Le Pouvoir
Article mis en ligne le 25 mai 2015

par ArchivesAutonomies

La dictature du prolétariat.

Confrontation des idées staliniennes, trotskystes et marxistes léninistes.

"Entre la société capitaliste et la société communiste se trouve la période de transformation révolutionnaire de l’une en l’autre. Celle-ci correspond aussi à une période transitoire politique dont l’Etat ne peut être autre que la dictature révolutionnaire du prolétariat" (Karl Marx dans la "critique du programme de Gotha").

"La question de la Dictature du Prolétariat est la question fondamentale du mouvement ouvrier moderne dans tous les pays capitalistes sans exception" (Lénine le 20-10-1920 dans "Sur l’histoire de la question de la dictature").

"Ils ne comprennent pas ce qu’est la dictature ; ils ne savent pas la préparer ; ils sont incapables de la comprendre et de la réaliser" (Lénine même ouvrage que ci-dessus).

De nouveau la vague du combat libérateur prolétarien monte dans tous les pays du monde ; de nouveau il s’agit de réaliser la dictature internationale du prolétariat. Dans cette situation, les fauteurs de l’impérialisme anglo-américain. Les (illisible) et Eden, les Roosevelt et Harrison et leurs évêques et laquais – de l’évêque de Canterbury à Staline, de De Gaulle aux "trotskystes" exhortent à la défense de la "dictature du prolétariat" russe, de l’Union soviétique russe. A toutes leurs phrases, nous, communistes révolutionnaires, répondons au nom du prolétariat enchaîné et rendu esclave par les impérialismes internationaux et leur clique stalinienne, et au nom du prolétariat international : l’Union soviétique est morte, il y a longtemps que la dictature du prolétariat est tombée, trahie par vous tous qui exhortez aujourd’hui à sa "défense". Pour rétablir toutes les conquêtes de la Révolution russe et internationale détruites pendant 25 années de trahison pratique et théorique, pour conduire à la victoire le pouvoir ouvrier en Russie et partout, il faut mettre fin à vos machinations et déchirer vos mensonges.
Sous les coups de la contre-révolution russe, sous le feu continu de cette nouvelle guerre mondiale, les hypocrites mensonges des bourgeois, de leurs journalistes et de leur curetaille, de leur "Labour partys" et partis staliniens et de leurs pantins "de gauche" sont obligés de tomber et tomberont en ruines.
Les prolétaires révolutionnaires reconnaîtront dans les évènements présents et ceux à venir, que pour conquérir le pouvoir et instaurer le socialisme il leur faut rompre avec le réformisme, le stalinisme et le trotskysme dans toutes les variantes et qu’il leur faut continuer à suivre le chemin tracé par Marx et Lénine.
Le présent exposé est dirigé contre la déformation opportuniste du marxisme et du léninisme par les opportunistes et centristes staliniens et trotskystes. De plus il veut condamner toutes les déformations du marxisme-léninisme dans la question du pouvoir ouvrier. Il se donne comme but de rétablir la doctrine marxiste-léniniste sur la Dictature du Prolétariat.

Introduction de principe : De quoi s’agit-il ?

1- La Dictature du prolétariat est la période transitoire absolument nécessaire entre la société capitaliste et la société socialiste ;

2- La dictature du prolétariat est le prochain but de la lutte libératrice socialiste à laquelle nous consacrons toutes nos forces ;

3- Nous nous sommes séparés du réformisme, du stalinisme et des différentes variations du centrisme parce que ces tendances politiques ont rompu avec le marxisme, avec la doctrine de la lutte de classes prolétarienne, avec la dictature du prolétariat.

4- Les social-démocrates ont déjà, sous la direction théorique de Kautsky banni de la théorie marxiste la Dictature du Prolétariat et par ce fait falsifié Marx et Engels. – Lénine, le leader idéologique et pratique de la révolution prolétarienne et de la dictature prolétarienne russes et par conséquent de la révolution prolétarienne mondiale, le continuateur génial du marxisme en notre siècle, a rétabli la doctrine de Marx sur la dictature du prolétariat.

5- Sous la direction de Staline, la dictature du prolétariat a été liquidée en Russie et la IIIe Internationale se trouvant sous la direction de la bureaucratie stalinienne, a, en conséquence rompu avec la lutte pour la Dictature du prolétariat ; elle a remplacé cette lutte et les théories de Marx, Engels et Lénine par la lutte pour l’établissement d’une "République démocratique" bourgeoise et d’un "régime de Front Populaire", etc. (en attendant la IIIe "Internationale" forme vidée par les staliniens, a été dissoute sur les ordres du capitalisme mondial par les staliniens eux-mêmes le 15 mai 1943) ;

6- Mais les staliniens mentent, autant que les kautskystes, au prolétariat en lui présentant comme "dictature du prolétariat" quelque chose qui en réalité une dictature contre le prolétariat, une exploitation et une oppression sanglante du prolétariat révolutionnaire ; Kautsky, Otto Bauer, etc. essayaient de faire croire au prolétariat qu’un régime parlementaire social-démocrate appuyé sur l’ancien appareil d’Etat (bourgeois) représentait la Dictature du prolétariat. Dans ce but, il leur fallait falsifier toute la conception d’État de Marx. Staline et ses laquais voulaient faire croire au prolétariat que la tyrannie bureaucratique et contre-révolutionnaire qui règne aujourd’hui en Russie est la "Dictature du prolétariat" qu’il faut défendre à tout prix !

7- Les complices des staliniens, les social-démocrates et centristes d’aujourd’hui applaudissent à ce mensonge car :

1) Ils espèrent avec cela faire des ouvriers d’Europe et d’Amérique des cibles dociles pour les canons du capital mondial (guerre mondiale impérialiste "contre Hitler" et pour la "défense de l’URSS") et...

2) ils veulent eux-mêmes, après cette guerre, ériger en Europe une "Dictature du prolétariat" pareille à celle qui règne aujourd’hui en Russie, c’est-à-dire qu’ils veulent après cette guerre exploiter, tromper subjuguer le prolétariat russe et éventuellement il veulent partager cette "dictature du prolétariat" avec Staline.

8- A la suite et dans le sillage des réformistes et staliniens boitent encore quelques centristes de "gauche", partisans de Trotsky et du camarade américain Oehler qui se trouve à gauche de Trotsky.

9- Déjà en 1926 tandis qu’il était plus largement influencé par Marx et par Lénine, Trotsky lui-même avait prouvé tout à fait clairement en Russie et devant des représentants du parti régnant russe que déjà en ce temps la Dictature du Prolétariat était morte et était remplacée par une dictature anti-prolétarienne de la pire espèce.

10- Dans les premières années de la république soviétique Lénine et Trotski ont aussi prouvé d’innombrables fois que :

1) La Dictature du prolétariat en Russie était destinée à périr en peu d’année voir même en quelques mois si la révolution mondiale prolétarienne victorieuse ne venait pas,

2) Que la Russie soviétique n’était plus en ce temps-là un "Etat ouvrier" au vrai sens du mot,

3) Que la contre-révolution russe pourrait être victorieuse non seulement au moyen d’une guerre civile sanglante, mais aussi au moyen "évolutionnaire" d’un amollissement de l’Etat soviétique durant de longues années (ce qui n’exclut pas les exécutions sanglantes de dizaines de milliers de révolutionnaires).

11- Sous la pression de la réaction internationale et du stalinisme, Trotsky – et Œhler ont "oublié" les prévisions de 1917 à 1923 et la réalité russe qui confirme clairement ces prévisions. Cette révision a sa racine dans les erreurs jamais révisées de Trotsky et par contre pris naissance dans la révision de la conception du parti, l’illusion trotskyste et Œhleriste, que le Komintern de 1928 jusqu’en 1933 était "L’Internationale du prolétariat" ("seulement dégénéré") et l’illusion qu’en Russie était la "dictature du prolétariat" ("seulement dégénéré") se complètent.

