Plus Loin (1925-1939)

Présentation [1]

L’origine de la revue Plus Loin est à rechercher dans le positionnement du mouvement anarchiste face à la guerre déclenchée en août 1914, opposant la Triple-Entente (la France, l’Angleterre et la Russie) à l’alliance formée par les Empire centraux (l’Empire allemand, l’Autriche-Hongrie, l’Empire ottoman et le royaume de Bulgarie). Des figures connues de l’anarchisme comme J. Grave, P. Kropotkine, C. Cornelissen, M. Pierrot... se prononcent pour le soutien à la Triple-Entente au nom de la défense de la civilisation contre la barbarie teutonne. Ils publient le 14 mars 1916 dans la Bataille syndicaliste, le Manifeste des 16, dans lequel ils justifient cet appui. Auparavant, en février 1915, d’autres anarchistes comme E. Malatesta, A. Berkman, L. Bertoni... avaient publié le texte "L’Internationale et la guerre" dans lequel ils rappellent que "puisque l’Etat n’est que l’oppression organisée au profit d’une minorité de privilégiés..." en aucune façon il n’y a lieu de soutenir un quelconque camp. Ainsi une tranchée sépare désormais les tenants de la défense des valeurs de la République [2] de ceux qui la considère toujours comme ennemie, malgré l’état de guerre. Ces derniers qualifient les premiers "d’anarchistes de gouvernement", se considérant comme "résistants", toujours sur des positions internationalistes et fidèles à la tradition de l’antimilitarisme révolutionnaire.

En France, au sein du Groupe des Temps nouveaux, il y a séparation entre les "défensistes" et les "résistants", d’un côté M. Pierrot et J. Guérin, de l’autre A. Girard, Ch. Benoît et A. Mignon qui publièrent des lettres aux abonnés des Temps Nouveaux. M. Pierrot et Guérin reprenant le titre du journal que J. Grave a publié de 1895 à 1914 fondent le journal "Publications des Temps Nouveaux : bulletin" de 1916 à 1919, puis "Les Temps Nouveaux : revue internationale des idées communistes" de juillet 1919 à juillet 1921. Par la suite, après la rupture avec J. Grave en juillet 1920, autant pour des raisons personnelles qu’à cause de l’orientation donnée aux Bulletins, Marc Pierrot, épaulé par Paul Reclus fondent la revue Plus Loin en 1925. Dans cet immédiat après-guerre, ce groupe se retrouve isolé et ostracisé [3] d’avec ceux qui se sont activement opposés à l’effort de guerre.

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Notes :

[1En partie réalisée grâce à l’aide du Mémoire d’histoire, l’étude de la revue Plus Loin de Yves Grandidier, Aix-en-Provence le 30 octobre 1984, numérisé par le CIRA-Lausanne et que nous remercions ici. Nous avons consulté par ailleurs les livres de : J. Maitron, Le mouvement anarchiste en France, Editions Maspéro, Tome 2 et David Berry, Le mouvement anarchiste en France — 1917-1945, Les Editions libertaires. Cette présentation est certainement insuffisante car cela nécessiterait un gros travail et de temps dont nous ne disposons pas.

[2Ou dit d’une manière plus directe et explicite dans La Voix libertaire n°2, 9 mars 1929 : "quelques anarchistes poussant à la tuerie...".

[3René Michaud fait part d’une anecdote allant dans ce sens. Lors d’une réunion publique donnée par L. Lecoin — qui, en raison de sa position pacifiste conséquence pendant la tuerie de 1914-18, a subi la répression et a été emprisonné —, celui-ci arrête son discours : "il déclara qu’un homme se trouvait dans la salle qui n’y avait plus sa place et ajouta qu’il ne reparlerait que lorsque celui-ci comprendrait qu’il ne lui restait qu’à sortir. C’était le Dr P[ierrot]...". (J’avais vingt ans, Editions Syros, 1983, page 137).