Du pain ou du plomb - La Havane, 23 juin 1889
Communisme N° 37 – Décembre 1992
Article mis en ligne le 11 mai 2020
dernière modification le 25 février 2020

par ArchivesAutonomies

"(...) Jusqu’à aujourd’hui, pour nous combattre et nous tenir sous sa botte, la bourgeoisie est restée parfaitement unie, sans distinction de nationalité, formant ce que nous pourrions appeler l’Internationale blanche ; pour elle, tout a été et reste une question d’intérêts, et tous, aussi bien les Anglais que les Russes, les Espagnols que les Allemands obéissent à une seule idée...

Donc, s’il est possible à l’Etat, comme le dit un périodique socialiste, ’de s’armer contre les éléments qui le combattent, s’il est permis aux charlatans politiques de toutes écoles de s’opposer aux événements qui compromettent la réussite des leurs, à fortiori, il nous est loisible, à nous qui sommes les plus nombreux, de nous unir pour faire triompher nos droits face à toute résistance intéressée, d’où qu’elle vienne’.

Ce n’est pas une entreprise aussi difficile qu’il y paraît.

Pour réaliser cela, il nous suffit de secouer le joug pesant de toutes ces humiliantes tracasseries qu’ils sont parvenus à nous inculquer depuis des siècles et des siècles et, prenant exemple sur nos exploiteurs, de nous inspirer de leur propre conduite.

Face à leurs propres intérêts, les idées que les classes élevées de la société proclament elles-mêmes comme saintes et nobles disparaissent ; la patrie, la religion, l’infinité de maillons de la chaîne qui nous réduit en esclavage, ne sont rien de plus que des bavardages pour ceux qui, forts de leur position sociale n’ont ni Dieu, ni patrie, dès qu’il s’agit de la défense de leurs intérêts.

Mais agissons donc de même ; luttons ensemble et unis dans la revendication de nos droits usurpés, et opposons le nombre au nombre, la force à la force ; face à l’Internationale blanche affirmons l’Internationale rouge, et que notre devise soit : ’DU PAIN OU DU PLOMB’.

(...) Le système anéantissant qui règne aujourd’hui, et qui tend toujours plus à se généraliser, nous menace de mort ; seule la création d’un puissant parti ouvrier, tel que nous l’avons conseillé à de nombreuses reprises, sera suffisamment fort pour écraser l’ambition de nos éternels exploiteurs.

Mais, attention, un parti dans lequel on aura complètement fait abstraction de tout ce qui est étranger à nos intérêts privés, un parti essentiellement ouvrier, qui vienne clairement établir une fois pour toutes l’indispensable frontière de classe, et dans lequel ne se retrouveront que les affamés.

De cette façon, face à face avec les possédants, nous les besogneux, nous pourrons résolument affirmer : ’DU PAIN OU DU PLOMB’.

Et notre contestation ne se fera pas attendre, avec des résultats satisfaisants, si, pour les obtenir, nous avons su nous mettre d’accord au préalable.

Car sur quelles forces, sur quels éléments comptent nos adversaires pour nous combattre ? Ne comptent-ils pas sur nous-mêmes ? Ne serait-ce pas par hasard en proclamant le caractère solidaire de leurs intérêts et des nôtres qu’ils ont toujours combattu le peuple au moyen du peuple ?

Ils se sont servis de tels moyens d’abrutissement, ils ont abusé de telles manoeuvres, qu’aujourd’hui même il existe toujours des ouvriers qui, malgré la propagande socialiste caractérisant la fin du 19ème siècle, proclament encore l’harmonie entre le capital et le travail.

Quels pauvres hères sont donc ces travailleurs qui n’arrivent pas à comprendre l’énorme différence existant entre les intérêts du capitaliste et ceux du travailleur ! Toute leur vie durant, ils ne cesseront que d’être à plaindre... Leur action ne s’élargira heureusement pas au-delà des étroites limites auxquelles, volontairement, ils se sont condamnés, mais les uns après les autres, ils tomberont sous le poids de leur propre faute : l’ignorance.

Et tant qu’il en ira ainsi, nous continuerons quant à nous, avec tous ceux de bonne volonté, tous ceux qui ont une conscience claire et honnête, à porter la lumière, à propager les idées salvatrices lancées au vent par le socialisme révolutionnaire, et, comprenant nos propres intérêts et le moyen de les sauver, nous clamerons bien haut : ’DU PAIN OU DU PLOMB’. "