12- nourrir ces illusions encore aujourd’hui c’est dérouter les prolétaires de tous les pays, les exhorter non plus pour la défense de leur propre souveraineté, mais pour celle de leurs ennemis, les tromper sur le grand but stratégique prochain et dévaluer et salir celui-ci. Contre Staline et ses laquais, nous communistes révolutionnaires disons ; ce que les bourgeois - "amis" ou "ennemis" de Staline - ce que les staliniens, trotskystes et œhleristes vous racontent de la Russie est duperie. En Russie, il n’existe plus de Dictature du prolétariat.

13- La Dictature du prolétariat régna en 1871 pendant quelques mois à Paris. Mais la Commune de Paris succomba car le prolétariat français était encore trop faible et isolé. La dictature du prolétariat régna pendant des années en Russie, mais elle aussi succomba parce que le prolétariat représentait (et représente) une part minime de la population totale et à cause de la trahison de la révolution prolétarienne d’Europe et d’Asie par la IIe Internationale, puis ensuite par celle de la IIIe "Internationale", l’isolement de la révolution russe qui en était la conséquence et la pression croissante du capital mondial étaient trop forts et trop écrasants.
La Dictature du prolétariat régna en 1919 pendant quelques mois en Hongrie, etc. Et quand demain, nous ferons la guerre civile pour ériger la Dictature du prolétariat, ce ne sera point pour défendre, élargir ou imiter la tyrannie réactionnaire qui règne aujourd’hui en Russie, mais ce sera pour renverser toutes exploitations et oppressions et pour instaurer en Russie, en Allemagne et partout, la vraie Dictature du prolétariat qui diffère du régime stalinien comme le marxisme-léninisme diffère du stalinisme et du trotskysme.

I- Qu’est-ce que la Dictature du prolétariat ?

"Sa lutte (du prolétariat) contre la bourgeoisie revêtant des formes diverses et d’un contenu de plus en plus riche devient inévitablement une lutte politique tendant à la conquête du pouvoir politique par le prolétariat (dictature du prolétariat)".(Lénine, Karl Marx, tome XVIII des Œuvres complètes)

"Est marxiste seulement celui qui étend l’approbation de la lutte de classes jusqu’à l’approbation de la Dictature du prolétariat. C’est justement en cela que consiste la plus profonde différence entre le marxiste et le simple petit (et aussi grand) bourgeois. C’est la pierre de touche pour la vraie compréhension et la véritable approbation du marxiste". (Lénine même ouvrage)

"Et la victoire de ce pouvoir soviétique, camarades, est obtenue par le fait qu’il a, dès le début, commencé à réaliser les vieux principes du socialisme ; en faisant cela il s’appuie conséquemment et décidément sur les masses et il prend comme son devoir de réveiller les couches les plus opprimées et les plus apeurées de la société, à une vie active et de les élever à la cause créatrice socialiste. C’est pour cela que l’ancienne armée, l’armée de dressage de caserne, l’armée des mauvais traitements envers les soldats appartient au passé. On l’a jetée à la ferraille ; aucune pierre n’en est restée debout. La démocratisation complète de l’armée est achevée".
(Lénine, rapport sur l’activité du Conseil des commissaires du Peuple, janvier 1918)

Il est étonnant qu’aujourd’hui, après les Communes de Paris, Petersbourg, Budapest, Munich, etc. cette question doit être posée de nouveau dans les rangs de l’avant-garde. Non seulement les œuvres de Marx et Engels, mais des montagnes de littérature marxiste-léniniste des dernières années nous enseignent, à nous jeunes révolutionnaires qui n’avons pas connu les dictatures prolétariennes après la dernière guerre mondiale, ce qu’est la dictature prolétarienne et ce qu’elle n’est pas.
Marx, Engels et Lénine ont sans cesse expliqué : la Dictature du prolétariat sous laquelle seulement peut s’accomplir la transformation économique de la société est le règne de la violence politique du prolétariat. Tandis que dans la révolution bourgeoise la domination économique de la bourgeoisie représente la condition préliminaire à la prise du pouvoir politique, dans la révolution prolétarienne cette prise du pouvoir politique précède la transformation économique vers le socialisme. La seule condition économique pour l’établissement de la domination politique du prolétariat (dictature du prolétariat) est l’existence du prolétariat de masse moderne, c’est-à-dire qu’il fallait pour cela atteindre le degré de développement économique significatif pour le XXe siècle.
Les staliniens et trotskystes ont renversé toute cette conception marxiste-léniniste et ils l’ont remplacée par les "théories nouvelles" suivantes, qui contredisent à chaque pas les réalités et qui sont entièrement antimarxistes :

1) La dictature du prolétariat existe même si la politique et les moyens de production se trouvent dans les mains d’une couche réactionnaire qui pille et asservie le prolétariat révolutionnaire, qui emprisonne, exile et anéantit son avant-garde.
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2) Cet état de choses est appelé par les staliniens "socialisme", par les trotskystes "dictature prolétarienne dégénérée".
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3) D’après les trotskystes, la Dictature du prolétariat est "en premier lieu" la domination "économique" du prolétariat ; le pouvoir politique du prolétariat (qui d’après Marx, Engels, Lénine est la condition indispensable pour tout autre pouvoir du prolétariat) peut – pour les trotskystes s’ajouter vraisemblablement comme "ornement" à la soi-disant Dictature du prolétariat "économique". Il est seulement ("seulement") nécessaire pour l’"établissement et la défense" de la société prolétarienne qui d’ailleurs "à longue échéance" pourrait même exister sans la "dictature du prolétariat politique".
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4) Il existe en Russie une Union Soviétique sans soviets.
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5) Il existe en Russie un Etat ouvrier sans pouvoir ouvrier, sans soviets, etc.

1) Politique et économie.

La révision du marxisme-léninisme par les trotskystes a différentes causes pratiques parmi lesquelles la pression accrue de la réaction générale et spécialement de la propagande stalinienne sur nos rangs. Une des plus importantes l’insuffisance de la formation politique des camarades et surtout leur incompréhension complète du rapport entre économie et politique.
Cela les fait glisser vers une conception économiste, "marxiste" vulgaire et mécanique. Ils savent que la politique ne peut naître que sur la base de l’économie et qu’elle ne peut pas la quitter ; mais ils ont oublié que la politique est économie elle-même et même économie concentrée, donc la politique représente une qualité économique élevée qui a un effet rétroactif sur l’économie non politique et qui la transforme. Ils ont aussi oublié que c’est même le devoir de la politique de transformer l’économie capitaliste en économie socialiste et que la politique révolutionnaire, c’est-à-dire la dictature du prolétariat (le règne de la violence politique du prolétariat) est la condition indispensable pour cette transformation socialiste ! Ils ont enfin oublié que sans "politique", c’est-à-dire sans dictature du prolétariat on ne peut non seulement faire aucun pas vers le socialisme, mais que même la "nationalisation" (= l’étatisation) des moyens de production est exploitée non pour, mais contre ; le prolétariat.
Nous verrons encore à quelles conclusions réformistes et révisionnistes mène cette erreur.
Lénine dit dans "La résolution du IXe congrès du PC d’URSS sur les syndicats :

"La politique est l’expression concentrée de l’économie, sa généralisation et sa perfection. Par conséquent il est tout à fait absurde d’opposer les syndicats comme organisations économiques de la classe ouvrière aux soviets comme organisation politique de la classe ouvrière. Cela signifie se détourner du marxisme pour des préjugés bourgeois, surtout bourgeois trade-unionistes. Il est particulièrement absurde et nuisible de faire opposition dans l’époque de la dictature du prolétariat où toute sa lutte et toute son activité économique comme politique sont plus que jamais résumées et concentrées et doivent être dirigées par une volonté unie et portées par une unité inébranlable". (Tome XXV de l’édition allemande, appendice 672)

Le contenu théorique et pratique de ces paroles est clair : sans direction centralisée, bolchevique, révolutionnaire, pas de Dictature du Prolétariat. Lénine devient encore plus précis dans sa polémique contre Trotsky et Boukharine :

"C’est étrange qu’il faille de nouveau soulever une question si élémentaire qui appartient à l’ABC. Malheureusement, Trotsky et Boukharine m’obligent à le faire. Ils me reprochent tous les deux d’échanger (de changer ?) la question ou de l’aborder "politiquement" pendant qu’eux l’abordent économiquement". C’est une criante inexactitude théorique. La politique est l’expression concentrée de l’économie, je le répète dans mon discours car j’ai déjà entendu avant ce reproche absurde et tout à fait inadmissible dans la bouche d’un marxiste à cause de mon approche "politique". Nécessairement la politique doit posséder la primauté sur l’économie. Vouloir considérer les choses autrement c’est oublier l’ABC du communisme.

