter toute publicité autour des noms des militants rédacteurs, publicité engendrant ou facilitant couramment un esprit "leader" plus propre à faire naître l’orgueil, à favoriser l’autoritarisme et à semer la division qu’à entretenir l’ambiance fraternelle qui doit régner dons nos milieux.
Il est décidé que la prochaine rencontre de l’U. F. A. se tiendra le dimanche 28 avril 1968 à Vierzon (Cher).
En attendant la tenue du premier congrès national de l’U. F. A., il sera demandé aux membres de celle-ci une cotisation mensuelle de 3 francs minimum. Les cotisations seront réparties à ports égales entre la trésorerie du groupe, celle de la Fédération régionale et celle de la Fédération nationale.


Biographies de quelques participants [2]


Notes :

[1Pour plus de précision d’ordre technique et la liste complète des collaborateurs, voir Bianco.

[2Toutes ces biographies sont extraites du dictionnaire international des militants anarchistes.