Motions du Comité de la 3è Internationale pour le congrès de Strasbourg
Bulletin communiste n°1 - 1er mars 1920
Article mis en ligne le 29 mars 2020
dernière modification le 19 mars 2020

par ArchivesAutonomies

I. — La situation politique 

Le Parti socialiste (SFIO) constate que les élections ont eu pour résultat de clarifier la situation politique de notre pays. Elles montrent que la bourgeoisie a conscience de la position critique dans laquelle l’a placée sa guerre et aussi de l’instabilité de sa domination. La loi électorale qu’elle a forgée, les moyens employés pour amener au Parlement la majorité de défense capitaliste qui le compose aujourd’hui prouvent qu’elle va s’efforcer de rétablir sa situation économique par une plus dure exploitation des classes ouvrière et paysanne et essayer de consolider son pouvoir chancelant en renforçant sa puissance politique par la suppression totale ou partielle des droits ouvriers et des libertés "démocratiques".

La disparition ou l’affaiblissement des vieux partis dont le rôle historique est terminé et la constitution du "Bloc de conservation sociale" indiquent que la lutte de classes est entrée dans sa phase décisive et que la crise révolutionnaire approche.

Aussi, l’illusion de la conquête du pouvoir politique par les voies légales et parlementaires, de la transformation de la société par le simple jeu des réformes et de la collaboration avec la classe ennemie — conception dangereuse et fausse à toutes les époques — devient-elle dans la période actuelle un péril que le Parti socialiste doit écarter.

Conscient de la gravité de l’heure présente, de sa responsabilité, de son rôle de guide du prolétariat dans sa lutte contre le capitalisme, le Parti socialiste affirme sa volonté de rester un "parti de lutte de classe et de révolution". Il se refuse à toute compromission, toute collaboration avec aucun parti bourgeois.

Il considère que sa tâche essentielle est de préparer rapidement par une action et une propagande intensifiées la classe ouvrière à l’accomplissement prochain de sa grande mission historique : le renversement du régime capitaliste qui a, par ses fautes et ses crimes, précipité l’heure de sa déchéance. Il doit également l’éclairer sur les nouvelles formes de la démocratie prolétarienne créées par les révolutions ouvrières, sur la nécessité de prendre le pouvoir et d’exercer sa dictature en opposant la force à la force, la violence révolutionnaire à la violence bourgeoise.

Devant la perspective de la révolution prochaine, il se déclare prêt à faire les efforts qui s’imposent pour rallier autour de lui toute la partie consciente du prolétariat révolutionnaire, resté jusqu’ici en défiance et à dresser ainsi en face du bloc de conservation sociale le bloc solide et agissant de la révolution sociale.

C’est en s’inspirant de ces considérations et pour atteindre ce but que le Parti organisera sa propagande dans le pays. Ce sont aussi ces mêmes directives qui doivent déterminer les règles d’action imposées par le Parti au groupe socialiste parlementaire. Plus que jamais, il devra faire acte d’opposition irréductible à la société capitaliste et "refuser au gouvernement tous les moyens qui assurent la domination de la bourgeoisie et son maintien au pouvoir".

La présence au Parlement de représentants du Parti ne peut avoir d’autre but que l’opposition au régime et la propagande pour sa disparition.

Ils doivent aider de l’intérieur l’effort extérieur des masses pour abattre le parlementarisme bourgeois.

II. — La situation internationale

Le Parti socialiste (SFIO) prend acte de la dissolution progressive de la 2e Internationale, de son impuissance à redonner force et vie au socialisme et à coordonner l’action du prolétariat mondial, ainsi que de l’impossibilité où elle se trouve désormais de jouer le rôle qui lui était dévolu. Il décide de rompre avec son bureau et de ne participer à l’avenir à aucune réunion de la 2e Internationale.

Considérant la situation générale du socialisme international, les principes admis tant par les réunions tenues à Moscou et les divers partis ou fractions de la 3e Internationale que par ceux-ayant rompu avec la seconde, sans toutefois adhérer à la troisième, et après avoir examiné les différentes propositions visant non à opérer la conjonction des deux Internationales actuelles, traitant de puissance à puissance et recherchant les principes sur lesquels elles pourraient s’entendre, mais à regrouper les forces socialistes-révolutionnaires, le Parti socialiste déclare qu’un tel regroupement ne peut se faire qu’autour de l’organisme déjà créé.

Il décide donc de donner son adhésion à la 3e Internationale, à ses principes et à son action définis ci-dessous :

I. — La tâche du prolétariat consiste à l’heure, actuelle en la mainmise immédiate sur le pouvoir de l’Etat capitaliste et son remplacement par un appareil gouvernemental prolétarien.

II. Le type de l’Etat prolétarien doit être, non pas la fausse démocratie bourgeoise, mais la démocratie prolétarienne, non pas le parlementarisme, mais le self-gouvernement des masses par l’intermédiaire de leurs organes électifs ; non pas la bureaucratie capitaliste, mais les organes d’administration créés par les masses elles-mêmes avec leur participation réelle à l’administration et à l’œuvre socialiste constructive. La force concrète est le pouvoir des Soviets ou des organisations similaires.

III. — La dictature du prolétariat doit être le levier de l’expropriation immédiate du capital, de la suppression du droit de propriété privée ; de l’institution du travail obligatoire ; de la socialisation des moyens de production et d’échange : terre, industrie, mines, moyens de transport, sous la gestion directe des paysans, ouvriers, mineurs, cheminots, marins.

IV. — La méthode principale consiste dans l’action des masses du prolétariat pouvant aller selon la résistance de l’adversaire jusqu’au conflit à main armée avec le pouvoir de l’Etat capitaliste.

En conséquence de cette décision, le Parti se fera représenter à la Conférence des partis occidentaux se plaçant sur le terrain de la 3e Internationale décidée à Imola, dont l’organisation a été confiée au Parti socialiste italien et qui a pour principal objectif la création d’un bureau occidental de la 3e Internationale, analogue à celui créé dans les pays scandinaves.