Et …

Mais dire : "j’estime" votre approche politique, "mais" ce n’est qu’une approche politique, nous, par contre, nous avons besoin aussi d’une approche économique, c’est exactement la même chose que de dire : "j’estime" votre considération que vous allez vous casser le cou, si vous entreprenez ou ce pas ou un autre, mais considérez aussi qu’il vaut mieux être rassasié et vêtu qu’affamé et nu" (Tome IX des Œuvres choisies, discours sur la NEP, édition allemande)

On dirait que c’est clair - les trotskystes disent : " nous estimons" votre affirmation selon laquelle l’Etat ouvrier s’est cassé le cou, mais les moyens de production sont encore dans les mains de l’Etat et les ouvriers vont mieux qu’avant. Ils n’expliquent pas quel Etat possède les moyens de production, … Ils ne disent pas que les ouvriers sont plus exploités et opprimés que jamais.

2) Karl Marx sur la Dictature du prolétariat.

Dans la critique du programme de Gotha Marx dit :

"Entre la société capitaliste et la société communiste se trouve la période de transformation révolutionnaire de l’une en l’autre. A celle-ci correspond aussi une période transitoire politique dont l’Etat ne saurait être autre que la Dictature révolutionnaire du prolétariat"

Bien entendu : transformation révolutionnaire, période transitoire politique. Dans Les luttes de classes en France Marx écrit :

"Ce socialisme est la déclaration en permanence de la révolution, la dictature de classe du prolétariat comme point de passage nécessaire pour l’abolition de toute différence de classes, pour l’abolition de toutes les relations sociales qui correspondent aux précédents rapports de production, pour le bouleversement de toutes les idées qui naissent de ces relations sociales".

Y a-t-il en Russie cette "dictature révolutionnaire du prolétariat", cette "dictature de classe du prolétariat", cette "déclaration en permanence de la révolution" ? NON. Au contraire, la dictature du prolétariat est anéantie et même les idéologues de la révolution permanente sont persécutés, torturés et fusillés par l’État actuel. Cela, c’est la "dictature économique du prolétariat", c’est "l’État ouvrier dégénéré" disent les trotskystes. D’après eux, la Commune de Paris ne fut pas une dictature du prolétariat parce qu’elle n’avait pas eu le temps ni la possibilité d’entreprendre la transformation économique de la Société. Ces "théories" économiques aboutissent en outre à calomnier la Commune de Paris. Mais Marx et Engels disent tout à fait clairement :

"Eh bien messieurs, voulez-vous savoir quel est l’aspect de cette dictature ? regardez la Commune de Paris. C’était la dictature du prolétariat"

Et Karl Marx donne dans "La guerre civile en France" l’analyse suivante de la Commune de Paris :

"La Commune se formait de conseils de ville : élus au suffrage universel dans les différents districts de Paris. Ils étaient responsables et révocables à tout moment. Ils étaient à tout naturellement composés en majorité d’ouvriers ou de représentants approuvés de la classe ouvrière. La Commune devait être, non une corporation parlementaire, mais une corporation travailleuse, exécutive et législative en même temps. La police, jusqu’à maintenant l’instrument du Gouvernement d’État, était immédiatement destituée de toutes ses attributions et transformée en instrument, responsable et révocable en tout temps de la Commune. Il en était de même pour les fonctionnaires de toutes les autres administrations. Pour toute l’échelle au sommet de laquelle se trouvaient les membres de la Commune le service public devait être fait pour des salaires ouvriers. Les droits acquis et l’argent de représentation de hauts dignitaires d’Etat disparaissaient avec ces dignitaires mêmes. Les offices publics cessaient d’être la propriété privée du gouvernement central. Non seulement l’administration municipale mais aussi toute l’initiative jusqu’à maintenant exercée par l’Etat était mise entre les mains de la Commune.
L’armée permanente et la police, les instruments du pouvoir matériel de l’ancien régime, une fois éliminés, la Commune se mettait de suite à l’œuvre pour briser l’instrument clérical d’oppression, le pouvoir de la curetaille ; elle décrétait alors la dissolution et l’expropriation de toutes les églises en tant que corporations possédantes. Les curés étaient renvoyés dans la tranquillité de la vie privée pour s’y nourrir des aumônes des croyants, suivant l’exemple de leurs prédécesseurs les apôtres. Tous les établissements d’enseignement étaient ouverts gratuitement par le peuple et en même temps débarrassés de toute intervention de l’Etat et de l’Eglise. Pour cela non seulement l’instruction scolaire, mais la science étaient libérées des entraves apportées par le préjugé de classes et le pouvoir du régime. Les fonctionnaires juges perdaient toute indépendance apparente qui servait uniquement à dissimuler leur soumission à tous les régimes successifs auxquels ils ont à tour de rôle prêté un serment qu’ils parjuraient par la suite. Comme tous les autres serviteurs publics ils devaient être maintenant éligibles, responsables et révocables."

Et :

"La diversité des interprétations auxquelles était soumise la Commune et la diversité des intérêts qui se trouvaient exprimés en elle prouve qu’elle était une forme politique tout à fait extensible pendant que toutes les formes des régimes précédents furent essentiellement opprimantes. Son véritable secret était le suivant : elle était substantiellement un régime de la classe ouvrière. LE RESULTAT DES LUTTES DE LA CLASSE QUI PRODUIT CONTRE LA CLASSE QUI S’APPROPRIE, LA FORME POLITIQUE ENFIN DECOUVERTE SOUS LAQUELLE LA LIBERATION ECONOMIQUE DES OUVRIERS PEUT S’ACCOMPLIR".

Et :

"La domination pratique des producteurs ne peut pas exister à côté de l’éternisation de sa servitude sociale. Par conséquent, la Commune devrait servir de levier pour renverser les bases économiques sur lesquelles reposent l’existence des classes et avec elle la dominations de classes"

Et :

"Certes, messieurs, la Commune voulait abolir cette propriété de classe, qui transforme le travail d’une multitude d’individus en richesse pour un petit nombre. Elle avait en vue l’expropriation de l’expropriateur. Elle voulait réaliser la propriété individuelle, en transformant les moyens de production : la terre et le capital qui sont maintenant surtout les moyens de l’asservissement et de l’exploitation du travail, en simples instruments du travail libre et associé."

Et :

"Quand la Commune de Paris prit dans ses propres mains la direction de la révolution, quand de simples ouvriers osèrent pour la première fois toucher le privilège de domination de leurs "supérieurs naturels", des possédants ; quand ils firent leur travail modestement, consciencieusement, efficacement dans des circonstances d’une difficulté sans exemple -, ils l’exécutèrent pour des salaires dont le plus élevé n’était guère que le cinquième de ce qui, d’après une haute autorité en matières de sciences (professeur Huxley) représentait le minimum pour un secrétaire du conseil de l’instruction publique à Londres - le vieux monde se tordait dans des convulsions de rage à la vue du drapeau rouge flottant sur l’hôtel de ville en symbole de la République du Travail."

Et :

"Sous les yeux de l’armée prussienne qui avait annexé les deux provinces françaises à l’Allemagne, la Commune annexe les ouvriers du monde entier à la France. Le Second Empire fut le jubilé de la duperie cosmopolite, les escrocs de tous les pays étaient accourus à son appel pour participer à ses orgies et au pillage du peuple français. Même en ce moment encore Génésco le coquin valaque est la main droite de Thiers, et Markowsky l’espion russe sa main gauche. La Commune admettait tous les amis étrangers à tomber pour une cause immortelle.
Entre la guerre extérieure perdue par la trahison, et la guerre civile enflammée par sa conspiration avec les conquérants étrangers, la bourgeoisie avait trouvé le temps de manifester son patriotisme par l’organisation des chasses de police contre les Allemands en France. La Commune plaçait un Allemand comme son ministre du travail. Thiers, la bourgeoisie, le Second Empire avaient continuellement trompé la Pologne en lui faisant de grandes promesses de participation, tandis qu’ils la trahissaient en réalité à la Russie et qu’ils accomplissaient la sale besogne de la Russie. La Commune honorait les fils héroïques de la Pologne en les plaçant à la tête de la défense de Paris pour marquer avec évidence la nouvelle ère qu’elle était consciente d’ouvrir, la Commune renversa la colonne Vendôme, le colossal symbole de gloire de la guerre, sous les yeux ici des Prussiens victorieux, là-bas de l’armée bonapartiste menée par des généraux bonapartistes. La grande mesure sociale de la Commune était sa propre existence laborieuse ; ses mesures spéciales pouvaient seulement indiquer la direction dans laquelle se meut un régime du peuple par le peuple. Ces mesures spéciales concernaient l’abolition du travail de nuit des compagnons boulangers ; l’interdiction sous peine de sanctions de diminuer les salaires en infligeant des amendes aux ouvriers sous les prétextes les plus différents, ce qui était fréquemment pratiqué par les employeurs, méthode suivant laquelle le patron était à la fois le législateur, le juge et l’exécuteur tout en mettant l’argent dans sa poche. Une autre mesure de cet ordre était la transaction aux syndicats ouvriers de tous les ateliers et fabriques fermés sous réserve de dédommagement, n’importe si le capitaliste en question était émigré ou préférait cesser le travail."

Voilà la Dictature du prolétariat, le levier pour la transformation économique, la condition politique de cette transformation socialiste. Déjà une comparaison superficielle entre la COMMUNE de PARIS et la Russie actuelle démontre qu’il existe en Russie non seulement d’autres situations sociales mais même des situations sociales DIAMÉTRALEMENT OPPOSÉES et cela sous tous rapports.
Que nous considérons le rapport entre l’ouvrier et les moyens de production ou le rôle de l’Église, le rôle de la police dans Commune de Paris et dans la Russie d’aujourd’hui ou le monopole de l’instruction, le ministre du travail allemand de la Commune et la déportation de toute la population laborieuse allemande de la Volga, etc. la Commune de Paris c’était la Dictature du prolétariat, et la Russie d’aujourd’hui est le pays dans lequel est renversée et détruite la dictature du prolétariat.

3) Lénine sur la Commune de Paris.

"Les utopistes s’occupent de la "découverte" des formes politiques sous lesquelles devrait se produire la transformation sociale de la société. Les anarchistes ne voulaient rien savoir du tout de la question des formes politiques. Les opportunistes de la social-démocratie actuelle prennent comme limite les formes bourgeoises de l’Etat parlementaire, démocratique, limite qui ne peut pas être dépassée, ils ne pouvaient pas assez adorer ce "modèle" et ils déclaraient comme anarchiste chaque tentative de briser cette forme.
Marx a conclu de toute l’histoire du socialisme et de la lutte politique que l’Etat devra disparaître, que les formes transitoires de cette disparition (le passage de l’Etat au non-Etat) sera "le prolétariat organisé en classe dominante". Mais Marx n’entreprend pas de découvrir les formes politiques de cet avenir. Il se contente de la conclusion qu’il dégageait de l’année 1851 : la cause aboutit à la destruction de la machine d’État bourgeoise.
Et quand le mouvement révolutionnaire de masse du prolétariat éclatait, Marx commençait malgré l’échec de ce mouvement, malgré sa courte durée et sa faiblesse visible, à étudier quelles formes il avait découvert.
La Commune est la forme politique "enfin découverte" de la révolution prolétarienne, forme sous laquelle peut se produire la libération économique du travail.
La Commune est le premier essai de la révolution prolétarienne pour détruire la machine d’État bourgeoise, elle est la forme politique "enfin découverte" par laquelle on peut et doit remplacer ce qui est détruit.
Nous verrons dans l’exposé suivant que les révolutions russes de 1905 et 1917 continuent en d’autres circonstances et dans une autre situation l’œuvre de la Commune et confirment l’analyse historique générale de Marx"(Lénine, Œuvres complètes, tome XXI, pages 514 et suivantes, édition allemande)

Déjà dans la phrase :

"La Commune est la forme découverte par la révolution prolétarienne sous laquelle peut se produire la libération économique du travail" est exprimée toute la doctrine marxiste de la dictature du prolétariat sous forme d’extrait :

1) La dictature du prolétariat (= Commune) est la condition politique sous laquelle peut se produire la transformation économique de la société, elle est le levier de cette transformation ;

2) Sans Commune (= dictature du prolétariat) il n’y a pas de transformation socialiste de l’économie ;

3) Le prochain but stratégique est par conséquent l’érection de la dictature du prolétariat sur le monde entier comme période transitoire nécessaire vers le socialisme et le communisme

4) Lénine sur la dictature du prolétariat en Russie.

Dans l’Etat et la révolution, Lénine répond distinctement sur la question que nous nous posons ici :

"L’Etat, c’est-à-dire le prolétariat organisé en classe dominante, cette théorie de Marx est inséparablement liée avec toute sa doctrine du rôle révolutionnaire du prolétariat dans l’histoire. Le couronnement de ce rôle est la dictature prolétarienne, la domination politique du prolétariat."

Donc Lénine met sur le même plan dictature du prolétariat et domination politique du prolétariat en faisant cela il répète toujours Marx et Engels et approfondie leurs doctrines suivant les nouveaux évènements dans la nouvelle époque. Dans "L’année de la révolution 1917" (Œuvres sélectionnées, pages 486) Lénine donne un clair abrégé des devoirs principaux du prolétariat révolutionnaire et l’a numéroté :

"Pour gagner la majorité de la population le prolétariat doit :

1) Renverser la bourgeoisie et prendre le pouvoir d’Etat,

2) Il doit organiser le pouvoir soviétique après avoir brisé le vieil appareil d’Etat car en faisant cela il mine à la fois la domination, l’autorité, l’influence de la bourgeoisie et des auteurs de compromis petit-bourgeois dans les masses laborieuses non prolétaires,

3) il doit donner le coup de grâce à l’influence de la bourgeoisie et des auteurs du compromis petit-bourgeois sur la majorité des masses laborieuses non prolétaires par la satisfaction révolutionnaire de leurs besoins économiques aux dépens des exploiteurs."

Dans son discours "sur la guerre et la paix" au 7ème congrès du PCR (B), le 7 mais 1918 Lénine dit sur le même thème :

"Le devoir de créer un pouvoir politique était très facile, car les masses nous donnaient le squelette, la base de ce pouvoir. La république des conseils naissait d’un seul coup. Mais il restait encore deux devoirs infiniment plus difficiles :
Premièrement il s’agissait des devoirs d’organisation intérieure qui se posent devant chaque révolution socialiste. La différence entre la révolution socialiste et la révolution bourgeoise consiste justement dans le fait que la révolution bourgeoise trouve à son arrivée les formes prêtes des rapports capitalistes, tandis que le pouvoir soviétique prolétarien à son arrivée ne trouve pas ces relations, …
La deuxième difficulté gigantesque qui surgit devant la révolution russe – la question internationale, …"

Et tout à fait dans le même sens l’article : "Les prochains devoirs du pouvoir soviétique" écrit en mars et avril 1918 et publié le 20 avril dans les Istvestia numéro 85 :

"Le premier devoir de tout parti de l’avenir consiste à persuader la majorité du peuple de la justesse de son programme et de sa tactique, …, le deuxième devoir de notre parti était la conquête du pouvoir politique et la suppression de la résistance des exploiteurs.
Maintenant c’est le tour au prochain et troisième devoir, pour le moment présent le plus caractéristique : "l’organisation de l’administration de la Russie, …".

Et pour donner la leçon à ceux qui (comme les trotskystes d’aujourd’hui croient que le prolétariat pourrait exercer sa dictature aussi sans pouvoir soviétique, sans pouvoir d’État (sur un chemin "économique") sans pouvoir mater ni exterminer les exploiteurs) Lénine écrit :

"La dictature du prolétariat est une lutte de classes du prolétariat employant une arme telle que le pouvoir d’État, …" ("L’année de la révolution 1917", page 490)

La dictature du prolétariat n’est pas comme le déclarent les staliniens et les trotskystes, la "nationalisation de moyens de production" par n’importe quel Etat (qui bien entendu n’est jamais analysé ni par les staliniens, ni par les trotskystes,mais c’est la dictature contre tous les parasites et la démocratie pour les ouvriers ! en Russie c’est le contraire.
Lénine écrit dans L’année de la révolution 1917 :

"L’ordre des Conseils est le maximum de démocratie pour les ouvriers et les paysans ; il signifie à la fois la rupture avec le démocratisme bourgeois et la naissance d’un nouveau type historique universel de démocratie : le démocratisme prolétarien ou la dictature du prolétariat"

La dictature du prolétariat est identique à la démocratie pour les pauvres, à l’organisation de l’avant-garde des opprimés en classe dominante :

"Par contre la dictature du prolétariat, c’est-à-dire l’organisation de l’avant-garde des opprimés en classe dominante pour réprimer les exploiteurs, ne peut non seulement et simplement apporter un élargissement de la démocratie qui devient pour la première fois une démocratie pour les pauvres, pour le peuple et non une démocratie pour les riches, la dictature du prolétariat applique une série de retraits de liberté en ce qui concerne les opprimeurs, les exploiteurs, les capitalistes."

Comparez la Russie de Staline, avec toutes ces paroles (et actions d’autrefois) de Lénine ! Comparez toutes ces paroles de Lénine avec le griffonnage des staliniens, et trotskystes et autres opportunistes.

5) Marx & Engels dans le Manifeste Communiste sur la dictature du prolétariat.

Après avoir examiné les dictatures des dernières 70 années à travers les œuvres des plus grands pionniers du prolétariat international, pour conclure nous nous tournons vers le document programmatique, qui date de 100 ans, le Manifeste Communiste. Dans ce manifeste, Marx et Engels écrivent (d’après l’Etat et la révolution de Lénine) :

"Nous avons déjà vu plus haut que dans le premier pas dans la révolution est l’élévation du prolétariat à la classe dominante, la conquête de la démocratie.
Le prolétariat utilisera sa domination politique pour arracher progressivement tout capital à la bourgeoisie, pour centraliser les moyens de production dans les mains de l’État, c’est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante et d’augmenter le plus vite possible la quantité de forces de production."

Ce que cela veut dire est tout à fait clair et ne demande pas d’explication. Cependant il paraît nécessaire, malgré tout d’expliquer aux centristes la signification de cette doctrine et des autres de Marx, Engels et de Lénine sur la dictature du prolétariat. Ces phrases signifient :

1) que le prolétariat doit instaurer d’abord son pouvoir politique (la dictature du prolétariat), pour

2) "utiliser sa domination politique pour arracher à la bourgeoisie progressivement tout capital, pour centraliser tous les moyens de production entre les mains de l’État, c’est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, etc."

3) que sans cette domination le prolétariat ne peut pas remplir sa mission historique.

Regardons la Russie actuelle. La domination politique du prolétariat, c’est-à-dire la dictature du prolétariat est détruite depuis longtemps. Les trotskystes prétendent que malgré tout "tous les moyens de production sont centralisés entre les mains de l’Etat, c’est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante" ; nous contestons ceci en démontrant que la réalité, toutes les analyses marxistes et même tous les raisonnements logiques réfutent l’affirmation trotskyste.
Comme le prolétariat est délogé du pouvoir, comme l’Etat prolétarien (l’instrument de la dictature du prolétariat), est détruit, le prolétariat n’a plus aucune possibilité ni d’arracher le capital à la bourgeoisie renaissante, ni de déclarer la révolution en permanence – et encore moins de pousser l’économie vers le socialisme. Voilà la réalité russe qui se trouve en contradiction flagrante avec les phrases anti-marxistes des staliniens, trotskystes et autres opportunistes ou centristes, sur la "dictature du prolétariat" et "l’économie socialiste" en Russie.

6) Contre la déformation révisionniste du marxisme.

Marx, Engels et Lénine ont démontré à plusieurs reprises que la "nationalisation" (= étatisation) ne signifie nullement "dictature du prolétariat" ; nous avons toujours combattu cette escroquerie réformiste. Engels a prévu et prédit la nationalisation progressive des moyens de production par l’Etat capitaliste.
Nous reviendrons sur cette question dans la IVème partie de ce travail ("L’expérience russe") où nous reproduirons la citation d’Engels sur la nationalisation des moyens de production.
Depuis, cette évolution s’est réalisée plus ou moins dans tous les pays capitalistes. Ce qui importe, c’est la question : Quel Etat prend les moyens de production entre ses mains ! La dictature du prolétariat n’existe qu’en cas de l’existence de l’ETAT OUVRIER qui par conséquent dispose des moyens pour posséder et exploiter les moyens de production pour les masses ouvrières et paysannes et pour arriver aussi au socialisme. L’Etat actuel en Russie n’est pas un Etat ouvrier, mais une machine de répression contre le prolétariat. Par conséquent la société ne peut pas prendre possession "ouvertement et sans détours" des formes productives.
L’argumentation des centristes est la suivante : la bourgeoisie dispose des moyens de production. Elle peut s’offrir différentes formes de domination : monarchie, république, fascisme, etc. toutes sont des formes de la société bourgeoise. En plus la bourgeoisie était à certains moments délogée du pouvoir politique, tout en gardant le pouvoir économique. Tout cela est parfaitement juste. Pourquoi, concluent les centristes, n’en serait-il pas de même pour le prolétariat ? Il en est de même pour le prolétariat, disent-ils. C’est leur "théorie".
Ils ne comprennent pas qu’il y a une différence fondamentale entre dictature de la bourgeoisie et dictature du prolétariat, la même différence fondamentale qui existe entre révolution bourgeoise et révolution prolétarienne. La bourgeoisie constitue toujours une petite minorité de la population, une minorité d’individus exploiteurs, qui même sans pouvoir politique est capable d’exploiter sa propriété, de défendre ses intérêts historiques et de reconquérir le pouvoir politique qui peut lui échapper passagèrement. La domination économique de la bourgeoisie s’appuie sur les instincts de propriété privée enracinés depuis des milliers d’années sur les préjugés et traditions de propriété privée enracinés même dans les cerveaux des prolétaires avancés. La révolution bourgeoise n’est que la suite de ce fait que la bourgeoisie se trouve déjà au pouvoir économiquement, c’est-à-dire possède déjà réellement les moyens de production les plus importants.
C’est exactement le contraire pour le prolétariat. Le prolétariat constitue (même là où il se trouve en minorité, comme en Russie) une masse de millions et de millions, qui, déjà pour s’entendre entre eux, ont besoin des CONSEILS, qui pour conquérir les moyens de production ou au moins pour les contrôler, doivent conquérir le pouvoir politique, la domination politique, c’est-à-dire la dictature du prolétariat.
Sans cette dictature, qui est exercée au moyen des soviets (conseils), des milices ouvrières, au moyen de cet Etat de Conseils, de la terreur rouge, etc., il n’y a pas de domination économique du prolétariat et tous ceux qui parleraient de "domination économique" du prolétariat, trompent le prolétariat. C’est prouvé non seulement par les idées de Marx et de Lénine, mais aussi par la condition économique et sociale actuelle du prolétariat.
A cela il faut ajouter que la bourgeoisie internationale, habituée depuis de siècles à la domination de la société s’appuie sur les traditions et les habitudes de presque toutes les classes de la société bourgeoise ; ajoutons encore les faiblesses particulières du prolétariat russe. Même sous la dictature du prolétariat, le capital était et est un danger formidable, qui ne peut être tenu en échec que par la dictature des conseils du prolétariat. – Le prolétariat doit exterminer au moyen de sa domination politique, c’est-à-dire au moyen d’une guerre longue et difficile, les traditions et instincts profondément enracinés ; tant que la société sans classes du socialisme n’est pas devenue réalité, la restauration du capitalisme reste toujours actuelle.
Nous avons démontré que la dictature du prolétariat "politique" est la seule dictature du prolétariat possible ; il n’y en a pas d’autre. Tout en étant politique (c’est-à-dire en occupant et contrôlant les moyens de production au moyen de son parti, de ses conseils et de ses troupes armées, en tenant en échec tous ses adversaires, les bureaucrates y inclus), elle est aussi "économique", c’est-à-dire capable de réaliser les intérêts du prolétariat et de marcher vers le socialisme. Politique est économie, économie concentrée. Quand la dictature du prolétariat n’est pas politique (c’est-à-dire quand son parti, ses conseils et ses milices sont détruits, interdits, exilés et fusillés, et par conséquent les moyens de production ne peuvent plus se trouver entre les mains du prolétariat et en effet ne s’y trouvent plus), elle ne peut être "économique", c’est-à-dire qu’elle n’existe plus. Quand le prolétariat perd son pouvoir politique, il y perd son pouvoir tout entier !

II- Qu’est-ce que l’Etat ?

L’Etat - ceci fait partie de l’ABC du marxisme - est une machine d’oppression entre les mains des classes dominantes contre les opprimés et déshérités. Les opportunistes et centristes devaient réviser à tout prix cette conception d’Etat et la remplacer par une conception d’Etat bourgeoise qui identifie l’Etat avec toute la "superstructure politique".
D’après les staliniens, trotskystes et autres centristes ou opportunistes, l’URSS "est" un Etat des ouvriers (Lénine en pensait tout autrement). Quand on examine de plus près les arguments des trotskystes, ils sont obligés d’admettre que la machine d’Etat russe est anti-prolétarienne, et ils commencent à distinguer entre "appareil d’Etat" et "Etat", bien que Marx, Engels et Lénine aient prouvé l’identité de ces notions. Les centristes désignent tantôt les bases économiques, tantôt la superstructure politique, tantôt tout l’ensemble comme "Etat". C’est contre ce courant de défiguration de la conception marxiste de l’Etat, que nous devons également défendre et rétablir le marxisme-léninisme.
L’Etat est le produit de l’économie et une partie de la superstructure politique de la société de classes. Fait par exemple partie de cette superstructure politique de la société de classes bourgeoise, le mouvement ouvrier politique.
Quand les marxistes parlent de la destruction de l’Etat bourgeois, ils n’entendent pas par cela "superstructure politique", pas tous les partis politiques, organismes, idées et idéologies prolétariens et bourgeois, qui naissent et se développent sur la base économique d’une société capitaliste, mais ils entendent ce qu’ils disent : l’Etat bourgeois, la machine de répression des exploiteurs.

1) Karl Marx et Frédéric Engels sur l’Etat.

L’Etat n’est pas autre chose qu’une machine d’oppression dit Engels dans son introduction de 1891 à la Guerre civile en France de Marx :

"Mais en réalité, l’Etat n’est pas autre chose qu’une machine d’oppression d’une classe par une autre, et cela tout autant dans une république démocratique que dans une monarchie, et le moins qu’on puisse en dire, c’est qu’il est un fléau dont le prolétariat hérite dans sa lutte pour arriver à sa domination de classe, mais dont il devra comme l’a fait la Commune, et dans la mesure du possible, atténuer les plus fâcheux effets, jusqu’au jour où une génération, élevée dans une société d’hommes libres et égaux, pourra se débarrasser de tout fatras gouvernemental."

Dans une lettre à Bebel au sujet de la Critique du programme de Gotha Engels écrit :

"Comme l’"État" n’est après tout qu’une organisation provisoire dont on se sert dans la lutte pendant la révolution, pour terrasser l’adversaire par la violence, c’est un non-sens que de parler d’un "État populaire libre". Tant que le prolétariat fait encore usage de l’État, il ne le fait pas dans l’intérêt de la liberté, mais bien pour avoir raison de son adversaire et, dès que l’on pourra parler de liberté, l’État comme tel cessera d’exister."

Dans une lettre écrite le 18 avril 1883 au socialiste américain Patten, Engels démontre que la dictature du prolétariat est la condition préliminaire pour "tenir en échec" l’adversaire capitaliste et pour "réaliser la révolution économique".
Et Marx dit que l’État est un "parasite" :

"En réalité, la constitution communale eût restituée au corps social toutes les forces absorbées jusque là par l’État, parasite qui se nourrit de la substance de la société et en paralyse le libre mouvement. Par ce seul fait, elle eût été le point de départ de la régénération de la France, …"

2) Lénine sur l’État.

"L’État, chers amis, est une notion de classe. L’État est un organe ou un instrument d’oppression d’une classe par une autre. Tant qu’il est un instrument de violation du prolétariat par la bourgeoisie, il ne peut être qu’une seule solution prolétarienne : destruction de cet État.
Dès que l’État est prolétarien, (il devient) un instrument d’oppression de la bourgeoisie par le prolétariat, nous sommes absolument pour un gouvernement fort, pour le centralisme."

Ainsi parle Lénine dans le même tome VI des Œuvres choisies (L’année de révolution 1917). "Organe ou instrument d’oppression" - c’est bien clair et net. Et dans son livre classique "L’État et la révolution" Lénine répète et approfondit Engels qui désigne l’État comme "une force spéciale de répression" :

"L’État est une "force spéciale de répression". Cette définition remarquable et profonde d’Engels est d’une entière clarté. Il en découle que cette "force spéciale de répression " du prolétariat par la bourgeoisie, de millions de travailleurs par une poignée de riches, doit être remplacée par "force spéciale de répression" de la bourgeoisie par le prolétariat (la dictature du prolétariat)."

De quoi naît l’État ?

"L’État étant né de la nécessité de réfréner les antagonismes de classes dans le conflit même de ces classes, il est en principe l’État de la classe la plus puissante, de la classe économiquement dominante, …" (L’État et la révolution)

Et en quoi consiste-t-il ?

"Engels développe la notion de cette "force" qui s’appelle l’État, force provenant de la société, mais supérieure à elle et qui s’en éloigne de plus en plus. En quoi consiste-t-elle surtout ? En des détachements d’hommes armés disposant des prisons, etc." (L’État et la révolution)

Et encore :

"L’État est l’organisation spéciale d’une force, de la force destinée à subjuguer une certaine classe. Quelle classe le prolétariat doit-il donc subjuguer ? Évidemment la seule classe des exploiteurs, la bourgeoisie. Les travailleurs n’ont pas besoin de l’État que pour briser la résistance des exploiteurs, …"

L’État bourgeois = la machine d’État nécessaire à la domination de la bourgeoisie. Et Engels, cité par Lénine dans L’année de révolution 1917 :

"L’État, ce sont surtout des formations d’hommes armés avec des appendices objectifs, comme par exemple, les prisons, …" (L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État)

Dans son livre La révolution prolétarienne et son renégat Kautsky qu’on doit considérer comme une continuation de L’État et la révolution, et qui a paru fin 1918, Lénine écrit :

"Or qu’est-ce que l’État ?
L’État n’est autre chose qu’une machine à écraser une classe par une autre."

Et voici un autre coup mortel pour les "théories" révisionnistes :

"Quiconque considère comme Marx que l’Etat n’est qu’une machine à écraser une classe par une autre, quiconque a tant soit peu approfondi cette vérité, n’aura jamais l’absurdité de dire que les organisations prolétariennes, capables d’abattre le capital financier, ne doivent pas se transformer en organisations d’État. Là encore se révèle le petit bourgeois pour qui l’État reste malgré tout un entité en dehors ou au-dessus des classes."

Et :

"Dans la République Démocratique l’État n’est autre chose qu’une machine d’oppression d’une classe par une autre."

Nous croyons que cela suffit.

III - Qu’est-ce que l’État ouvrier ?

Nous avons entendu ce qu’est l’État : une machine d’oppression. Il n’en est pas autrement en ce qui concerne l’État ouvrier, mais il n’opprime pas la majorité ouvrière au profit d’une minorité exploiteuse, comme nous le voyons dans tous les pays actuellement, mais tout au contraire.
Déjà de ce fait, on peut voir qu’il n’y a pas actuellement d’État Ouvrier en Russie.
État Ouvrier (ce sont les conseils et toutes les formations armées du prolétariat révolutionnaire) et Dictature du Prolétariat sont des notions inséparables l’une de l’autre ; l’État Ouvrier est l’instrument essentiel du prolétariat dictant (?) ; sans Etat Ouvrier il n’y a pas de dictature du prolétariat ; la dictature du prolétariat est instaurée et exercée au moyen de l’Etat Ouvrier (qui prend naissance et mûrit dans la révolution à côté de l’ancien Etat bourgeois, dans la période de la dualité des pouvoirs).
En 1917 Lénine dit :

"L’Etat dans le propre sens du mot est l’emploi de la force sur les masses par des formations d’hommes armés séparées du peuple. Notre nouvel Etat en train de naître est aussi un Etat, car nous avons besoin aussi d’hommes armés, nous avons besoin de la discipline la plus sévère possible, nous avons besoin de la répression violente et impitoyable de toutes les tentatives de la contre-révolution, aussi bien de la tsariste que de la bourgeoise, genre Gutchov. Mais notre nouvel État en train de naître n’est déjà plus un État dans le sens propre du mot, parce que dans beaucoup de régions de Russie, c’est la masse même qui forme les formations armées, le peuple tout entier et non pas n’importe quels gens qui se trouvent au-dessus du peuple, qui sont séparés de lui, qui jouissent des privilèges et sont pratiquement irrévocables."

En 1921 lors de la discussion sur la NEP, Lénine dit :

"Le camarade Trotsky parle de l’"État ouvrier". Pardon, c’est une abstraction. Quand en 1917 nous écrivions de (?) l’État ouvrier, c’était compréhensible ; mais quand on vient maintenant nous dire : "pourquoi et contre qui défendre la classe ouvrière puisqu’il n’y a plus de bourgeoisie, puisque l’État est un État ouvrier" ; on commet là une faute évidente. Ce n’est pas tout à fait un État ouvrier, voilà. Et ici se trouve une des fautes fondamentales du camarade Trotsky." (tome IX des Œuvres choisies).

Dix-huit années plus tard Trotsky et tous les centristes parlaient toujours de l’"Etat ouvrier" ou "Etat ouvrier dégénéré", alors qu’il n’y avait plus d’Etat ouvrier du tout. En 1921, quand les conseils, une véritable armée rouge et le parti bolchevik avec Lénine et Trotsky à sa tête existaient encore, Lénine contestait déjà que l’Etat d’alors soit un "Etat ouvrier" et déjà à cette époque, il reprochait à Trotsky et Boukharine :

"On peut voir dans notre programme de parti - un document très bien connu à l’auteur de l’ABC du communisme - on peut voir dans ce programme, que notre État est un État ouvrier avec des déformations bureaucratiques. Et il faudrait lui apposer cette triste, comment dirais-je ? étiquette." (tome IX, …)

Ainsi parle Lénine et en même temps il dit :

"En lisant le rapport sur la discussion, je vois que j’avais tort et que le camarade Boukharine avait raison. J’aurais dû dire : l’État ouvrier est une abstraction. En réalité nous avons un État ouvrier avec 1) - la particularité que dans ce pays ce n’est pas la population ouvrière mais la paysanne qui domine, et 2) - nous avons un État ouvrier avec des déformations bureaucratiques. Le lecteur qui veut bien lire tout mon discours verra que par cette correction ni le cours de mon argumentation, ni mes conclusions sont changées."

Et même en 1921 Lénine appelle les ouvriers à la défense contre cet "Etat ouvrier" en Russie :

"Notre Etat actuel est tel que le prolétariat complètement organisé doit se défendre, nous devons utiliser ces organisations ouvrières pour la défense des ouvriers contre leur Etat et à la défense de notre Etat par les ouvriers."

C’était en 1921, pendant les vingt années qui se sont écoulées depuis, les marxistes-léninistes qui n’ont pas ignoré toute l’évolution, auraient dû mettre en avant la défense des ouvriers russes contre "leur" Etat et rayer de leur programme la défense de ce nouvel Etat antiprolétarien.
Les staliniens, trotskystes, boukharinistes, etc. ont tout au contraire mis au centre de leur programme la défense de ce nouvel Etat anti-prolétarien, ils ont "oublié" et soustrait les paroles de Lénine qui aujourd’hui sont encore dix fois plus vraies et plus urgentes qu’alors.
Dans les paroles qui vont suivre, Lénine montre le rapport étroit entre la conception bolchevique du Parti et la conception bolchevique de l’Etat. Il démontre, que sans l’existence d’un parti bolchevik la dictature du prolétariat n’est pas possible, ou bien ne pourrait végéter que quelque mois, comme nous l’avons vu en 1919 à Munich ou à Budapest. C’est encore une vérité fondamentale que les trotskystes ont oubliée. Tout en admettant que le parti bolchevik russe est anéanti depuis longtemps et qu’un nouveau parti bolchevik doit être construit, ils prétendent qu’en Russie il y a après comme avant une dictature du prolétariat ou un "Etat ouvrier dégénéré".

"L’Internationale Communiste repousse le plus énergiquement possible la conception d’après laquelle le prolétariat serait capable de réaliser sa révolution sans son propre parti indépendant. Toute lutte de classe est une lutte politique. Le but de cette lutte qui inévitablement se transforme en guerre civile est la conquête du pouvoir politique. Mais le pouvoir politique ne peut être conquis, organisé et dirigé que par l’un ou l’autre parti politique." (Œuvres complètes, tome XXV, page 684)

La rupture avec la conception de Lénine sur l’Etat inclut la rupture avec la conception de Lénine sur le parti, aboutit à la rupture avec le marxisme tout entier. En 1927, Trotsky, tout en combattant le point de vue léniniste surtout dans la question du parti (contre la scission du parti stalinien et contre la formation d’un nouveau parti bolchevik) n’était pas encore parvenu à ses positions révisionnistes de la dernière période de sa vie. En Russie même, devant la Commission Centrale de Contrôle, il appréciait très justement l’Etat et la société russes ; il fallait de longues années d’émigration et de réaction pour lui faire "oublier" et réviser ses appréciations primitives.
Ainsi parlaient Trotsky et tous les autres oppositionnels de gauche en 1927, quand la réaction n’était pas encore aussi avancée que dans les dernières années avant la Seconde guerre impérialiste mondiale, pour ne pas parler de l’état actuel :

"Vous faites de l’État ouvrier un fétiche, vous voulez le canoniser comme un État constitué "par la grâce de Dieu", … or, d’après Molotov l’État actuel est une espèce d’État ouvrier absolu et il n’est déjà plus possible de l’approcher des masses. Et contre ce fétichisme bureaucratique se dirige mon interpellation ou mieux dit, ma présentation de l’analyse léniniste de l’État soviétique. (interruptions), …"

IV- Qu’est-ce que le pouvoir soviétique (Union Soviétique) ?

Le nom officiel de l’Etat russe est : "Union des Républiques Soviétiques Socialistes". A cela nous disons : actuellement ce nom signifie une escroquerie. Les capitalistes et leurs ministres de propagande en Amérique, en Angleterre, en Russie ou en Allemagne et surtout les staliniens organisent une escroquerie, et les trotskystes et autres centristes y participent en présentant consciemment l’"URSS" ou "union Soviétique" sans guillemets et en exprimant ainsi l’idée que l’"URSS" n’existe non seulement l’appellation, mais aussi en réalité.
Or, il n’y a plus de soviets et par conséquent il n’y a plus de république soviétique pas plus que de république "socialiste" (le mot "socialiste" était mentionné à cause de la direction du développement vers le socialisme). Aujourd’hui la propagande fasciste appelle chaque paysan et chaque obus russes comme "soviet" ou "soviétique" ; les propagandes mensongères angloaméricaine et stalinienne désignent la dictature sanglante de Staline et de sa GPU, comme "soviétiques", "socialistes", "prolétariennes", etc. Ils mentent tous.
Les trotskystes et les autres centristes sont trop lâches pour s’opposer à cette propagande de mensonges, ils participent à la profanation et défiguration des notions "soviet", "dictature prolétarienne", "socialiste", etc. Ils participent à cette manœuvre du capitalisme international qui veut tromper le prolétariat.

Lénine sur l’Union Soviétique.

Dans La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky Lénine écrit nettement ce que signifie Union soviétique, c’est-à-dire le contraire de ce qui existe actuellement en Russie :

"LA DÉMOCRATIE PROLÉTARIENNE, dont le régime soviétique est une des formes, a donné à la démocratie un développement et une extension inconnus au monde, au profit de l’immense majorité de la population, au profit des exploités et des travailleurs,… Prenez la politique extérieure. Pas un pays bourgeois, même le plus démocratique, où elle se fasse au grand jour, … Le pouvoir soviétique a déchiré le voile qui cachait le mystère de la politique extérieure, … Prenez la structure de l’Etat, …Le premier au monde - pour mieux dire, le deuxième car la Commune de Paris avait déjà commencé - le Pouvoir des Soviets appelle les masses EXPLOITEES au gouvernement."

"Les Soviets sont l’organisation directe des travailleurs et des masses exploitées, auxquels ils facilitent la possibilité d’organiser et de gouverner l’Etat eux-mêmes. L’avant-garde des travailleurs et des exploités, le prolétariat des villes a l’avantage d’être le mieux uni, grâce aux grandes entreprises ; il a plus de facilité pour élire et surveiller ses élus. L’organisation soviétique facilité automatiquement l’union de tous les travailleurs et exploités autour de leur avant-garde, le prolétariat."

"Or en Russie on a mis en pièces l’appareil du fonctionnarisme, on n’en a pas laissé pierre sur pierre, on a chassé tous les anciens magistrats, dispersé le Parlement bourgeois et donné aux ouvriers et aux paysans une représentation infiniment plus accessible car leurs soviets ont remplacé les fonctionnaires, leurs soviets commandent aux fonctionnaires, leurs soviets élisent les juges."

Tout le monde s’aperçoit tout de suite que la situation actuelle en Russie est exactement contraire à celle de 1918 ; les soviets (conseils) sont détruits et par conséquent la DEMOCRATIE abolie pour la majorité écrasante de la population ; la politique extérieure est secrète (pactes avec Hitler, avec Roosevelt, etc.), les ouvriers sont terrorisés et trompés par une clique d’exploiteurs et d’oppresseurs, les masses exploitées sont exclues de l’administration, un nouvel appareil bureaucratique a été construit, depuis 1936 un nouveau "Parlement" bourgeois d’après les modèles des "démocraties" ou mieux d’après le "Reichstag" hitlérien, a été fabriqué et pour se moquer du prolétariat, on emploie encore l’expression "soviet", …
Les soviets sont remplacés par la bureaucratie autocrate et autoritaire, par la Constitution antisoviétique et anti-prolétarienne de 1936 qui elle-même a été violée depuis par la bureaucratie stalinienne contre-révolutionnaire.
Dictature du prolétariat, Etat Ouvrier et Pouvoir Soviétique sont des notions inséparables l’une de l’autre ; les Soviets et le Prolétariat armé sont la partie essentielle, le squelette de l’Etat Ouvrier, les seuls organes possibles de la Dictature du Prolétariat. Quand les Soviets tombent, l’Etat Ouvrier et la Dictature du Prolétariat tombent avec eux.

Trotsky et l’État Soviétique.

Mais il est possible que la Dictature du Prolétariat, l’État Ouvrier disparaissent, alors que l’État soviétique continue à exister parce que les soviets, comme on le sait, ne sont non seulement les organes du prolétariat révolutionnaire, mais aussi des ouvriers non-prolétariens ; en plus, les partis ouvriers à la solde de la bourgeoisie (mencheviks, staliniens, etc.) peuvent être représentés dans les soviets et même y obtenir la majorité. (106) On n’a qu’à se rappeler ce que sont devenus les Conseils en Autriche ; sous direction social-démocrate on a essayé de les introduire dans l’appareil bourgeois, pour les dissoudre ensuite.
Ainsi Trotsky annonce en 1927 en Russie devant la Commission Centrale de Contrôle :

"Notre critique doit diriger l’attention, dans la conscience du prolétariat, sur le danger menaçant, afin qu’on ne s’imagine pas que le Pouvoir soit conquis une fois pour toutes, dans toutes les circonstances, et que l’État Soviétique soit quelque chose d’absolu qui sera toujours et dans toutes les circonstances un État Ouvrier. LE PROLÉTARIAT DOIT COMPRENDRE QUE L’ÉTAT SOVIÉTIQUE, DANS UNE CERTAINE PÉRIODE, SURTOUT AVEC UNE FAUSSE POLITIQUE DE LA DIRECTION, PEUT DEVENIR UN APPAREIL AU MOYEN DUQUEL LE POUVOIR EST DÉPLACÉ DE SA BASE PROLÉTARIENNE POUR PASSER DANS LES MAINS DE LA BOURGEOISIE, QUI ENSUITE JETTERA L’ENVELOPPE SOVIÉTIQUE ET TRANSFORMERA SON POUVOIR EN POUVOIR BONAPARTISTE. Avec une telle ligne politique fausse, ce danger devient très réel."

Mais même le 16 avril 1936 il écrit dans La nouvelle conception de l’URSS :

"L’abolition des Soviets. Derrière les murailles du Kremlin on travaille à remplacer la Constitution soviétique par une nouvelle qui serait, comme Staline, Molotov et d’autres l’expliquent, "la plus démocratique" du monde, … Donc : Pouvoir soviétique sans Soviets, Dictature prolétarienne sans Prolétariat, et encore dictature non contre la bourgeoisie, mais contre … des terroristes et des voleurs."

Pourtant ces expressions justes de Trotsky n’étaient pour lui que des jeux de mots dont il ne tirait jamais les conclusions politiques qui s’imposent. La plus essentielle de ces conclusions est : reconnaître le fait que l’Union soviétique n’existe plus.

(Toutes les citations de Marx, Engels et Lénine sont traduites de l’allemand.)